Harper veut réduire de 30 % les émissions de GES d’ici 2030

Même si les émissions de gaz à effet de serre canadiennes sont en nette augmentation en raison de la croissance de la production d’énergies fossiles, le gouvernement Harper promet de les réduire de 30 % d’ici 2030, par rapport à 2005. Une cible fixée sans l’accord des provinces et qualifiée vendredi d’insuffisante et d’irréaliste.

Selon ce qu’a fait valoir la ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, la cible dévoilée par le Canada est « équitable et ambitieuse ». Pour y parvenir, Ottawa promet notamment de réglementer les émissions de méthane produites par l’industrie du pétrole et du gaz.

Le gouvernement Harper n’entend toutefois pas réglementer les émissions de CO2 de l’industrie, même s’il s’agit de la principale source d’augmentation des gaz à effet de serre (GES) au pays. Une telle réglementation a pourtant été promise à quelques reprises depuis 2006.

Reste à voir si la cible établie à quelques mois des élections pourra être atteinte. Depuis qu’il a jeté à la poubelle le protocole de Kyoto, le fédéral s’est fixé un objectif moins ambitieux, qu’il n’arrivera vraisemblablement pas à respecter.

Les conservateurs s’étaient en fait engagés à réduire de 17 % les émissions d’ici 2020, et ce, par rapport à 2005. Cela équivaudrait à émettre 611 mégatonnes (Mt). Or, selon les plus récentes données d’Environnement Canada, les émissions de GES atteindront plutôt 726 Mt en 2020. Si le Canada avait respecté les objectifs de Kyoto, les émissions du pays ne dépasseraient pas les 490 Mt à la fin de la présente décennie.

Cible irréaliste

La croissance doit d’ailleurs se poursuivre les années suivantes, selon les prévisions inscrites dans les documents officiels du gouvernement. En raison de la croissance continue de la production des sables bitumineux, les émissions devraient être plus élevées de 11 % en 2030 par rapport à 2005. Ottawa a cependant promis vendredi de les réduire de 30 % en 2030, toujours par rapport à 2005.

Pour Greenpeace, la cible fixée par les conservateurs n’a tout simplement pas de valeur. « Non seulement le gouvernement Harper a ignoré sa cible de réduction des GES pour 2020, mais les politiques pro-sables bitumineux qu’il a adoptées nous mènent dans la mauvaise direction, a souligné le porte-parole de la campagne Climat, Patrick Bonin. Cette annonce n’a guère de valeur tant qu’elle ne sera pas appuyée par des politiques concrètes qui permettront d’atteindre la cible que s’est fixée le Canada. »

Même son de cloche du côté de l’Institut Pembina. Le groupe a aussi rappelé le poids grandissant des GES attribuables au secteur énergétique fossile albertain, dont la croissance va de pair avec les projets de pipeline. Les émissions de cette province dépassaient, en 2013, les émissions combinées du Québec et de l’Ontario. À elles seules, les émissions « fugitives » du secteur pétrolier et gazier dépassent le total de tout le secteur des transports au Québec.

Sans Québec

Les partis d’opposition à Ottawa ont unanimement affirmé que les conservateurs ne pourront pas atteindre la cible annoncée. « Les conservateurs n’ont aucun plan pour obtenir une réduction des GES. Ils n’ont pas l’intention [d’atteindre les cibles] », a résumé Megan Leslie, porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d’environnement.

« Vous ne pouvez pas croire un mot de ce que dit ce gouvernement sur les objectifs des changements climatiques. Ils ne sont pas sérieux. Ils ont rayé l’environnement comme enjeu. Ils ont rayé le climat comme enjeu, parce que leurs propres groupes cibles et leurs sondages leur disent que [ceux qui tiennent à ces enjeux], ce n’est pas un groupe électoral qui va les appuyer », a fait valoir le député libéral David McGuinty.

Réagissant à l’annonce fédérale, le ministre de l’Environnement du Québec, David Heurtel, a souligné que le gouvernement Couillard n’a jamais été consulté par Ottawa.

« Il y a une cible, ce qui est déjà un pas dans la bonne direction. Ce qui est dommage, c’est que cette cible a été déterminée sans l’apport du Québec, mais aussi sans l’apport des provinces et des territoires. C’est pourtant ce que nous demandions depuis des mois. Je l’avais demandé à Mme Aglukkaq, face à face, en décembre dernier », a-t-il fait valoir, en marge d’une allocution sur les changements climatiques prononcée à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal.

