La législation américaine n'entraînerait pas une réelle réduction de la consommation de pétrole

Malgré la politique officielle visant à réduire la consommation de pétrole aux États-Unis par souci d'autonomie énergétique, l'industrie automobile nord-américaine donne l'impression d'évoluer sur une autre planète que ses concurrents européens, de plus en plus obligés de prendre le train de Kyoto par des gouvernements décidés à réduire les émissions de gaz à effet de serre du parc automobile de leur continent.

Trois jours avant Noël, le ministre allemand de l'Environnement, Jürgen Trittin, réclamait du Parlement européen la mise en place d'une législation qui ramènerait de 140 à 120 grammes par kilomètre les émissions moyennes de dioxyde de carbone (CO2) des ventes annuelles globales de chaque manufacturier présent sur ce continent. La proposition de Jürgen Trittin a été reçue de façon fort positive par ses collègues réunis à Bruxelles ainsi que par la Commissaire européenne à l'environnement, Margot Wallstrom. Cette dernière a noté que le temps d'une intervention législative était sans doute venu du fait que les 13 grands constructeurs européens n'arrivaient pas à atteindre volontairement cet objectif.

Le lendemain, à Washington, l'administration Bush proposait un plan en plusieurs points visant à resserrer le Corporate Average Fuel Economy (CAFE) afin, disait-elle, de réduire la consommation globale de pétrole. Mais, à l'analyse, les groupes écologistes qui suivent de près le domaine des transports y voyaient de nombreux trous par où les constructeurs allaient pouvoir augmenter la consommation globale en continuant de favoriser les gros véhicules personnels, de plus en plus puissants et, par conséquent, énergivores et polluants.

À preuve, notaient-ils, les constructeurs américains paient en moyenne des amendes de 33 millions chacun par année pour non-respect de la norme légale, préférant promouvoir les ventes de véhicules énergivores et polluants, leur principale source de profits...

Le plan américain contenait toutefois une vraie bonne nouvelle que personne n'a contestée: l'Administrateur de l'Environmental Protection Agency (EPA), Mike Leavitt, signait le décret qui impose de nouvelles normes d'émissions aux motos et motocyclettes à compter de 2006, le premier changement de normes à toucher cette partie du parc roulant américain en 25 ans. Les nouvelles normes vont exiger une réduction de 60 % des émissions d'hydrocarbures et d'oxydes d'azote (NOx) des motos, ce qui sera rendu possible par l'installation de convertisseurs catalytiques, de systèmes d'injection et à l'électronique pour optimiser la combustion. Mais le changement réclamé est bien en deçà de ce que la technologie permet déjà, car des manufacturiers comme Honda ou BMW, par exemple, réduisent sur leurs voitures par plus de 95 % les contaminants atmosphériques précurseurs du smog urbain.

La norme légale du CAFE exige des manufacturiers nord-américains et étrangers que leurs ventes totales annuelles respectent une moyenne de consommation de 27,5 milles au gallon US (mpg) pour les autos et de 20,5 mpg pour les «camions légers». Cette catégorie englobe la plupart des véhicules comme les utilitaires sportifs, comme les 4X4, et les fourgonnettes. En comparaison avec les normes européennes, qui exigent présentement des rejets de CO2 de 140 g par kilomètre et éventuellement de 120 g/km, une voiture correspondant à la norme CAFE américaine — et canadienne — rejette 200 grammes par kilomètre, et un camion léger, 375 g.

La proposition la plus médiatisée par l'administration Bush vise les gros camions, dont le poids se situe entre 8500 et 10 000 livres! Ces gros utilitaires n'entrent pas dans la catégorie des «camions légers» jusqu'à présent, ce qui permet aux constructeurs d'atteindre beaucoup plus facilement la moyenne exigée de cette catégorie, soit 20,5 mpg. Plusieurs de ces monstres énergivores font entre 10 et 15 mpg. Parfois moins!

Mais l'administration américaine veut aussi créer plusieurs échelons dans la catégorie des camions légers, avec pour chacun, un objectif de consommation précis. Pour les écologistes, cette stratégie multiplie les échappatoires classiques, car, comme ils l'ont fait dans le passé, les constructeurs vont augmenter le poids de leur véhicules pour les soustraire aux normes plus sévères appliquées aux véhicules moins lourds. De plus, ont précisé les écologistes, l'administration Bush n'a pas bloqué les vieilles échappatoires qui permettent à un nombre croissant de voitures, comme la PT Cruiser de Chrysler, d'être classées comme un «camion léger» et de pouvoir légalement consommer davantage! Toute une génération de nouvelles voitures familiales mais d'allure plus sportive et à traction intégrale pourraient ainsi passer dans la catégorie des camions légers et augmenter leur consommation sans pénalité.