Une table d’experts étrangers propétrole

La troisième et dernière table d’experts en vue de l’élaboration de la future politique énergétique réunira un panel composé essentiellement de tenants des énergies fossiles. Et parmi ces 11 experts choisis par le gouvernement Couillard pour alimenter la « réflexion » sur les hydrocarbures, un seul provient du Québec.


Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, vient de rendre publique la liste des participants à la table d’experts qui se tiendra le 15 juin, à Québec. Celle-ci comprend des acteurs de l’industrie des énergies fossiles ou des gens qui ont travaillé de près avec cette industrie au cours de leur carrière.


On retrouve ainsi trois « experts » provenant de l’Alberta, dont la présidente de l’Association canadienne des pipelines, Brenda Kenny. Le gouvernement du Québec a aussi invité le « directeur de l’économie, de l’information et de l’analyse de l’énergie » du ministère de l’Énergie de l’Alberta, Matthew Foss. Le président-directeur général de l’Alberta Energy Regulator, Jim Ellis, sera présent. Cet organisme réglemente tout le développement énergétique de la province.

Le panel compte aussi Jean-Louis Schilansky, président du Centre des hydrocarbures non conventionnels (CHNC). Cet organisme français formé au cours des derniers mois milite en faveur du pétrole et du gaz de schiste. M. Schilansky a d’ailleurs déjà décrit ces ressources comme étant à l’origine d’une « véritable révolution énergétique ». Le CHNC a notamment réussi à rallier le géant pétrolier Total.

Un autre expert français prendra part aux discussions. Il s’agit d’Yves Mathieu, un chef géologue à la retraite de l’Institut français du pétrole. Le directeur du volet Amériques de la division géotechnique des grands projets de l’entreprise Fugro GeoConsulting, Dan McConnell, sera lui aussi présent. Cette société texane se spécialise dans l’exploration et l’exploitation d’énergie fossile en milieu marin, notamment pour les forages et les pipelines.

La liste des invités inclut David Knapp, économiste en chef de la firme américaine Energy Intelligence Group. Cette entreprise est spécialisée dans l’analyse internationale du secteur énergétique, et plus particulièrement du pétrole et du gaz naturel.

On compte par ailleurs un avocat américain, Dave Neslin, qui se spécialise dans la réglementation de la fracturation hydraulique. Le gouvernement a également invité un chercheur de l’Université nationale de Singapore, Philip Andrews-Speed, qui a fait carrière dans l’exploration pétrolière, ainsi que Erik Ranheim, un représentant norvégien d’Intertanko, une « association indépendante des propriétaires de pétroliers et cargos ».

Un seul expert provient du Québec. Il s’agit de Stéphanie Trudeau, vice-présidente, Stratégie, communication et développement durable chez Gaz Métro.

Arcand confiant

Interpellé sur la composition de cette table d’experts, le ministre Arcand s’est dit « confiant » dans le fait d’obtenir un portrait complet concernant la filière des hydrocarbures à partir des discussions du 15 juin.

« Les experts, selon leur champ d’expertise, présenteront leur vision des défis à relever pour développer la filière des hydrocarbures, ainsi que le fruit de leurs réflexions sur l’exploration, l’exploitation, le transport et la distribution du pétrole et du gaz naturel au Québec. Ces présentations alimenteront les discussions qui s’ensuivront avec les partenaires invités afin de dégager les orientations à mettre de l’avant dans la prochaine politique énergétique », a expliqué son cabinet, par voie de courriel.

L’ingénieur en géologie Marc Durand estime au contraire que cette table d’experts n’a aucune crédibilité. « Le gouvernement a clairement choisi des gens qui militent en faveur de l’industrie pétrolière et gazière. Il cherche visiblement une approbation et il va la chercher auprès de gens qui ne connaissent pas le contexte local. »

M. Durand se questionne d’ailleurs sur la pertinence des choix des experts en soulignant que dix des onze proviennent de l’extérieur du Québec. Ils ne seraient donc pas au fait des controverses soulevées par chacun des projets en développement. « D’après ce que je constate, ces gens n’ont aucune expertise sur le Québec. Ils ne connaissent pas les cas d’Anticosti, du golfe ou de la vallée du Saint-Laurent », déplore l’ingénieur en géologie.

Le responsable de la campagne climat de Greenpeace, Patrick Bonin, juge même que le choix des experts démontre que le gouvernement Couillard souhaite « enfoncer davantage le Québec dans le pétrole ». « Cette table est largement dominée par des experts pro-pétrole et gaz. C’est un signal inquiétant en vue de la future Politique énergétique du Québec. »

Selon ce que fait valoir M. Durand, le ministère aurait pourtant sollicité des avis en vue de la formation de cette table d’experts au cours des derniers mois. Mais à son avis, aucun expert « critique des hydrocarbures » n’aurait été retenu.

