La France et l’Allemagne veulent un accord de l’ONU contraignant

Berlin — François Hollande et Angela Merkel ont appelé mardi à un accord « ambitieux, global et contraignant » sur le réchauffement climatique, lors d’un sommet à Berlin destiné à préparer la conférence des Nations unies sur le climat.

La France et l’Allemagne « sont fermement résolues à déployer tous les efforts en vue de parvenir, à la fin de l’année à Paris, à un accord de l’ONU sur le climat qui soit ambitieux, global et contraignant », ont écrit les deux dirigeants dans une déclaration commune.

« Nous, les pays industrialisés, avons pendant des années très fortement contribué au réchauffement climatique », a souligné dans un discours la chancelière allemande, faisant de l’engagement de l’Union européenne sur ce sujet « un acte de justice ».

« Nous avons le devoir de réussir », a renchéri le président français, rappelant qu’il « reste peu de temps, très peu de temps », avant la conférence de Paris qui se réunira du 30 novembre au 11 décembre.

Les deux dirigeants, s’exprimant au deuxième jour du « dialogue de Petersberg » rassemblant les représentants de 35pays, ont été accueillis devant la porte de Brandebourg, au coeur de Berlin, par quelques dizaines de manifestants écologistes aux cris de « Arrêter le charbon, protéger le climat ».

Parmi les organisations présentes, Greenpeace avait érigé une réplique miniature de la tour Eiffel surmontée d’une hélice éolienne pour réclamer le passage aux « 100 % d’énergies renouvelables d’ici à 2050 », entraînant l’abandon du charbon et du nucléaire.

François Hollande et Angela Merkel ont, de leur côté, esquissé les contours d’un accord mondial sur le climat destiné à limiter le réchauffement de la planète à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

« Les habitants de cette planète peuvent espérer réussir à la fois la protection du climat et la prospérité individuelle », a promis Mme Merkel, tandis que M. Hollande faisait du réchauffement climatique « une menace, mais aussi une opportunité considérable pour inventer un autre modèle de développement ».

Selon eux, si la conférence sur le climat de Paris (COP 21) aboutit, le texte devra inclure « un basculement radical des investissements sur des infrastructures et des technologies sobres en carbone et une utilisation des terres respectueuse du climat ».

Objectif allemand : 2020

Le dialogue de Petersberg, réunion informelle sur le climat lancée en 2010 par Angela Merkel après l’échec du sommet de Copenhague en 2009, représente « une étape importante sur le chemin » du COP 21, avait assuré lundi le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius.

« Nous avons pour l’instant seulement 37 pays » qui ont annoncé leur contribution nationale, s’est alarmé François Hollande mardi. « Vous devez déposer au plus tôt votre contribution » avant la limite du 30 octobre, s’est-il exclamé à l’adresse des autres.

« Tout [doit être] préparé avant Paris », a-t-il insisté, appelant les « généralistes » à faire en amont « le travail sur l’essentiel, les objectifs et l’engagement », avant de laisser les « spécialistes » régler les détails de cet accord, qu’il souhaite « svelte », « clair » et « mobilisateur ».

L’Allemagne s’est d’ores et déjà engagée à réduire d’ici à 2020 de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990. L’Union européenne a pris un engagement identique à l’horizon 2030. Les États-Unis, plus gros émetteur mondial, ont de leur côté promis de les réduire de 26 % à 28 % d’ici 2025 par rapport à leur niveau de 2005.

3e cause de l’insécurité alimentaire

Vatican — Le changement climatique est perçu comme la troisième cause majeure de la faim et de l’insécurité alimentaire, qui engendrent criminalité, migrations et dépendance à l’aide sociale, relève un rapport du réseau caritatif catholique Caritas, présenté mardi à l’EXPO 2015 à Milan.

Selon un sondage conduit auprès de 98 organisations nationales de la Caritas, à l’oeuvre dans des pays où habitent 83 % de la population mondiale, les trois principales causes de l’insécurité alimentaire sont le manque de ressources (terres, semences, prêts, accès aux marchés) pour les petits agriculteurs — selon 42 % des responsables interrogés —, la faible productivité — selon 36 % d’entre eux — et l’impact du changement climatique — selon 34 % d’entre eux.

Les autres causes le plus souvent signalées par les Caritas sont l’insuffisance de la protection sociale (24 %), la mauvaise gouvernance (22 %), la spéculation sur les prix (20 %), des politiques favorisant l’industrie (19 %), les guerres (17 %), le manque d’infrastructures (17 %).

