Réchauffement du climat - L'impact de la suie a été sous-évalué

Les suies de toutes sortes, émises principalement par les centrales thermiques au charbon, l'industrie lourde et les moteurs à combustion comme les diesels, seraient responsables de 25 % du réchauffement climatique, selon une étude de la NASA publiée il y a quelques jours dans les Actes de l'Académie nationale des sciences des États-Unis.

Les suies noires, qui voyagent dans la haute atmosphère et atteignent ainsi jusqu'aux régions polaires, provoquent un réchauffement important des régions nordiques enneigées en absorbant l'énergie solaire qui serait autrement réfléchie vers la haute atmosphère en raison du phénomène mieux connu sous le nom d'albédo.

Les chercheurs du Goddard Institute for Space Studies et ceux de l'Institut des sciences de la Terre de l'Université Columbia en sont venus à la conclusion que l'impact de ce phénomène avait été véritablement sous-évalué jusqu'à présent. À leur avis, la réduction de l'albédo dans les régions polaires pourrait être responsable du quart du réchauffement planétaire mesuré jusqu'à présent en faisant disparaître les réserves de froid de la planète. Mais cette analyse, précisent les chercheurs, ne remet aucunement en question le fait que le dioxyde de carbone ainsi que les autres gaz à effet de serre (GES) sont certainement la cause principale du réchauffement du climat planétaire, une conclusion que réfute toujours l'administration Bush...

Depuis une décennie, des études américaines, dont plusieurs financées par l'industrie du charbon et du pétrole, prétendent que l'opacité des suies et des fumées noires des grandes centrales thermiques ralentissent le réchauffement de la planète en faisant écran aux rayons solaires, un phénomène noté lors d'importantes éruptions volcaniques. Mais pour les chercheurs qui ont réalisé cette nouvelle modélisation, James Hansen et Larissa Nazarendo, l'atrophie de l'effet albédo, jusqu'ici sous-estimé par les modèles climatiques, à leur avis, constitue une contribution au réchauffement climatique qui dépasse de très loin les quelques effets positifs attribuables aux suies.

L'effet albédo, qui permet aux régions polaires et aux glaciers de réfléchir vers l'espace les rayons qui autrement réchaufferaient la planète, serait radicalement handicapé par les suies. En absorbant les rayons solaires et en les transformant en source de radiation thermique dans la neige, les suies provoquent une fonte légère qui font en sorte que les suies de surface se retrouvent à côté de celles qui étaient enfouies dans la neige. Cette dernière devient donc de plus en plus sale, provoquant un réchauffement et une fonte qui s'accélère au fur et à mesure que les couches de suies enfouies se retrouvent à la surface. On peut noter la concentration progressive et l'accélération de la fonte au Québec dans les bancs de neige, qui commencent à fondre à la fin de février grâce aux grains du sable utilisé comme abrasif, alors que les champs voisins sont encore ensevelis de neige poudreuse.

L'effet négatif des suies est tout particulièrement critique sur les glaciers et les banquises polaires, qu'il contribue à faire fondre de plus en plus rapidement. Au sommet de cette tendance, la banquise polaire fond complètement et n'arrive plus à se reconstituer. La diminution de la surface de la banquise polaire, mesurée par une autre étude de la NASA au cours de 2003, réduit non seulement le potentiel d'albédo de la Terre mais augmente les surfaces maritimes qui agissent comme accumulateurs de chaleur. Ce réchauffement des mers polaires pourrait à la limite mettre un terme au mouvement thermohalin, qui engendre les grands courants océaniques.