Washington dévoile un plan pour sauver les abeilles et les papillons

Globalement, les abeilles sont responsables, par leur pollinisation, de plus d’un tiers de notre alimentation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Globalement, les abeilles sont responsables, par leur pollinisation, de plus d’un tiers de notre alimentation.

Prenant acte de la menace que représente le déclin des colonies d’abeilles pour l’agriculture américaine, la Maison-Blanche a annoncé mardi son intention de mettre en place des mesures pour réduire la mortalité de ces pollinisateurs. Washington ne condamne pas pour autant les pesticides, pourtant montrés du doigt dans la chute des populations.

La « Stratégie nationale pour la santé des abeilles et autres pollinisateurs » doit, en théorie, permettre de réduire à 15 % le taux de mortalité hivernal des colonies au cours de la prochaine décennie. Il s’agit d’un objectif ambitieux, dans la mesure où la plus récente enquête du département américain de l’Agriculture concluait que les apiculteurs américains ont perdu en moyenne 42,1 % de leurs colonies entre avril 2014 et avril 2015.

Pour parvenir au changement de cap souhaité par l’administration du président Barack Obama, Washington compte notamment restaurer plus de 30 000 km2 d’habitats propices aux insectes pollinisateurs au cours des cinq prochaines années.

Diverses agences fédérales seront aussi mobilisées pour diversifier les espèces de plantes sur les terres fédérales, pour qu’elles soient mieux adaptées aux besoins des abeilles et autres insectes pollinisateurs. Selon les scientifiques, le recours quasi systématique à la monoculture priverait les abeilles de précieuses sources de nourriture.

Fonds pour la recherche

Le gouvernement américain compte également accroître les efforts afin de mieux cerner les causes du déclin marqué des colonies d’abeilles. Le budget alloué annuellement pourrait ainsi passer à 82,5 millions de dollars, alors qu’il se situe actuellement à 34 millions.

Il faut dire que le déclin de ces petits insectes engendre des impacts majeurs pour l’économie du pays. La pollinisation par les seules abeilles compte chaque année pour plus de 15 milliards de dollars dans les récoltes.

Le recul des colonies est tellement important qu’il pose désormais un risque économique. Le taux de mortalité observé en 2014-2015 était le deuxième taux le plus élevé à avoir été enregistré. Les pertes avaient en effet culminé à 45 % au cours de l’année 2012-2013, alors que le département américain de l’Agriculture considère que le taux de perte économiquement soutenable est de 18,7 %. Au cours de 2013-2014, la moyenne s’élevait plutôt à 34,2 %.

Le risque que représente la chute des populations pour l’alimentation humaine est aussi bien réel. Pas moins de 25 % des cultures américaines dépendent directement de la pollinisation des abeilles. Globalement, les abeilles sont responsables, par leur pollinisation, de plus d’un tiers de notre alimentation. Au total, ce sont 80 % des plantes à fleurs qui sont pollinisées par les insectes comme les abeilles, les bourdons ou encore les papillons.

Pesticides en cause ?

Le déclin observé depuis quelques années a été imputé à tout un faisceau de causes, à commencer par les pesticides, d’où la décision de Bruxelles d’en interdire plusieurs. Le programme des Nations unies pour l’environnement a déjà dénombré 12 facteurs pouvant expliquer la mortalité des abeilles, surtout dans l’hémisphère nord industrialisé : outre les pesticides, il montrait surtout du doigt la pollution de l’air, la réduction du nombre de plantes à fleurs et un parasite mortel (le varroa).

À Washington, on se garde toutefois de condamner pour le moment les pesticides. « Les pesticides jouent un rôle clé dans la production agricole et la santé de notre société », souligne d’ailleurs la Maison-Blanche dans le document présentant la « Stratégie nationale » rendue publique mardi. Plus loin, on évoque l’importance de maintenir un équilibre entre « les risques et les bénéfices », tout en soulignant que la volonté de réduire les effets sur les abeilles « est une priorité du gouvernement fédéral ».

L’Agence de protection de l’environnement doit d’ailleurs publier d’ici la fin de l’année les résultats d’une série d’études sur les effets des insecticides de la classe des néonicotinoïdes. Ceux-ci soulèvent déjà de nombreuses critiques en Europe.

Si les recherches démontrent des impacts négatifs, l’Agence pourra « prendre des actions appropriées pour protéger les pollinisateurs », selon ce que précise le document publié par la Maison-Blanche. Cela pourrait signifier de s’attaquer au lobby des pesticides, très présent à Washington.

À la rescousse des papillons

Le plan d’action dévoilé mardi vise par ailleurs à reconstituer les populations de papillons monarques, en très forte diminution. Le nombre de ces papillons migrateurs — qui vont passer l’hiver dans le Sud, surtout au Mexique — a baissé de 90 %, voire davantage ces deux dernières décennies.

Le gouvernement américain espère accroître la population de papillons monarques jusqu’à 225 millions d’ici cinq ans sur une superficie de forêt d’environ six hectares au Mexique, en collaboration avec le gouvernement mexicain. Les données inscrites dans le plan de la Maison-Blanche indiquent que les colonies de ces papillons occupaient à peine un hectare l’hiver dernier.

Si la tendance au déclin se maintient, on ne verra d’ailleurs bientôt plus de papillons monarques au Québec. Les colonies qui effectuent des migrations annuelles du Mexique jusqu’ici ont connu une chute tellement dramatique qu’elles risquent de disparaître. Leur migration, phénomène naturel hors du commun, pourrait être chose du passé d’ici à peine quelques années.

Outre les problèmes liés au modèle agricole nord-américain et à l’urbanisation galopante, les papillons sont de plus en plus vulnérables aux changements climatiques.

5 commentaires
  • Robert Parthenais - Inscrit 19 mai 2015 18 h 18

    Monsanto...

    Pas de pollinisation veut dire pas de tomate, pas d'orange, pas de pomme, pas de cerise... Mais chut, faut pas parler de pesticide...

  • Denise Lauzon - Inscrite 20 mai 2015 04 h 37

    Le poids des lobbyistes et du commerce


    Les politiciens n'ont pas le courage d'affronter et de mettre en échec les compagnies (souvent des multinationales) qui font des produits nocifs pour la nature tels que les fabriquants de pesticides et d'insecticides et d'OGM tel que Monsanto. L'économie passe donc avant la protection de l'environnement.

  • Yves Corbeil - Inscrit 20 mai 2015 13 h 31

    Il n'y a pas de mauvaises décisions

    Mais ils devraient quand même se concentré sur le peuple Américain qui a besoin d'être sauvé en premier.

  • Yvonne Dolbec - Abonnée 22 mai 2015 00 h 29

    Mortel été

    Fait inédit: les abeilles meurent désormais davantage en saison de pollinisation qu'en hiver.

    Nous aurions avantage à appliquer au Québec cette idée du retour à la diversification botanique en région rurale. Des régions comme la région maskoutaine sont maintenant d'une monotonie inquiétante pour toutes les espèces vivantes, y compris les humains.

    Mais pourra-t-on encore, à Washington, gober longtemps la bonne parole des lobbyistes de Monsanto, sur ce soit-disant avantage que représente les néo-nicotinoîdes?