Après le pétrole, le gaz de l’Ouest

Après le pétrole, le gaz naturel. Des investisseurs américains souhaitent construire au Saguenay une usine de liquéfaction de gaz provenant de l’Ouest canadien, dans le but de l’exporter par navires méthaniers. Leur entité locale, GNL Québec, vient d’ailleurs d’inscrire des mandats de lobbying afin d’obtenir les permis nécessaires, mais aussi le « soutien financier » du gouvernement. Ce projet de 7,5 milliards de dollars entraînerait une hausse du transport d’hydrocarbures dans le seul parc marin de la province.

Le projet, nommé « Énergie Saguenay », prévoit l’implantation d’infrastructures de liquéfaction, d’entreposage et de transbordement de gaz naturel dans la zone portuaire de Grande-Anse, située à La Baie, au Saguenay. Ce port en eaux profondes est situé à une quinzaine de kilomètres à l’est de Chicoutimi.

C’est là que serait construite l’usine qui servirait à liquéfier les 11 millions de tonnes de gaz naturel exportées chaque année à bord de méthaniers de type Q-Flex. Ces imposants navires peuvent transporter 217 000 m3 de gaz. Ils atteignent une longueur de 297 mètres et une largeur de 45 mètres.

Selon les documents de présentation d’Énergie Saguenay, jusqu’à 160 de ces navires remonteraient chaque année la rivière Saguenay, « soit trois ou quatre par semaine ». Chemin faisant, ils traverseraient le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, une aire marine protégée mise en place pour protéger l’habitat du béluga du Saint-Laurent. En calculant les allers et les retours, on parle de six à huit passages par semaine.

Pour approvisionner le complexe industriel, les promoteurs misent sur la construction d’un gazoduc d’un mètre de diamètre et d’une longueur de 650 kilomètres. Celui-ci se connecterait à un gazoduc opéré par TransCanada PipeLines. Il transporterait du gaz provenant des zones exploitées en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique. Dans ces régions, l’exploitation de gaz naturel dit « non conventionnel », dont le gaz de schiste, est en pleine croissance.

Si tout se déroule selon la volonté des investisseurs américains qui sont derrière GNL Québec, les exportations de gaz de l’Ouest par voie maritime débuteraient dès 2020. On vise notamment les marchés européen et indien. Une demande de permis d’exportation a déjà été déposée auprès de l’Office national de l’énergie (ONE). « L’Office examine actuellement la demande de GNL Québec inc., et la période de commentaires prévue dans ce cas se termine le 19 mai 2015. Aussi, l’examen n’est assujetti à aucun délai et nous devrons prendre le temps voulu pour rendre une décision éclairée », a précisé l’ONE par courriel.

Le Devoir a également constaté que GNL Québec a inscrit quatre lobbyistes en lien avec le projet Énergie Saguenay, et ce, en date du 4 mai. Leur mandat comprend des démarches « en vue d’obtenir l’ensemble des permis requis en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement (certificat d’autorisation, etc.) et les autres lois encadrant les activités de construction et d’exploitation d’un terminal de liquéfaction de gaz naturel pour l’exportation ».

La fiche précise aussi leur souhait d’obtenir de la « puissance hydroélectrique », ainsi que du « soutien financier gouvernemental disponible (prêt ou autre) en vertu des programmes existants et qui sont gérés, soit directement par les ministères ou encore indirectement par des organismes » comme Investissement Québec.

Projet ambitieux

Avant de parvenir à une mise en service de ce nouveau circuit d’exportation d’énergie fossile, des études évaluées à « 250 millions de dollars » devront être réalisées, a expliqué vendredi Marie-Claude Lavigne, directrice des affaires publiques chez GNL Québec. « Nous sommes dans les premières phases du développement », a-t-elle insisté.

Selon Mme Lavigne, le projet est certes « ambitieux », mais il demeure « modeste » lorsqu’on le compare à d’autres projets du genre développés ailleurs dans le monde. « Je crois que c’est un projet porteur pour le Québec », a-t-elle ajouté. Selon les prévisions de l’entreprise, la construction de l’usine devrait générer 4000 emplois directs et indirects. On s’attend à maintenir 800 emplois directs et indirects en phase d’exploitation.

