Une grande partie des Québécois ignore ce qu’est une «énergie renouvelable»

De nombreux répondants ont cité à tort le pétrole comme une ressource renouvelable.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir De nombreux répondants ont cité à tort le pétrole comme une ressource renouvelable.

À quelques mois de la présentation de la nouvelle politique énergétique du Québec, une enquête révèle que les citoyens en savent bien peu sur les enjeux énergétiques au Québec et les changements climatiques, et qu’ils ne se considèrent pas comme des « acteurs de changement » dans ces dossiers. Aux yeux des chercheurs, il est temps de renverser la vapeur pour que les citoyens puissent prendre part aux débats.

De nombreux répondants ont cité à tort le pétrole (17 %), le charbon (13 %) et le gaz naturel (27 %) comme des ressources renouvelables, dans l’enquête menée par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) et l’Institut de l’énergie Trottier de Polytechnique Montréal (IET) auprès d’un échantillon de 1010 répondants représentatif de la population du Québec, du 16 au 20 avril 2015.

25 % des répondants ont quant à eux cité le nucléaire comme une source renouvelable.

Seulement 19 % des répondants savent que près de la moitié de l’énergie consommée au Québec provient de sources renouvelables.

Ces informations se trouvent pourtant sur le site Web consacré à la future politique énergétique du Québec, lancé par le gouvernement libéral en décembre.

« Les résultats de l’enquête sont importants à considérer pour que le gouvernement entame ses consultations en connaissance de cause. Ils doivent vulgariser pour qu’il y ait un vrai débat public », indique Nathalie de Marcellis-Warin, vice-présidente du CIRANO.

« C’est certain qu’on essaie de vulgariser au maximum », indique l’attachée de presse du ministre Pierre Arcand, en parlant de la consultation. Elle donne comme exemple les documents disponibles sur le site Web de la future politique. Le ministre ne pouvait toutefois pas donner plus de détails, n’ayant pas lu l’étude mercredi soir.

Réchauffement climatique

75 % des Québécois interrogés attribuent l’augmentation des catastrophes naturelles tout autour du globe à ce phénomène. Seuls 69 % des répondants n’ont aucun doute que le réchauffement climatique est lié à l’activité humaine.

Ceux qui s’informent via les réseaux sociaux (34 %) sont plus nombreux à être climatosceptiques que ceux qui ne les utilisent pas (24 %).

À l’opposé, les répondants qui s’informent auprès d’organisations ou d’associations spécialisées considèrent en plus grand nombre que le réchauffement climatique « est une réalité et qu’il n’y a aucun doute qu’il a été causé par les activités humaines ». Un écart de dix points de pourcentage sépare ceux qui consultent l’information d’organisations spécialisées de ceux qui ne le font pas.

Une majorité de répondants était favorable à réduire sa dépendance à l’importation de pétrole en privilégiant l’exploration et l’exploitation du pétrole du sous-sol québécois.

Un sondage effectué en 2013 par le CIRANO, le Baromètre, démontrait toutefois que 38 % des répondants privilégient le recours aux énergies renouvelables par rapport à l’exploitation d’éventuelles sources québécoises de pétrole.

Et même si les Québécois interrogés reconnaissent « la nécessité d’un changement d’habitudes de consommation d’énergie », 45 % d’entre eux estiment avoir peu et 15 % pas d’influence sur la situation énergétique au Québec. Ils croient toutefois qu’au quotidien, leur comportement influence moyennement (39 %) ou grandement (20 %) la consommation totale d’énergie au Québec.

La vice-présidente du CIRANO estime qu’il sera très important que le gouvernement soit « transparent » tout au long du processus de consultation, pour conserver la confiance de la population et l’inciter à participer davantage. « Les citoyens doivent être partie prenante des choix qui seront faits. Le gouvernement ne peut pas tout décider et consulter les citoyens pour n’avoir que leurs réactions », insiste-t-elle.

Mieux informer

Selon les chercheurs du CIRANO et de l’IET, les résultats de l’enquête « sont révélateurs d’un besoin de mieux informer la population sur les enjeux énergétiques » à l’aide d’informations « fiables, objectives et crédibles ».

C’est, à leurs yeux, « une condition essentielle à la qualité de la participation citoyenne aux débats sociaux sur les questions d’énergie ».

Les deux centres de recherche prévoient d’ailleurs de lancer « diverses initiatives » visant à « promouvoir la sensibilisation et la participation de la population en ce qui concerne les choix énergétiques du Québec ».

Pour Nathalie de Marcellis-Warin, il ne s’agit pas seulement de créer des sites Web ou des dépliants, mais de « changer la culture des gens. Il faut les éduquer dès le plus jeune âge, aller dans les écoles faire des jeux, et bien les informer par la suite ».

4 commentaires
  • Ben Batt - Abonné 28 mai 2015 09 h 51

    Pas de surprise

    Pas vraiment surpris de la situation. Ils pensent aussi que le lait est produit par les épiceries. Et tant est aussi longtemps que l’essence coule à la station, ça veut dire que c’est « renouvelable » non?

  • Yves Corbeil - Inscrit 28 mai 2015 12 h 20

    Moi je le sais c'est quoi

    C'est l'énergie que dépense le 1% qui contrôle tout au détriment de tous les autres qui essaie de survivre sur cette planète maudite. C'est ça l'énergie renouvelable, ça se renouvelle depuis la nuit des temps, une fortune inépuisable qui progresse sans cesse de par sa source même.

  • Jacques de Guise - Abonné 28 mai 2015 15 h 34

    Le 99 %

    Ou c'est l'énergie que déploie l'autre 99 % pour maintenir en place - pour toute sorte de justifications et de raisons - cet imparable 1 %. Ça aussi c'est de la maudite bonne énergie renouvelable, inépuisable, et Ô combien bienveillante tant qu'on lui fournira des .... de jobs insignifiantes..........

  • Daniel Bérubé - Inscrit 29 mai 2015 11 h 20

    Un trop grand nombre,

    est habitué à croire ce qu'un premier ministre dit, car... "il n'oserait quand même pas mentir devant les caméra !". Quand Art-Peur dit que les sables bitumineux, c'est de l'énergie renouvelable, ceux et/ou celles si connaissant très peu dans les contextes énergitiques vont croire tout innocemment la chose. Quand nous disons maintenir un peuple dans l'ignorance, c'en est un exemple frappant... ce n'est pas tous qui comprendront si je parlais de kilowatts, certains pouvant aller à penser... 1 kilo de watts ? et, nous ne pouvons leur reprocher la chose, chacun lira ou écoutera les informations qui l'intéresse, et tous ne sont pas intéressé aux mêmes choses. Par contre, ceux connaissant la chose, doivent se faire un devoir de parler de la chose, de prendre le temps de l'expliquer quand il ou elle réalise que l'autre ne comprend pas précisément. Car certains se feront un plaisir de profiter de cette innocence, d'où l'intérêt de plus en plus croissant de certains paliers gouvernementaux de tenir le peuple dans l'ignorance (en baillonnant les scientifiques), afin d'abuser plus facilement...

    Si nous voulons un jour un gouvernement prenant ses pleines responsabilités, il est nécessaire au départ que le peuple l'élisant ait le savoir nécessaire à le mettre ne place, car nous en sommes au point où nous ne pouvons plus faire confiance à un gouvernement même élu démocratiquement. Quelqu'un a dit un jour que nous ne pouvions exiger d'avoir des dirigeants meilleurs que le peuple (dans son ensemble), et je crois qu'Il avait raison...