Urgence

Le Canada a été critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années pour son inaction en matière climatique. Même le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a invité Ottawa à en faire davantage.

Il faut dire que le temps presse. Le Groupe d’expertsintergouvernemental sur l’évolution du climat évalue que les émissions mondiales de GES doivent être réduites de 25 à 40 % sous les niveaux de 1990, d’ici 2020, si la planète veut mettre en oeuvre les moyens d’éviter les pires conséquences des bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine.

La communauté scientifique est d’avis qu’il faudrait limiter la hausse globale à 2 °C d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle. Pour y parvenir, il faudrait que l’humanité se donne un objectif de « zéro émission » de GES au plus tard en 2100.

7 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 15 mai 2015 12 h 47

    Tout indique que le Canada ratera sa cible de réduction des GES qu’il s’était fixée pour 2020 et maintenant, à quelques mois du prochain scrutin fédéral, le gouvernement conservateur nous annonce qu'il souhaite réduire de 30 % les GES par rapport à 2005 d'ici 2030. Je suis pour le moins sceptique de cette annonce pré-électorale!

    • Patrick Boulanger - Abonné 15 mai 2015 14 h 48

      J'aurais plutôt dû dire ceci précédemment : je suis pour le moins sceptique de la volonté affichée du gouvernement Harper de vouloir agir avec ambition contre les changements climatiques tout juste avant les élections.

  • P. Raymond - Inscrit 15 mai 2015 13 h 10

    Dans trois ans j’arrête de boire, promis !

    Si, et seulement si vous me laissez mon permis de conduire bien sûr.
    Si vous me changez mon tape-cul pour un gros Hummer évidemment. La sécurité de ma famille n’a pas de prix, vous le savez.
    Dans quatre ans c’est promis. Vous avez ma parole.

    Dans deux ans, promis.
    Si vous me promettez de rester sages. Si vous me promettez de me soutenir inconditionnellement. Si vous me promettez de continuer à me laisser gérer votre budget et ...accessoirement si vous pouviez aussi me ramener le droit de cuissage sur vos filles, vos garçons et votre épouse ce serait apprécié. Amis polygames vous êtes fortement invités à contribuer.

    Promis, dans quatre ans j’arrête si, seulement si, et à condition (s) que vous fassiez les efforts qui me permettront d’atteindre mon but. D’énormes sacrifices de votre part devront être consentis par vous tous d’ici là évidemment.
    Dans trois ans promis, juré craché, je croise les doigts que vous me croyiez.

    Dieu que ça donne soif promettre.
    Pshittttt. Allez c’est ma tournée, aux frais de la princesse.

    Avertissement : Toute ressemblance avec la situation politique actuelle et les promesses électorales en cours ne peuvent être que fort twittes et devront être portées au compte de pécheurs mordant à tous les hameçons, pêcheurs pardon.

    • Huguette Proulx - Abonnée 15 mai 2015 15 h 55

      Bravo!
      Il y a une limite à nous prendre pour des imbéciles.

  • Robert Lauzon - Abonné 16 mai 2015 06 h 34

    Beaucoup trop peu, beaucoup trop tard!

    M. Harper vous ne méritez plus aucune confiance. Remballez vos choses et rentrez dans vos terres!

  • Yves Corbeil - Inscrit 16 mai 2015 07 h 51

    bravo M.Harper

    Votre cynisme va vous coulez. Merci!

  • Michel Thériault - Abonné 16 mai 2015 09 h 53

    Harper et le loup.

    Il y a un mot pour nommer les gens qui disent le contraire de la vérité. Le PM du Canada, en cette matière, nous a plus que largement démontré qu'il mérite d'être qualifié de ce mot quand il parle d'environnement; surtout d'hydrocarbures.

    Personne ne le croit, il le sait et il s'en fout. C'est le propre des délinquants incorrigible et, dans une société civilisée, il faut défendre les déviants d'eux-même. S'ils ne peuvent s'arrêter de bituminer dans l'ouest, il nous appartient de les contraindre par tous les moyens, par exemple, en ne laissant pas passer le pétrole sale sur notre territoire. Il y a des limites à assumer les risques au profit des gens qui disent toujours le contraire de la vérité.

    Quand Pierre cria Au Loup ! on vint à son secour. Comme il était inconscient ou menteur, on finit par ne plus l'écouter et le loup n'en fit qu'une bouchée huileuse.