Est-ce que GNL Québec redoute que son projet soulève la controverse, comme cela a été le cas avec le projet de port pétrolier de Cacouna ? « Ce n’est pas du pétrole. C’est un hydrocarbure, mais ça n’a rien à voir. Par exemple, il n’y a jamais eu de fuites de méthaniers », a répondu Marie-Claude Lavigne. Il n’y aurait pas de risque de fuites qui affecteraient la rivière Saguenay, estime en outre celle qui a déjà été directrice de cabinet adjointe du ministre libéral Jean-Marc Fournier.

Le projet devrait éventuellement être soumis à une évaluation fédérale, mais aussi à une étude menée sous l’égide du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Mais pour le moment, GNL Québec n’a pas déposé d’avis de projet auprès des autorités fédérales et provinciales, a fait savoir sa directrice des affaires publiques. Des « consultations » ont toutefois déjà été menées, et le siège social de l’entreprise a été implanté au Saguenay.

Les visées des investisseurs suscitent d’ailleurs certaines inquiétudes. Le groupe citoyen Boréalisation s’est déjà prononcé « contre » Énergie Saguenay. « Il doit y avoir un véritable débat, puisqu’il existe des risques réels pour l’environnement, mais aussi pour la santé publique », a souligné son porte-parole, Philippe Dumont.

Pour le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, « le projet est trop peu connu, surtout compte tenu de son ampleur ». Selon lui, le Québec devra mener « un examen rigoureux » de ce nouveau projet mis de l’avant pour répondre aux besoins de mise en marché des producteurs d’hydrocarbures canadiens. « Après le pétrole des sables bitumineux, on veut maintenant lancer le Québec dans le transport de gaz naturel. Mais est-ce que nous devons devenir l’autoroute des énergies fossiles de l’Amérique du Nord ? »

Un projet de 7,5 milliards au Saguenay pour liquéfier et exporter du gaz naturel.

Encore chez les bélugas

Le projet Énergie Saguenay viendrait alourdir la circulation maritime industrielle en plein coeur du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, habitat essentiel du béluga. Ce nouveau projet s’ajoute d’ailleurs à la croissance des navires de croisières et au projet de transport de minerai de la future mine Arianne Phosphate. Pour le scientifique Robert Michaud, qui étudie le béluga depuis plus de 30 ans, « il serait donc souhaitable de modéliser les impacts attendus de cette augmentation de la circulation maritime sur les animaux ». Selon lui, il faut voir ces nouveaux éléments potentiellement nuisibles dans une optique d’accumulation des menaces qui pèsent sur l’espèce, désormais en voie de disparition. Le hic, c’est que le gouvernement fédéral tarde à désigner officiellement l’habitat essentiel du béluga. S’il le faisait, il aurait par exemple l’obligation légale d’évaluer les impacts pour les mammifères du passage constant de méthaniers dans la zone relativement étroite que représente la rivière Saguenay.
25 commentaires
  • J-Paul Thivierge - Abonné 9 mai 2015 00 h 11

    Déjà le GNL de Grand Anse est requis au Saguenay

    Le gaz naturel provenant de la conduite de Gazmétro qui approvisionne l'Alcan , servira à fournir le méthane requis pour le GNL utilisé pour les génératrices de la mine de diamant Stornoway et Gazmétro veut aussi distribuer de gaz naturel à Alcoa et à Alouettes de Baie Comeau ...
    La capacité de la conduite n'est pas illimitée et juste fournir les besoins de la Côte Nord et de la Gaspésie Bas St Laurent utiliserait tout ce potentiel et les risques environnementaux sont beaucoup moindre car le GNL est un gaz qui s'évapore dans l'air ou brûle proprement sans risque de contaminer les rives et l'eau du fleuve et du Saguenay.

    • Monique Duchesne - Abonnée 9 mai 2015 10 h 48

      M. Thivierge, il faut croire que lorsqu'on est analyste consultant en énergie, ça doit développer de belles oeillères....

    • Jean Richard - Abonné 9 mai 2015 11 h 16

      « le GNL est un gaz qui s'évapore dans l'air ou brûle proprement »

      Je présume que vous vouliez plutôt écrire « un liquide qui s'évapore » car un gaz ne peut pas s'évaporer, et GNL signifie gaz naturel liquéfié.

