Lac Saint-François - Un cas de pollution intense oppose riverains et agriculteurs

L'intense pollution diffuse qui frappe depuis deux semaines les rives du lac Saint-François à la hauteur de la rivière La Guerre oppose une fois de plus riverains et agriculteurs, qui se renvoient la balle pendant que les solutions se font attendre du côté municipal et du côté provincial.

La rivière La Guerre est le premier cours d'eau en amont de la rive sud du Saint-Laurent. Cette rivière est d'autant plus exceptionnelle que ses eaux sont littéralement hissées dans le lac Saint-François par de puissantes pompes, car le lac, haussé pour les besoins de la navigation par les autorités fédérales, se retrouve aujourd'hui deux mètres plus haut que son ancien effluent! Ottawa a toujours laissé les riverains et les agriculteurs aux prises avec une intense pollution diffuse qu'accroît le pompage en raison du phénomène de succion et de l'irrespect généralisé des normes provinciales sur la protection des bandes riveraines filtrantes. L'émissaire des pompes ressemble à s'y méprendre à celui d'une grande entreprise ou d'une grosse municipalité qui ne traiterait pas ses rejets, au grand désespoir des riverains qui écopent de cette pollution devant leurs résidences.

Cet été, les pluies abondantes des dernières semaines ont engendré une érosion d'une rare intensité. La municipalité vient d'interdire la baignade en raison de l'intense pollution fécale relevée en amont des pompes. Mais plus bas, en aval dans le lac Saint-François, en principe le moins pollué du Saint-Laurent, on a relevé une intensification de la pollution fécale, ce qui fait dire aux agriculteurs que les villégiateurs empirent sensiblement le phénomène dont ils leur attribuent la responsabilité.

Avant hier, Pêches et Océans Canada a prélevé de l'eau de la rivière polluante afin d'en tester le danger pour la faune aquatique. On y a introduit de petites truites: le taux de mortalité sur trois jours déterminera le niveau de danger pour la faune.

La municipalité a bien préparé un projet d'égout collectif, qui mettrait fin aux installations peu sanitaires qu'on retrouve partout dans la municipalité, expliquait hier au Devoir le président du syndicat de base des agriculteurs de Saint-Anicet, Roger Caza. Mais ce serait trop cher pour les citoyens et les riverains, dit-il.

M. Caza reconnaît que l'agriculture contribue à la pollution qui frappe les villégiateurs mais, dit-il, «ça n'est pas voulu» et c'est plutôt le fait d'une température anormale à tous égards, y compris pour l'agriculture elle-même.

«Les villégiateurs veulent du beau temps, de belles plages et de la bonne eau tout le temps, dit-il. Mais ici, on est dans la nature et on doit composer avec elle. Eux comme nous. On se retrouve tous dans une situation très difficile mais pas voulue. Nos terres sont gorgées d'eau et le maïs ne pousse pas: il faut bien évacuer l'eau par la rivière. Et ce n'est pas notre faute si l'eau est si haute qu'elle a noyé les terres et engendré une forte érosion. Ça nous pénalise autant que les villégiateurs.»

Le président local de l'UPA admet cependant que plusieurs agriculteurs ont procédé au cours des derniers jours à des épandages même si le sol était gorgé d'eau, ce qui intensifiera les rejets au cours d'eau à la première pluie.

«Mais on n'a pas le choix: ce n'est pas en août mais maintenant que les plantes ont besoin d'engrais», commente-t-il.

Du côté des riverains, on aimerait que l'environnement détourne la rivière vers le lac Saint-Louis, ce qui transférerait le problème à d'autres...