Le Chantier sur l’acceptabilité sociale se poursuivra à «huis clos», affirme Arcand

Les tables de discussion du Chantier sur l’acceptabilité sociale des projets miniers et énergétiques demeureront à huis clos, a affirmé mardi le ministre Pierre Arcand. Il estime vouloir ainsi éviter le « danger » que représenteraient des événements publics. Mais il promet aussi que des « consultations publiques » suivront.

Selon ce qu’a fait valoir au Devoir le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, les tables de discussion prévues dans cinq villes du Québec doivent se tenir derrière des portes closes. « En général, les premières discussions ont toujours lieu dans un contexte qui n’est pas médiatisé », a-t-il argué.

M. Arcand a souligné que cette démarche menée avec divers groupes, qu’il a qualifiée de « préconsultation », servira à élaborer les « orientations » qui, elles, seront publiées. « Les orientations sont faites en collaboration avec les groupes comme le patronat, les groupes environnementaux et les autochtones », a-t-il expliqué.

Le ministre juge qu’il serait risqué d’ouvrir les tables de discussion au grand public. Il a ainsi évoqué les tables d’experts organisées dans le cadre de l’élaboration de la future politique énergétique du Québec. Des experts choisis par le gouvernement y ont mentionné l’idée de hausser certains tarifs. « Ça s’est retrouvé dans les journaux. Et le danger avec cela, c’est que les citoyens viennent nous voir en disant que le gouvernement a pris la décision », a fait valoir Pierre Arcand.

M. Arcand a aussi dit que certains « groupes » qui prennent part au Chantier sur l’acceptabilité sociale avaient demandé à ce que les rencontres se déroulent « en privé ». « On a respecté leurs voeux », a dit le ministre, sans préciser de quel groupe il s’agit. Il a souligné que certaines activités du gouvernement, comme les caucus des partis, se tiennent elles aussi à huis clos.

Consultations

Québec promet toutefois de mener par la suite des consultations publiques. Quelle forme prendront-elles ? « Je n’en ai aucune idée, a répondu le ministre. Je place la commande au ministère et ils le font de la meilleure façonpossible. » Selon lui, « l’accessibilité » à ce processus sera assurée pour tous.

Le gouvernement Couillard souhaiterait, au final, améliorer la définition de la question de l’acceptabilité sociale, a en outre affirmé M. Arcand. « Aujourd’hui, le message qu’on lance aux gens, c’est qu’avant qu’un projet puisse aller de l’avant, il faut savoir ce que les gens en pensent, pour ne pas les placer devant le fait accompli. Et l’objectif que nous avons, c’est de mieux définir ce qu’est l’acceptabilité sociale. »

Selon lui, il est faux de croire que tout projet d’exploitation de ressources naturelles peut aller de l’avant peu importe la controverse qu’il peut soulever. « Il y a des projets dans le passé auxquels nous avons dit non. Je pense que la liste au Québec est assez importante. Nous avons dit non au nucléaire, nous avons dit non au gaz de schiste. D’après ce que je peux voir, on risque d’avoir la même chose avec l’uranium. Donc, je pense qu’on dit non à des choses. »

C’est le ministre Arcand qui a mis sur pied ce Chantier sur l’acceptabilité sociale. Celui-ci « a comme objectif de convenir d’une méthode pour se parler, pour se comprendre, pour désamorcer les différends et mettre en oeuvre des projets qui feront la fierté et la prospérité du Québec », précise le « document de réflexion » produit par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN).

Ce chantier inclut la tenue de « tables de discussion avec des citoyens ainsi qu’avec des organismes ». Ceux qui veulent y participer doivent cependant s’inscrire à l’avance. « Les places sont restreintes afin d’assurer une plus grande richesse dans les discussions », indique en outre le MERN sur le site consacré à la démarche. C’est le ministère qui sélectionne les « intervenants ».

Les journalistes n’ont pas le droit d’y assister, même s’il y est question de projets couramment évoqués dans l’espace public, notamment dans les médias. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a d’ailleurs dénoncé lundi cette exclusion des journalistes.

Malgré l’accès refusé, Le Devoir a pu discuter avec des gens présents dans la salle de réunion où se tenait la rencontre organisée lundi. Une personne s’est dite surprise du ton des discussions, soulignant que celles-ci visent essentiellement à trouver des façons de permettre le développement des projets. L’idée de dire « non » à certains projets serait pour ainsi dire « évacuée » des discussions, selon cet intervenant.

20 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 mai 2015 02 h 59

    Des égos exacerbés au maximun

    Pour qui se prennent-ils ces libéraux, quel mépris et arrogance, ils débarquent d'ou ces gens, plus imbus que ca tu meurs, va-t-il falloir faire la révolution pour qu'ils comprennent

  • Guy Chicoine - Abonné 13 mai 2015 03 h 32

    Danger

    Ce ministre a bien raison ... Le public est dangereux ... Que sait-il , ce public québécois, de l'acceptabilité sociale au Québec , hein ?