Comme ce fut le cas pour les deux tables d’experts tenues plus tôt cette année, cette journée consacrée aux hydrocarbures sera suivie, en soirée, d’une « consultation publique ». « Lors de cette séance de consultation, les citoyens et les organismes pourront intervenir au micro durant une période limitée afin de permettre à un plus grand nombre de participer », a précisé le bureau de M. Arcand. Lors des deux tables précédentes, le temps de parole avait été fixé au préalable à cinq minutes.

Les personnes qui souhaitent assister à la table d’experts ou participer aux discussions lors de la séance de consultation publique qui suivra en soirée doivent s’inscrire au préalable en ligne. « Il convient de mentionner que les places sont limitées », précise toutefois le ministère sur son site.

La politique énergétique 2016-2025 doit normalement être prête pour l’automne 2015. Le gouvernement Couillard compte aussi inclure des « démarches complémentaires » au processus, dont l’évaluation environnementale stratégique (EES) sur les hydrocarbures et celle sur Anticosti.

42 commentaires
  • Patrick Papineau - Abonné 8 juin 2015 00 h 27

    Aberrant !

    La subordination aux intérêts étrangers semblent être la seule préoccupation de M. Couillard. Un vendu qui choisit ses vendus pour mieux "vendre" le Québec. Quel Gouvernement répugnant... Comment penser autrement que "ça ne fait que commencer ?"

    • Marie-Josée Dupuis - Abonnée 8 juin 2015 07 h 27

      Tout à fait raison. D'ailleur la vente du Québec avait commencé sous Charest, mais une bonne partie des québécois souffraient d'amnésie au dernière élection. Avec le partie libéral c'est la vente au enchère de nos richesses naturel, aux étrangers.

    • Nicole Vermette - Inscrite 8 juin 2015 10 h 22

      "vendre" vous dites, j'ai plutôt l'impression qu'il le brade.

  • Denis Paquette - Abonné 8 juin 2015 01 h 28

    Sommes nous si idiots

    Dans ces conditions, n'est ce pas nous prendre pour des idiots, n'est ce pas plutot une campagne de marketing, peut etre que ce gouvernement devrait avoir un peu plus de respect pour ses commettants.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 8 juin 2015 08 h 05

      "Sommes-nous si idiots?" dites-vous?

      Alors... voyons, ce soir, le résultat des élections partielles d'aujourd'hui dans Chauveau et Jean-Talon et on s'en reparle demain, ok?

      Bonne journée!

  • Daniel Bérubé - Abonné 8 juin 2015 03 h 03

    Dangereux,

    ce gouvernement...

    • Luc Normandin - Abonné 8 juin 2015 06 h 47

      Et comment!!!

  • Charles Lebrun - Abonné 8 juin 2015 03 h 47

    Ça presse tout d'un coup?

    Il sagit de la politique énergétique des neufs prochaines années! Pourquoi bâcler des consultations en juin, à la hâte, quand tout le monde pense aux vacances? Prenons notre temps, à l'automne 2015, accordons un temps de parole raisonnable aux participants qui pourront être plus nombreux... À moins que le rapport ne soit déjà écrit!!! À ce moment-là, austérité oblige... SVP, arrêtez de graisser des experts!!!

  • Nadia Alexan - Abonnée 8 juin 2015 05 h 15

    Une table d'experts propétrole

    Ce gouvernement fait fie de l'intérêt public et de l'opinion des citoyens. Ce sont les marionnettes de l'industrie pétrolière. C'est vraiment honteux. Ils devraient être destitués.

    • Daniel Bérubé - Abonné 8 juin 2015 10 h 53

      Il faudrait que nous soit donné d'abord le pouvoir de le destituer... ce que je doute plus que fortement...

    • Luc Falardeau - Abonné 8 juin 2015 11 h 21

      En ce qui concerne la destitution, il faudrait d'abord qu'un parti provincial propose et fasse adopter une loi à cet effet.

      En 1991, la Colombie-Britannique s’est prononcée par référendum sur la possibilité de se donner une procédure de destitution et par une écrasante majorité de plus de 80%, on a répondu favorablement.

      En 1995, le gouvernement NPD du PM Mike Harcourt a adopté le projet de loi « Recall and Initiative Act ».

      Il semble qu’à ce jour, cette province soit encore la seule province canadienne où la destitution d'un politicien est possible.

    • Michaël Lessard - Abonné 8 juin 2015 15 h 45

      Wow, merci Luc Falardeau. Je ne connaissais pas.

      En plus des référendums d'initiative populaire dans cette loi, il y a un principe de «Recall» très clair:

      http://www.bclaws.ca/civix/document/LOC/complete/s

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 8 juin 2015 16 h 06

      Avec l'appui d'une minorité de la population (41,5 % des votes), le PLQ serait probablement destitué par référendum.

      Un peu comme Harper, d'ailleurs.

      Notre système électoral permet à une minorité de prendre le pouvoir, les autres divisant leurs votes en plusieurs partis. Ce système est archaïque, anti-démocratique, et pourri.