Des acacias d’Australie au secours de la savane katangaise

La piste traverse un paysage dénaturé par la main de l’homme avant d’offrir au regard une ébauche d’écrin de verdure : des acacias récemment plantés pour limiter la déforestation près de Lubumbashi, la deuxième ville de la République démocratique du Congo.

Le miombo, savane boisée qui recouvrait naguère une grande partie de la région, a disparu. Les arbres ont été coupés pour produire le charbon de bois un peu plus nécessaire chaque année à une agglomération de deux millions d’habitants qui ne cesse de s’étendre.

«Quand je suis arrivé ici il y a trente ans, il y avait partout des arbres, mais aujourd’hui il n’y a plus rien», raconte Roger Mukalay Mwamba, paysan de 68 ans.

«Les autochtones sont partis couper ailleurs», ajoute-t-il. Les agriculteurs, eux, sont restés mais doivent cultiver des sols pauvres que l’utilisation massive d’engrais achève de ruiner.

Roger Mukalay a été choisi pour participer au projet Afodek (Agroforesterie pour le développement de Kipushi) qui doit mettre en valeur 2000 hectares de miombo dégradé à moins d’une dizaine de kilomètres des faubourgs de Lubumbashi, capitale du Katanga, la grande province minière du sud-est de la RDC.

Les objectifs sont multiples, explique Emmanuel Buovolo, représentant en RDC de l’ONG française de développement GRET et chef du projet : «Protéger les forêts naturelles de la déforestation, produire des vivres dans un pays qui en a bien besoin et contribuer ainsi à la sécurité alimentaire», le tout «de manière durable».

L’exploitation, qui permet aussi de préserver des terres agricoles face à l’avancée de la ville, en est à sa deuxième année.

Elle est soutenue essentiellement par un financement de trois millions d’euros de l’Union européenne, un des principaux bailleurs de fonds en RDC, pays parmi les moins développés au monde.

Un sol plus riche

Trente familles ont participé à la première saison, et les 120 autres devant être associées au projet sont presque toutes installées.

Chaque chef de famille reçoit 12 hectares: dix qui seront plantés d’acacias et deux réservés à des cultures vivrières. Les arbres, originaires d’Australie, ont été sélectionnés pour leur pousse rapide (ils peuvent atteindre facilement 30 mètres en dix ans) et leur capacité à fertiliser les sols en fixant d’importantes quantités d’azote.

Les acacias «permettent aussi de puiser en profondeur» des éléments minéraux, sont un bon remède contre l’érosion et servent de «brise-vent», détaille Sylvie Boldrini, assistante technique du projet envoyée par l’association belge Nature Plus.

Les familles doivent planter chaque année un nouvel hectare d’acacias. Au bout de dix ans, la première parcelle peut être coupée. On brûle alors le sol, ce qui assure une nouvelle germination et la poursuite du cycle.

Chaque exploitant pourra ainsi espérer couper tous les ans un hectare qui sera transformé en makala, le précieux charbon de bois dont dépend la quasi-totalité de la population congolaise pour sa cuisine.

Les acacias plantés il y a deux ans atteignent déjà près de quatre mètres. Entre les arbres pousse du maïs, ce qui est possible pendant les deux premières années après la plantation (ensuite les frondaisons sont trop denses pour permettre une autre culture).

À Yoano, seul village existant actuellement au sein du périmètre Afodek, les habitants semblent plutôt satisfaits des débuts de l’expérience, même si elle a bouleversé leurs habitudes, eux qui étaient plutôt habitués à cultiver un quart d’hectare par famille.

L’an passé, la récolte de maïs a surpris tout le monde par son abondance. «Ce projet permet que le sol devienne beaucoup plus riche et donne beaucoup à manger», se réjouit Joseph Kamotcha, le chef du village.

Bientôt, les agriculteurs recrutés en dehors de Yoano pourront emménager dans de nouvelles maisons construites autour d’un des onze forages d’eau installés à l’intérieur du périmètre Afodek.

Quelques-unes sont déjà prêtes. Les candidats reçoivent une aide, mais doivent y mettre du leur pour la construction.

Selon Sylvie Boldrini, Afodek développe une «volonté de mettre en place une gestion communautaire des ressources naturelles».

«Nous créons les conditions pour que fin 2017 début 2018 ça puisse continuer sans soutien extérieur», explique Emmanuel Buovolo, reconnaissant qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.

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