Chaleur Terminals ne veut pas d’étude du Québec pour son projet

L’entreprise Chaleur Terminals juge que son projet d’exportation de pétrole des sables bitumineux à partir d’un port situé au Nouveau-Brunswick n’a pas à être soumis à une évaluation environnementale de la part du Québec. Celui-ci implique pourtant le passage quotidien de 220 wagons chargés de brut sur le territoire de la province et au coeur de plusieurs municipalités.

Le Devoir révélait récemment que Chaleur Terminals inc. (CTI) a obtenu le permis de construction de son port pétrolier d’exportation, qui sera situé à Belledune, sur les rives de la baie des Chaleurs. Pour acheminer le pétrole de l’Ouest jusqu’au Nouveau-Brunswick, l’entreprise a opté pour le transport par convois de wagons-citernes.

Deux convois feront le voyage jusqu’à Belledune chaque jour, pour un total d’environ 220 wagons. Cette quantité équivaut à trois fois le nombre de wagons que comptait le convoi qui a provoqué une tragédie humaine, environnementale et économique il y a moins de deux ans à Lac-Mégantic. Au total, les livraisons quotidiennes atteindront près de 160 000 barils. Cela signifie près de 58 millions de barils par année.

Même si le transporteur de ce pétrole sur des centaines de kilomètres au Québec est directement destiné au projet CTI, l’entreprise juge que son projet n’est pas de juridiction québécoise. Votre entreprise est-elle en accord ou en désaccord avec la tenue d’une évaluation environnementale du transport de pétrole en train jusqu’à votre terminal à Belledune ? a demandé Le Devoir à CTI. « Le transport ferroviaire est la responsabilité du CN et est réglementé par le gouvernement fédéral », a répondu l’entreprise par courriel.

« CTI s’engage à un haut niveau de responsabilité d’entreprise, adopte une approche proactive à l’environnement et adhère donc à tous les processus de réglementation. Le projet de Chaleur Terminals est situé au Nouveau-Brunswick et ne comprend pas le transport des marchandises vers et depuis le parc de stockage », a ajouté son porte-parole.

CTI se dit toutefois ouvert à participer à une rencontre publique, mais uniquement pour discuter de son projet au Nouveau-Brunswick. « Nous examinerons la possibilité d’y assister », a répondu CTI. Celle-ci devrait toutefois être organisée par CN Rail.

Pour le moment, aucune consultation publique n’est prévue au Québec sur ce projet de transport, qui suscite de vives inquiétudes dans certaines municipalités, notamment en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent.

7 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 6 juin 2015 07 h 50

    Encore une fois, le gouvernement québécois ne peu se contenter d'attendre le train pour mieux le regarder passer...

    Le gouvernement québécois doit immédiatement financer une étude des risques associés au transport ferroviaire pétrolier sur l'ensemble de son territoire, estimer les coûts associés à un déraillement, mettre en place les moyens de le prévenir, questionner l'acceptabilité sociale du projet et s'assurer de la solvabilité de la compagnie albertaine CTI en regard de la loi provinciale sur l'environnement. Et oui, nous avons une loi sur l'environnement et elle intervient notamment après un sinistre lorsqu'il s'agit de ramasser le pétrole et d'en payer le coût: CTI n'est pas la raffinerie Irving de St-Jean N.B.. Il y aura déraillement, reste seulement (!) à savoir quand, où, comment, jusqu'à quel point, qui ou quoi en seront victimes et les moyens dont nous disposerons pour réparer, indemniser et corriger le tout ! L'an dernier, le C.N. et le C.P. ont reçu l'ordre du gouvernement fédéral de transporter toutes les matières dangeureuses. Malgré leur historique accidentel ferroviaire, elles le feront certainement sécuritairement, présume-t-on paresseusement. Ce qu'il faut maintenant, c'est prendre les devants. La première chose: inventorier les risques associés à un déraillement, les moyens de le prévenir et ce qu'il faudra payer et panser si le pire arrive. Nous devons être renseignés. Le provincial et le fédéral doivent faire ce qu'ils n'ont pas fait à l'égard de MMA avant Lac-Mégantic, prévenir et donner les moyens aux municipalités d'intervenir en cas de sinistre. Après, il sera toujours trop tard.

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 6 juin 2015 11 h 15

    Un manque à gagner annuel de 638 millions de $


    Autre belle illustration du potentiel (quasi infini) d’enrichissement futur du Québec devenu pays !

