Couillard se montre prudent

Même si le gouvernement a élaboré des « scénarios » d’exploitation pétrolière sur Anticosti, Philippe Couillard affirme que Québec n’a toujours pas pris de décision quant à une éventuelle production d’énergie fossile sur l’île.

Selon un document produit par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), plus de 6500 puits pourraient être forés et fracturés sur la plus grande île du Québec sur une période de 75 ans. En période de pointe, jusqu’à 150 puits pourraient être forés chaque année. Avec cette exploitation, qui débuterait en 2020, près de 3000 km2 du sous-sol d’Anticosti seraient affectés par des opérations de fracturation dont on ignore les impacts environnementaux.

Interpellé jeudi à Montréal à propos des risques liés à ce projet, le chef libéral a rappelé que son gouvernement a été placé « devant le fait accompli » en raison du « contrat » de financement de travaux d’exploration signé par les péquistes. Un total de 56,7 millions de dollars de fonds publics doivent être dépensés pour les travaux.

M. Couillard a toutefois dit que rien n’a encore été décidé pour la suite des choses. « Il y a les forages qu’on a autorisés, qui sont des forages simples. Il n’y a pas d’autorisation de passer à la phase d’exploration par fracturation tant qu’on n’aura pas le résultat de ces forages et le résultat de l’évaluation environnementale stratégique. »

Le premier ministre a même évoqué, pour la première fois, la valeur écologique d’Anticosti, qui représente 17 fois la superficie de l’île de Montréal. « J’ai une grande prudence. Je considère que c’est un des beaux milieux naturels encore vierges du Québec », a-t-il laissé tomber.

La CAQ pressée

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau a pour sa part affirmé qu’il est « prématuré » d’évoquer les scénarios d’exploitation pétrolière.

Le leader caquiste François Legault a plutôt soutenu que les travaux ne progressent pas assez rapidement. « On doit respecter l’environnement, mais il est temps qu’on se mette à l’oeuvre. » Est-ce qu’il existe des risques pour l’île ? « Je ne pense pas. On perce des trous et on les remblaie ensuite », a résumé M. Legault.

ll a en outre répété que les Anticostiens seraient en faveur de l’exploitation. « C’est une île où habitent 240 personnes, et ce que je comprends, c’est que tous les habitants sont d’accord. » En fait, les projets pétroliers divisent profondément les insulaires.

La députée solidaire Manon Massé voit dans ce projet un « gouffre financier » qui ne peut mener qu’au « saccage d’un joyau ». Elle a ainsi rappelé qu’aucun gisement pétrolier n’a été découvert, malgré des décennies de travaux. Et aucune entreprise majeure du secteur n’a démontré un intérêt à y investir pour de nouveaux travaux, malgré l’hypothétique potentiel de 40 milliards de barils.

Il n’y a pas d’autorisation de passer à la phase d’exploration par fracturation tant qu’on n’aura pas le résultat des forages

5 commentaires
  • Marc Durand - Abonné 22 mai 2015 07 h 00

    potentiel pétrolier hypothétique

    Il est devenu caduc de parler encore de 40 milliard de barils comme potentiel. Ça c'était pour toute l'Île, pour tout le gisement. Or le gouvernement reconnait maintenant que même dans un scénario PLUS, c'est seulement 35% du territoire qui est ciblé, c'est aussi 35% de 40 milliards, donc c'est maintenant c'est la valeur 14 milliards de barils en place qu'on doit utiliser. Ça demeure aussi déficitaire en analysant les coûts VS pétrole exploitable: http://rochemere.blogspot.ca/2015/05/scenarios-du-

    Marc Durand, doct-ing en géologie appliquée

  • Robert Aird - Abonné 22 mai 2015 09 h 07

    On perce des trous et on les remblaie ensuite, a résumé M. Legault

    Des trous de plus d’un km de profondeur, tout prѐs des nappes, fracturés dans la roche avec un mélange d’eau et de produits chimiques hautement toxiques, serait plus précis et moins simpliste M. Legault qui accepterait tout et n’importe quoi pour satisfaire la soif intarissable du lobby des énergie fossiles. M.Legault ignore aussi peut-être, ou feint ignorer, que la roche d’Anticosti est particuliѐre comme en témoigne les multiples grottes qui creusent l’île. Le produit destructeur entrera à coup sûr dans les fissures, polluera les nappes, les riviѐres. Legault, Couillard, bonnet blanc, blanc bonnet.

  • Robert Beauchamp - Abonné 22 mai 2015 22 h 37

    Les trous

    Legault devrait remblayer ses «trous» de mémoire.

  • Yves Côté - Abonné 23 mai 2015 10 h 43

    Il manque quelques mots au titre...

    Selon moi, il manque quelques mots au titre de l'article.
    Il faudrait y ajouter "avec son électorat anglophone".
    Oui, il me semble que le titre "Couillard se montre prudent avec son électorat anglophone" serait plus avisé.
    En effet, puisqu'une partie non-négligeable de celui-ci, prêt à passer la niveleuse sur les nécessités vitales linguistiques et culturelles des francophones, n'est pas pour autant d'accord pour saccager notre territoire naturel pour autant...
    Alors, "comment sauver la chèvre et le choux" devient la préoccupation du moment de notre premier ministre.

    Tourlou !

  • Marc Brullemans - Abonné 23 mai 2015 21 h 48

    Les lacunes de M. Legault

    En 2012, le chef de la CAQ, François Legault, affirmait que la fracturation hydraulique était risquée pour les nappes phréatiques et qu'il fallait stopper les gaz de schiste: http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/archives Quelques mois plus tard, il affirme que l'extraction du pétrole de schiste est moins risquée que celle du gaz de schiste: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/356628/ca Aujourd'hui, il lance qu'on a "qu'à remblayer les trous"! On pourrait multiplier les exemples et aisément conclure que ce parti et son chef ont de sérieuses lacunes sur le plan scientifique et technique.