Dix-neuf pour cent de ceux ayant répondu à l’enquête ont indiqué que leur pays bénéficiait d’une totale sécurité alimentaire. Presque un tiers ont répondu vivre dans un pays aux prises avec une forme d’insécurité alimentaire, tandis que près de la moitié ont déclaré que, dans leurs pays, la sécurité alimentaire était seulement relative.

« Les conséquences avérées de l’insécurité alimentaire ne sont pas seulement la faim et la malnutrition, mais également les migrations, la disparité des revenus et la criminalité. Le manque de nourriture adéquate a un impact non seulement sur la santé et la mortalité, mais également sur l’éducation et la corruption, et favorise une culture de dépendance de la charité et de l’aide sociale », a dénoncé le réseau Caritas.

Les Caritas de l’Afrique subsaharienne ont mis l’accent sur la faible productivité agricole et le changement climatique. L’Asie a souligné le manque d’accès aux ressources des petits agriculteurs et la mauvaise gouvernance. L’Amérique latine a dénoncé la spéculation sur les produits alimentaires. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont mis en relief la lutte contre les conflits et le manque d’eau potable.
3 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 19 mai 2015 10 h 11

    Et si Greenpeace changeait son discours ?

    « Greenpeace a d'ailleurs réclamé le passage aux «100 % d’énergies renouvelables d’ici à 2050», entraînant l’abandon du charbon et du nucléaire. »

    Si Greenpeace (et derrière elle, plusieurs organisations dites environnementales) voulait bien modifier un peu son discours, elle pourrait devenir plus convaincante. Car il y a certains mots essentiels qui ont été purgés du contenu de ces discours, le mot « efficacité » n'étant pas le moins important.

    « 100 % d'énergies renouvelables », qu'est-ce que ça veut dire au fond ? Pas grand chose. L'énergie dont nous disposons nous vient du soleil. Ce à quoi on assiste sur la terre, c'est à une transformation non permanente de cette énergie. Si on tient absolument à polariser le phénomène entre l'humain d'un côté et la nature de l'autre, on pourra toujours dire que les activités naturelles transforment une certaine quantité d'énergie et idem pour les activités humaines. La plus grande partie de la transformation est encore associée aux activités naturelles. La transformation se fait selon des cycles de longueur fort différente. Le pétrole est un exemple de cycle long. Le gaz naturel (méthane) par contre connaît des cycles très variables et celui issu de la méthanisation accélérée des matières organiques pourrait être qualifié d'énergie renouvelable.

    Revenons donc à la dualité homme-nature. La population humaine augmente. Les besoins individuels en énergie augmentent. Une économie basée sur la surconsommation explique cette augmentation dans les pays développés (surtout occidentaux) et l'accès à de meilleures conditions matérielles fait le reste dans les pays sous-développés. Si la dualité homme-nature existe, on doit se demander où se situe le point d'équilibre entre les activités humaines et les activités naturelles. Dans ce cas, si l'équilibre est sur le point d'être rompu, ce qu'on accepte, la préoccupation devrait se porter sur les moyens à prendre pour freiner la demande croissante en énergie.

    • Jean Richard - Abonné 19 mai 2015 10 h 31

      Remplacer la voracité énergétique rassasiée par le pétrole, le gaz, le charbon ou le nucléaire par une même voracité rassasiée par l'hydroélectricité, l'éolien, le photovoltaïque, ce n'est probablement pas la solution.

      Le bilan thermique de la terre peut se résumer ainsi : si la terre retourne (dans l'espace) la même quantité d'énergie qu'elle a reçue, le bilan sera neutre. Dans le cas contraire, elle se réchauffera ou se refroidira. Un tel résumé ne doit toutefois pas vouloir dire que la réalité est simple. Non, elle est fort complexe.

      Les organisations scientifiques préfèrent maintenant parler d'évolution climatique au lieu de changement climatique. Un des plus crédibles en ce moment, c'est le GIEC (groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat). Le GIEC ne parle pas de réchauffement climatique, mais de changement. Et contrairement à ce qui se passe dans les organisations politiques, le GIEC planche sur les changements climatiques (observés) sans égard à leur cause (donc, pas de dualité homme-nature, ce qui serait contraire à une approche scientifique dans le cas présent).

    • Michel Morisset - Inscrit 19 mai 2015 12 h 20

      M. Richard

      Voici le lien du rapport 2013 du GIEC.

      http://www.climatechange2013.org/images/report/WG1

      Il y est mentionné le réchauffement climatique, les changements climatiques et la cause.

      Citation (p 15 D3)

      Il est extrêmement probable que l’influence de l’homme est la cause principale du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle.

      La définiton d'extrêmement probable est une probabilité se situant entre 95 à 100%.