    «Il y a une différence essentielle entre les progressistes et les conservateurs. Les premiers combattent les inégalités quand les seconds en théorisent la nécessité».
    La réforme que ce gouverneMENT promeut est-elle selon toi, conservatrice ou progressiste?

    • Guy Chicoine - Abonné 13 mai 2015 04 h 00

      Je me réponds !
      Des groupes ont demandé le huis-clos!
      Est-ce surprenant ? Il n'y a pas si longtemps, il a fallu une commission d'enquête pour mettre à jour tout un tas de huis-clos efficaces dans la construction.
      Quant au secteur des mines, pourquoi les intérêts privés auraient-ils avantage à être étalés au grand jour !
      "O transparence, quand tu nous tiens"
      ⁉️⁉️⁉️

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 13 mai 2015 05 h 46

    Ça se poursuit à «huis clos» ! ?

    La transparence des libéraux, comme promis par le premier Couillard inc. aux élections de 2014 est que les décisions seront prises à huis clos, quel que soit le ministère. N’est-ce pas de l’obscurantisme ?

    Dans la charte des droits et libertés québécois, un prochain gouvernement, autre que libéral, devra faire insérer un article qui dirait à peu près ceci:

    ««Un gouvernement soupçonné de collusion ou de corruption après commission d'enquête requise par un comité de citoyens établi par règlement, un gouvernement qui négocie à huis clos, avec qui que ce soit, afin de garder dans l'obscurité et dans la noirceur l'ensemble de la population, pour l'empêcher: de prendre connaissance, d'analyser, de critiquer et de publier ses opinions sur toutes décisions prises par ce gouvernement, devra, après référendum réalisé selon les lois en vigueur dans la province et la règle du 50% +1, dans l'année qui suivra le constat de collusion, de corruption et de négociation à huis clos être empêché de dirigé la province (impeachment) et des élections devront être commandées par le Lieutenant-gouverneur pour ainsi faire valoir une démocratie transparente sur tout le territoire du Québec et éviter la ligne du parti majoritaire contre un vote de censure à l'assemblé nationale.»»
    Ainsi la démocratie serait peut-être respectée.

  • Jean Lapointe - Abonné 13 mai 2015 07 h 04

    La démocratie ils ne connaissent pas.

    « Aujourd’hui, le message qu’on lance aux gens, c’est qu’avant qu’un projet puisse aller de l’avant, il faut savoir ce que les gens en pensent, pour ne pas les placer devant le fait accompli. Et l’objectif que nous avons, c’est de mieux définir ce qu’est l’acceptabilité sociale. »

    On voit très bien que pour le ministre Arcand, savoir ce que les gens pensent de différents projets envisagés par le gouvernement, ne doit pas servir à tenir compte, dans la mesure du possible, des opinions émises par les différents intervenants mais bien plutôt à mieux savoir ce que pensent les gens pour mieux contrer les objections qu'ils pourraient avoir dans le but de mieux savoir comment «vendre« leurs projets à la population.

    Il se comporte comme se comportent les entreprises privées. D'après lui il semble bien que la population n'a rien à dire sur les choix qui sont faits. Elle doit être plutôt «conditionnée« à les accepter sans protester. Il appelle cela «l'acceptabilité sociale». C'est plutôt du «forcing» il me semble.

    A ses yeux, et aux yeux de l'ensemble des membres du gouvernement semble-t-il, nous les hommes et les femmes du Québec nous ne sommes pas perçus par eux comme des citoyens qui en démocratie ont droit au chapitre entre les élections mais plutôt comme de simples «consommateurs» qui doivent se soumettre à leurs décisions étant donné qu'il se consìdèrent comme les seuls habilités à juger de l'opportunité de les prendre ces décisions.

    Ils considèrent comme les «boss» et un »boss» pour eux ça doit prendre des décisions qui ne peuvent être contestées mais plutôt imposées en utilisant la méthode du bâton ou celle de la carotte suivant les circonstances.

    La démocratie ils ne connaissent pas.

    On comprend mieux alors pourquoi Arcand tient à ce que tout cela se fasse à huis-clos et on comprend mieux pourquoi il aimerait bien que les journalistes soient tenus à l'écart. Il ne faut pas qu'on voit dans leur petit jeu.

    C'est inacceptable.

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 13 mai 2015 07 h 07

    Un de plus qui est convaincu que la politique ça se résume simplement dans 'l'art du possible'

    La théorie de M.Arcand est à l'effet qu'il est sain que la population ignore des activités auxquelles s'adonne le gouvernement.
    Qui est donc ce monsieur qui se permet de décider ce que je dois savoir ou non sur les activités gouvernementales ?
    Comment un individu qui trouve trop compliqué d'oeuvrer dans le cadre des règles démocratiques peut-il se retrouver avec autant d'influence dans une société dite démocratique ?
    Quand on est pris avec un système judiciaire qui se donne pour mission de 'tripoter' la vérité le plus subtilement possible, rien de surprenant d'en arriver un jour avec un tel constat de déchéance sociale.

    • François Dugal - Inscrit 13 mai 2015 21 h 27

      Le premier ministre nomme les juges : CQFD.