Les forages reprennent sur Anticosti

Les forages menés en 2014 et cette année sont répartis sur un vaste territoire de l’île.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les forages menés en 2014 et cette année sont répartis sur un vaste territoire de l’île.

Les travaux de forages viennent de reprendre sur l’île d’Anticosti, a annoncé lundi matin Hydrocarbures Anticosti. L’objectif est de terminer la première phase de forages, qui n’a pas été complétée l’an dernier en raison de retards dans les travaux. Des forages avec fracturation devraient suivre en 2016.

Selon la carte disponible sur le site gouvernemental consacré aux travaux d’exploration sur l’île, seulement 6 des 18 forages prévus en 2014 ont pu être complétés. Un total de quatre autres sont en « arrêt temporaire » et 8 sont « à venir ».

Par voie de communiqué diffusé lundi par Pétrolia, l’opérateur des travaux, tous les forages de la première phase devraient être terminés cette année. « Les résultats de ces sondages permettront notamment de procéder à une reconnaissance et à une caractérisation géologique de la Formation de Macasty et de déterminer les meilleures localisations des trois forages horizontaux avec fracturation prévus dans la deuxième phase », précise le communiqué.

Vaste territoire

Les forages menés en 2014 et cette année sont répartis sur un vaste territoire de l’île. L’analyse des résultats doit donc permettre de déterminer où seront menées les opérations de fracturation hydraulique en 2016. Cette technique de forage n’a jamais été tentée au Québec dans le cadre de travaux d’exploration pétrolière.

Selon un communiqué émis le mois dernier, les travaux d’exploration pourraient s’avérer prometteurs. L’analyse des informations obtenues grâce aux forages réalisés en 2014 aurait en effet donné de bons résultats, selon Hydrocarbures Anticosti.

 

Coûts plus élevés

Le retard accumulé dans les travaux, par rapport au calendrier initial, est significatif. De tels délais risquent d’ailleurs d’alourdir la facture, selon l’analyse de l’ingénieur en géologie Marc Durand, qui a beaucoup étudié le cas d’Anticosti. Selon lui, il faut pratiquement tenir pour acquis qu’il y aura des « coûts additionnels » pour ce programme d’exploration. Qu’il s’agisse des équipes nécessaires pour réaliser les travaux, de la logistique sur un terrain aussi éloigné ou des bris d’équipements, la facture peut grimper rapidement, souligne-t-il.

Du côté de Pétrolia, on affirme que la facture ne sera pas plus élevée. Le communiqué émis lundi précise aussi que les foreuses nécessaires pour les travaux avaient été laissées sur l’île durant l’hiver, ce qui a permis de reprendre plus rapidement les travaux.

La facture payée par Québec

C’est le gouvernement du Québec qui paie la plus grande part de la facture pour ces travaux d’exploration. Selon un scénario financier qui n’a pas été modifié malgré les retards, l’enveloppe budgétaire totale se chiffre à 100 millions $. De ce montant, 56,7 millions proviennent de Ressources Québec, une filiale d’Investissement Québec. Une autre tranche de 43,3 millions est financée par Saint-Aubin, filiale de la société française Maurel et Prom.

L’injection initiale de fonds publics fait en sorte que le gouvernement du Québec détient 35 % de la coentreprise Hydrocarbures Anticosti. Quant à Pétrolia et Corridor Resources, qui détenaient des permis d’exploration cédés par Hydro-Québec en 2008, elles contrôlent chacune 21,7 % de la coentreprise.

Étude environnementale

En parallèle des travaux de forages, le gouvernement mène une évaluation environnementale stratégique sur l’île d’Anticosti. Le rapport final doit être déposé à l’automne et doit servir à l’élaboration de la loi sur les hydrocarbures. Le rapport de l’étude environnementale ne tiendra toutefois pas compte des travaux de fracturation, qui seront menés seulement l’an prochain. Aucune autre évaluation environnementale des impacts de l’industrie pétrolière sur Anticosti n’est prévue pour le moment.

Aucun gisement pétrolier n’a jusqu’ici été découvert sur Anticosti, malgré des décennies de recherche. Des évaluations très préliminaires indiquent que le sous-sol de l’île pourrait renfermer jusqu’à 40 milliards de barils de pétrole. Il s’agirait de pétrole de schiste. Selon une étude menée par Marc Durand, il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire 1 % à 2 % de tout le pétrole. Il faudra pour cela construire toutes les infrastructures nécessaires pour l’implantation de l’industrie pétrolière. Celles-ci sont inexistantes actuellement sur l’île d’Anticosti.

Appel d’offres

Au cours des dernières semaines, le gouvernement du Québec a d’ailleurs lancé un appel d’offres dans le but de connaître les infrastructures qui seraient nécessaires pour exploiter le pétrole de l’île d’Anticosti. Québec y évoque clairement l’idée de construire un réseau de pipelines sur la plus grande île de la province, mais aussi d’exporter « outre-mer » ce pétrole.

Selon un autre document précisant des éléments de l’appel d’offres, Québec s’engage à fournir à l’entreprise les courbes bathymétriques autour d’Anticosti. Ces informations sont essentielles pour connaître la profondeur des eaux du Saint-Laurent ceinturant l’île, et donc, pour déterminer où pourrait être construit un éventuel port pétrolier. Ce secteur est reconnu historiquement comme un haut lieu de naufrages et la navigation y est particulièrement complexe.