      Ainsi, oui, le gaz naturel liquéfié va s'évaporer rapidement à l'air libre, et comme il est plus léger que l'air, il va s'élever dans l'atmosphère et s'y dissiper. Les risques environnementaux liés à l'exploitation ou au transport du gaz naturel existent, mais ils sont beaucoup moindres que ceux reliés au pétrole – ou même à l'électricité.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 9 mai 2015 14 h 04

      Lors de sa présentation de propositions à la CEEQ en septembre 2013.
      m. Thivierge disait ceci:"...considérant les surplus d'énergie électrique
      prévus pour les prochains 15 ans, j'estime q'il serait sage de recommander qu'Hydro-Québec refuse , d'ici 2025, l'achat d'électricité
      à plus de 3 cent du KWh (différentes sources citées)et les remplace par le produit de biométhanisation ou de méthane extrait de source naturelle ou de forage et exploitation de gaz de (shale) schiste.

      Si nous avons des prévisions de surplus chez Hydro...
      pourquoi pousser plus loin

      Si le gaz de schiste et son extraction posent problème...
      pourquoi en faire un objectif

      Si les Américains veulent faire de LaBaie leur base pour liquéfier, entreposer et transborder le gaz naturel...en passant par la rivière Saguenay, un joyau ce "fjord" et son embouchure à Tadoussac...le "terrain" de reproduction et de jeu de nos bélugas..c'est NON.

      Pourquoi donc?...est-ce que Trans-canada (Énergie Est ou Énergie Saguenay) peu importe le nom a finalement jeté son dévolu sur la région du Saguenay (avec l'aide d'investisseurs américains) ?

      Si la Colombie-Britannique ne veut pas d'un oléoduc ou gazoduc sur son territoire pourquoi nous, nous en voudrions un?

      C'est nous prendre pour des imbéciles...Vivement un BAPE mais un vrai,
      pas fait en catimini...Le Québec aux Québécois.

  • Yves Côté - Abonné 9 mai 2015 03 h 24

    Et le béluga...

    Et le béluga, maître chez lui devant Dieu et les Hommes, de dire ouvertement à tous ces développeurs de profits, bien avant d'être développeurs de quoi que ce soit d'autres pour leurs soeurs et frères humains: non, c'est non !

  • Denise Lauzon - Inscrite 9 mai 2015 04 h 09

    La planète attaquée de toutes parts


    Les compagnies pétrolières et gazières reviennent toujours à la charge avec de nouveaux projets d'exploitation d'énergies fossiles. La planète entière les intéresse. Avec tant d'insistance et de pouvoir de conviction auprès des autorités politiques, elles finissent toujours par s'implanter quelque part. Leur principal laisser-passer repose sur leurs puissants lobbyistes.

    Pour faire échec à ce rouleau compresseur que représente les compagnies gazières et pétrolières, les environnementalistes et les développeurs d'énergies vertes vont devoir s'armer eux aussi de puissants lobbyistes.

    Pour ce qui est du projet de l'oléoduc Énergie-Est, comment se fait-il que des maires ont pu accepter des montants d'argent de cette compagnie pour qu'elle puisse passer sur leur territoire? Il me semble que ce genre de permis devrait relever du provincial et non du municipal. Il faut dire qu'Énergie-Est a trouvé le maillon faible qui cède facilement car les maires sont toujours à la recherche d'argent pour leurs différents projets.

    • Jean Richard - Abonné 9 mai 2015 11 h 36

      « les environnementalistes et les développeurs d'énergies vertes vont devoir s'armer eux aussi de puissants lobbyistes. »

      Ils en ont déjà. Ne soyons pas naïfs. Il n'y a pas le vice d'un côté et la vertu de l'autre. Les pseudo-environnementalistes trouvent très facilement porteur de leur message, en jouant sur une note éthico-religieuse (les prophètes et les sauveurs de la planète ont remplacé ceux de nos âmes des sermons du siècle dernier).

