En Gaspésie, la carcasse d’une baleine noire intrigue les scientifiques

L’opération pour remorquer pendant plusieurs heures la baleine noire nommée Piper jusqu’au port de Newport, puis la sortir de l’eau vendredi matin, a été ardue.
Photo: GREMM L’opération pour remorquer pendant plusieurs heures la baleine noire nommée Piper jusqu’au port de Newport, puis la sortir de l’eau vendredi matin, a été ardue.

Événement rarissime dans le golfe du Saint-Laurent. Une baleine noire de l’Atlantique Nord a été retrouvée morte cette semaine, flottant au large de Percé. L’animal suscite d’ailleurs la curiosité des scientifiques, qui comptent le dépecer pour en apprendre davantage sur cette espèce, qui a été la première de l’histoire à faire l’objet d’une chasse commerciale.

La baleine noire est un grand cétacé à fanons classé « en voie de disparition » au Canada. Cette baleine peut atteindre une longueur de 17 mètres, pour un poids de 70 tonnes. Elle nage lentement et près des côtes, ce qui lui a valu d’être littéralement décimée par la chasse commerciale. L’espèce ne compte plus aujourd’hui que 500 individus, et les observations dans les eaux québécoises sont rares.

Celle retrouvée cette semaine est d’ailleurs connue des spécialistes américains de la baleine noire. Il s’agit d’une femelle de 14 mètres (pour un poids de 45 tonnes) nommée « Piper ». « C’était l’une de nos préférées », souligne Moira Brown, la spécialiste canadienne de l’espèce. Identifiée en 1993, elle a subi au moins deux empêtrements dans des engins de pêche au cours de sa vie.

Après une opération ardue pour la remorquer pendant plusieurs heures, jusqu’au port de Newport, puis la sortir de l’eau vendredi matin, sa carcasse a été transportée par la route jusqu’au village de Caplan, dans la Baie-des-Chaleurs. C’est là que l’équipe de Stéphane Lair, de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, procédera à la nécropsie de l’animal.

Occasion

La baleine devrait d’ailleurs servir la science. Selon ce que fait valoir le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, « cette découverte représente une occasion sans égal d’acquérir des connaissances sur l’espèce et de tenter de déterminer la cause de mortalité de cet animal. On ne sait pratiquement rien de la physiologie de la baleine noire de l’Atlantique Nord ».

L’équipe du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) devrait en outre retirer le squelette, dans le but de le transporter à Tadoussac, où il devrait éventuellement être exposé au Centre d’interprétation des mammifères marins.

Même s’il est trop tôt pour déterminer les causes du décès, on sait que les baleines noires sont fréquemment victimes de collisions avec les navires. Les aires de reproduction, d’alimentation et de mise bas de l’espèce se retrouvent en effet généralement dans des zones côtières où le trafic maritime est intense.

Les engins de pêche constituent eux aussi une grave menace. Environ 10 % de la mortalité leur est attribuable, alors que plus de 60 % des adultes portent des cicatrices de blessures causées par ces engins. En raison de leur répartition côtière, les baleines noires sont susceptibles de rencontrer des engins de pêche partout dans leur aire de distribution, de la Floride (où les femelles vont mettre bas) au Canada.