Nouveaux lobbyistes pour l’exploitation pétrolière sur Anticosti

Aucun gisement pétrolier n’a jusqu’ici été découvert sur Anticosti, malgré des décennies de recherche financée notamment par l’État québécois.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Aucun gisement pétrolier n’a jusqu’ici été découvert sur Anticosti, malgré des décennies de recherche financée notamment par l’État québécois.

Partenaire de l’État québécois dans l’exploration pétrolière sur Anticosti, Saint-Aubin E & P vient d’inscrire deux lobbyistes dont le mandat est « d’influencer les orientations » du gouvernement Couillard en faveur de l’exploitation d’hydrocarbures sur l’île, a constaté Le Devoir.

Saint-Aubin E & P, filiale de la société française Maurel & Prom, détient 21,67 % de la société en commandite Hydrocarbures Anticosti S.E.C. L’entreprise est le partenaire financier du gouvernement du Québec, puisqu’elle doit injecter 43,3 millions de dollars prévus dans les nouveaux travaux d’exploration menés sur Anticosti. Québec débourse pour sa part 57,7 millions.

Selon les informations du registre québécois des lobbyistes, l’entreprise a inscrit le 8 mai deux lobbyistes, dont un lobbyiste conseil rémunéré. Le mandat de ceux-ci s’inscrit dans le cadre de l’élaboration de la future loi qui doit encadrer l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures au Québec. Celle-ci pourrait être déposée à l’automne 2015.

Leur mandat spécifie que les lobbyistes travailleront « dans le but d’influencer les orientations » des autorités gouvernementales afin que l’exploitation pétrolière soit « permise » sur Anticosti. Aussi, en cas d’exploitation, on souhaite que celle-ci soit menée par Hydrocarbures Anticosti S.E.C.. Cela signifie qu’en cas d’exploitation, le gouvernement du Québec serait en théorie partie prenante de l’entreprise responsable de l’extraction du pétrole du sous-sol anticostien.

Outre Saint-Aubin E & P, Pétrolia a également déjà inscrit des lobbyistes ayant un mandat lié à Anticosti. « Démarches en vue de l’élaboration par les autorités publiques d’un plan d’action relatif au potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti afin d’accélérer la mise en valeur et l’exploitation de ce potentiel », précise le mandat inscrit au registre québécois.

Travaux en cours

Aucun gisement pétrolier n’a jusqu’ici été découvert sur Anticosti, malgré des décennies de recherche financées notamment par l’État québécois.

De nouveaux travaux, financés majoritairement par Québec ont toutefois été lancés en 2014. L’an dernier, seuls 6 des 18 forages prévus ont pu être complétés. Les autres doivent l’être cette année. Par la suite, en fonction des résultats des travaux, trois forages avec fracturation seront réalisés en 2016. Après cette étape, d’autres travaux d’exploration pourraient suivre avant une éventuelle décision sur une exploitation commerciale.

Le gouvernement Couillard vient en outre d’accorder un contrat en vue de la réalisation d’une étude qui devra « estimer et décrire » les infrastructures qui seraient nécessaires pour exploiter le pétrole de l’île d’Anticosti. Le document devrait notamment évoquer la construction d’un réseau de pipelines, mais aussi les marchés d’exportation pour l’hypothétique ressource.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) a accordé le contrat à la firme WSP Canada, anciennement Genivar. Fait à noter, la réalisation de cette étude coûtera plus cher que prévu à l’État québécois. Le contrat a en effet été conclu pour un montant de 210 820 $. L’appel d’offres indiquait à l’origine un montant estimé à 125 000 $. Cette étude est réalisée dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique que mène le gouvernement Couillard pour l’île d’Anticosti.

Selon une étude préliminaire menée par une firme américaine, le sous-sol de l’île pourrait renfermer quelque 40 milliards de barils de pétrole de schiste. Mais si un tel potentiel commercial était établi, il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire de 1 % à 2 % de tout le pétrole, selon une étude de Marc Durand. Un tel scénario intensif d’exploitation est similaire à ce qu’on voit actuellement au Dakota du Nord.