      Il suffit d'analyser certains programmes gouvernementaux... En cette période d'austérité, on voit encore des programmes de subventions à la consommation (des voitures avec batteries au lithium, fausse solution aux problèmes multiples reliés à l'usage excessif de l'automobile individuelle, des réfrigérateurs pour remplacer ceux qui fonctionnent encore, des DEL pour remplacer les fluocompactes qui elles, avaient remplacé les ampoules conventionnelles à filament, lesquelles DEL flanchent bien avant les 50 000 heures promises (sans doute y aura-t-il un nouveau programme de subvention pour faire acheter une nouvelle génération de DEL).

      Quant aux développeurs d'énergie verte, on sait tous que l'énergie éolienne par exemple fut une bonne façon de faire participer l'entreprise privée aux profits d'Hydro-Québec. On rêve depuis un certain temps de privatiser les sociétés d'état, mais dans le cas d'Hydro-Québec, les partis politiques savent que ce serait suicidaire. On rêve aussi de privatiser les sociétés de transport et en réduisant leurs ressources année après année, on veut en arriver au point où on dira tout en se faisant croire, que seul le privé a la capacité d'investir pour relancer ce mode de transport. On le fait déjà avec les ponts et certaines infrastructures.

      Alors, les lobbies verts, ils sont là et ne sont pas moins convaincants que les lobbies bruns. Vert et vertu sont deux mots bien distincts.

    • André Bastien - Abonné 9 mai 2015 23 h 04

      M. Richard: les lobbies qu'ils soient verts ou bruns c'est pareil n'est-ce pas?

      Sauf que le budget des bruns du pétrole est de l'ordre des milliards $ alors que pour les verts, il est de l'ordre de 100 000$ provenant de bénévoles.

      Et qui peut se permettre de généreuses enveloppes brunes?

      C'est pareil en effet!?

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 mai 2015 04 h 20

    Colombie

    Ma question est celle-ci : «Pourquoi transporter du gaz dans des tuyaux à travers tout le territoire du Canada à partir de la Colombie-Britanique jusqu'ici ? Y a pas assez d'eau dans le Pacific pour porter les gros bateaux ?»

    PL

    • Yves Corbeil - Inscrit 10 mai 2015 10 h 04

      Bien sûr qu'il y a assez d'eau, c'est qu'il y a pas assez de poids à ce bout ici pour faire pencher les tuyaux de leur côté. De plus, on n'a pas trop, trop d'idées pour faire progressé nos économies. Ces satanés énergies fossile semblent être la nouvelle fontaine de jouvence de l'Amérique industrielle essouflé.

  • Denise Lauzon - Inscrite 9 mai 2015 05 h 12

    Une race de pilleurs


    On dirait que les humains se sont donné l'autorisation de piller au maximum les ressources naturelles de la planète. Sans aucune retenue, ils dynamitent pour extraire les mines. Ils s'adonnent à la surpêche avec des filets mesurant des kilomètres de long. Ils rasent des forêts entières. Ils exploitent de milles et une façons les Hydro-carbures. Ils tuent la nature en la couvrant d'asphalte, de ciment et tous autres matériaux pour la construction de projets résidentiels et commerciaux, ce qui signifie une constant étalement urbain. Ils cultivent les terres avec des semences génétiquement modifiées et arrosent le tout de milliards de tonnes d'insecticides et de pesticides et tout ça se retrouve dans l'eau des lacs, des rivières, des fleuves et des mers. Pour se nourrir, ils s'adonnent à production massive d'animaux qui finissent dans des abattoirs victimes de diverses formes de "torture". Ils se reproduisent comme des lapins, sauf qu'ils consomment beaucoup plus qu'eux.


    Et le comble du malheur, ils produisent des armes de guerre car ces petits êtres humains ont la provocation facile et ont besoin d'outils pour faire comprendre à leurs adversaires qu'ils ne plaisantent pas quand vient le temps de s'approprier ou défendre des territoires ou pour imposer de force leur religion.

    Si des extra-terrestres nous regardent, ils doivent être totalement découragés et désenchantés de la race humaine.

    • Francis Renaud - Abonné 10 mai 2015 10 h 16

      Excellent !! Au moins maintenant je sais que je ne suis pas le seul à penser ainsi. L'homme n'est ni bon ni mécahant, il est simplement stupide !!