    Si le Québec était un pays, ce sont 638 millions de dollars par année qu’il faudrait ajouter au coût d’exploitation global du projet de l’entreprise Chaleur Terminals pour ses exportations de pétrole des sables bitumineux à partir d’un port situé au Nouveau-Brunswick après le passage quotidien de 220 wagons chargés de brut sur le territoire de la province.

    Ce « manque à gagner » pour le Québec - à cause de notre statut de simple province constitutionnellement impuissante sur les transports internationaux qui sont de juridiction fédérale - est ici calculé à raison de 11 $ le baril de droit de passage "moyen" (soit 58 millions de barils par année X 11 $ par baril = 638 millions $) que divers pays dans le monde chargent aux pétrolières pour le simple « usage-passage » de leur territoire « souverain », conformément à ce que nous apprend Jean-Jacques Nantel, dans ses vidéos YouTube, qui nous explique brillamment les raisons géopolitique pour lesquelles un Québec indépendant est destiné à devenir un pays riche.

    Écolosociétalement,

    Daniel Clapin-Pépin
    Écologiste humaniste altermondialiste coopérativiste postcapitaliste
    Professeur de gestion + éthique + comptabilité environnementales
    Département des sciences comptables
    École des sciences de la gestion
    UQAM

    • Bernard Terreault - Abonné 6 juin 2015 16 h 34

      M. Clapin-Pépin "charrie" peut-êre un peu avec ses chiffres, mais il est certain qu'un Québec indépendant pourrait faire payer le passage sur ses terres de tout ce qui se charrie entre l'Ontario et les Maritimes et par delà l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient. Par contre, grâce au St-Laurent connecté à l'Atlantique nous pourrions commercer avec une grande partie du monde sans passer par le Canada. Le pétrole du Vénézuéla ou du Moyen-Orient est moins cher que celui d'Alberta et leQuébec pourraitassez facilement être auto-suffisant en céréales. Quant au reste, c'est avec les ÉU et l'Asie que nous commerçons, pas le Canada.

    • Gilles St-Pierre - Abonné 7 juin 2015 22 h 13

      Et ce, sans compter toutes les taxes que nous perdons en les versant au fédéral.

      Et pour la péréquation... un mystère insoluble perdu dans un méandre économique que je ne peux plus supporter comme argumentation car chose certaine, c'est qu'on n'est jamais aussi bien gérer que par soi-même et que peu importe le gouvernement qu'on se donnera, ce ne pourrait être pire pour nous que celui d'Ottawa.

      En attendant, quel mépris de la part de Chaleur Terminals à l'égard du Québec qui est encore sur le coup de foudre de Lac-Mégandic.

  • Robert Beauchamp - Abonné 7 juin 2015 18 h 33

    La soumission

    Vous voulez passer chez-nous? Alors soumettez-vous aux règles. À moins que le fédéral inverse les rôles et s'adressant aux Québécois dise: Soumettez-vous.

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 7 juin 2015 18 h 55

    Qui peut m'expliquer ?

    J'aimerais bien que quelqu'un m'explique pourquoi la Colombie britannique peut refuser le projet de pipeline Northern Gateway tandis que le Québec n'aurait pas l'autorité pour interdire le pipeline Enbridge 9B, ni même pour obliger cette même compagnie Enbridge à simplement faire des tests hydro-statiques qui permettraient de déceler de la corrosion ou des fuites dans ce vieux tuyau de 40 ans, dont on va inverser le flux tout en augmentant le débit de manière importante.

    Si une autre province peut interdire le passage du pétrole des sables bitumineux dans un pipeline qui traverserait son territoire, pourquoi ne pouvons-nous pas interdire la passage de convois ferroviaires quotidiens, avec ce même pétrole sale, alors que toutes les études affirment que le transport par train est plus dangereux pour les populations que le transport par pipeline ?

    Vive le pays du Québec, et ça presse. Le pétrole de l'Alberta doit rester où il est : dans le sable.

    • Gilles St-Pierre - Abonné 8 juin 2015 02 h 03

      Je ne saurais vous expliquer cette curieuse équation entre la Colombie Britannique et le Québec à moins que cela fasse parti des manigances mêmes du Parti Libéral qu'on a à notre propre Assemblée Nationale, allez donc savoir. Mais de plus, chez nos voisins du Sud, ce sont de simples municipalités qui ont bloqué le projet.

      Ici plus au nord, le Québec ne pèse pas lourd dans la balance et notre histoire est ainsi faite. Un jour, peut-être on se réveillera et on saura alors quoi faire.

      En attendant on se contente d'un Vive le Québec libre.