Encore du chemin à parcourir

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
La Ville de Montréal s’est donné pour objectif d’améliorer les infrastructures vertes en faisant passer la canopée de 20 à 25 %, d’ici à 2025, par rapport à 2007.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir La Ville de Montréal s’est donné pour objectif d’améliorer les infrastructures vertes en faisant passer la canopée de 20 à 25 %, d’ici à 2025, par rapport à 2007.

Ce texte fait partie du cahier spécial Développement durable

Le Gala de reconnaissance en environnement et développement durable de Montréal couronne neuf projets menés par des partenaires du Plan de développement durable de la collectivité montréalaise. Mais qu’en est-il de ce deuxième plan quinquennal qui arrive en fin de cycle ? Réal Ménard, responsable du développement durable, de l’environnement, des grands parcs et des espaces verts au comité exécutif de la Ville de Montréal depuis 2012, nous dévoile quelques résultats.

Mais d’abord, avant d’évoquer quelques-uns des neuf objectifs chiffrés du Plan, « je dois dire que ce dont nous sommes le plus fier [NDLR : au sein du comité], c’est d’avoir réussi à mettre autour d’une table une quarantaine de partenaires — des influenceurs issus des milieux associatif, coopératif, privé et syndical — qui se rencontrent régulièrement pour travailler sur la stratégie, notamment sur celle du prochain Plan. » Autour de ce noyau décisionnel gravitent plus de 230 partenaires issus de tous les horizons qui se reconnaissent une responsabilité dans l’atteinte des objectifs du Plan. Un Plan pour lequel il reste encore beaucoup de travail à faire.

Dans le vert

Objectif : récupérer 80 % des matières recyclables et organiques, des résidus domestiques dangereux, des résidus de construction, rénovation, démolition et des encombrants, d’ici à 2019. Chiffre atteint ? 60 %.

Sortir son bac ou son sac de plastique tel jour, dans tel intervalle horaire, se révèle être une pratique aujourd’hui intégrée par les Montréalais à environ 60 %. La prochaine étape va porter sur la gestion des matières résiduelles (à savoir le compostage, la biométhanisation et les bacs bruns), qui se situe, quant à elle, autour de 13 %. Pour 2015, le gouvernement du Québec avait demandé à la Ville de Montréal de parvenir à un taux de récupération des matières organiques (résidus de table, résidus verts) de 75 %. Cet objectif, jugé irréaliste, a été reporté à 2020. Toutefois, la Ville de Montréal est parvenue à identifier les cinq grandes infrastructures (deux sites de compostage, deux sites de biométhanisation et un site de traitement) qui lui permettront d’atteindre cet ambitieux chiffre. À condition que ces sites soient déployés et opérationnels à temps, ce qui est prévu en 2019-2020.

Objectif : réduire de 15 % la production d’eau potable d’ici à 2015, par rapport à l’an 2000. Chiffre atteint ? 13 %.

Selon Réal Ménard, le rapport à l’eau des Montréalais a beaucoup changé. Et la Ville est apparemment la première à se plier à ces pratiques beaucoup plus économes. L’adage selon lequel « chaque jour, les fuites d’eau peuvent remplir la Place Ville-Marie ! » refléterait-il une époque bel et bien révolue ? En tout cas, les millions de dollars investis pour la réfection des infrastructures (plus de 66,6 km d’aqueducs ont été renouvelés), la chasse au gaspillage et les campagnes de sensibilisation pour économiser l’eau (comme les patrouilles bleues dans les arrondissements) semblent avoir apporté leurs fruits.

Objectif : améliorer les infrastructures vertes à Montréal en faisant passer la canopée de 20 à 25 % d’ici à 2025, par rapport à 2007, avec, entre autres, un objectif de protection de 6 % du territoire terrestre. Chiffre atteint ? 5,76 %.

Cette proportion de 6 % devrait même être dépassée après la reconnaissance en cours, par l’Assemblée nationale, de deux paysages humanisés (une protection accrue de certains milieux agricoles et boisés), dont celui de l’Île-Bizard en région montréalaise (l’autre se trouve en Gaspésie).

Enfin, pour finir sur un succès bien feuillu et oxygéné, le projet de la Ville de Montréal consistant à planter 300 000 arbres d’ici à 2025 (le fameux Plan d’action canopée) devrait aboutir grâce au bouclage du financement. De 20 000 à 25 000 arbres devraient être plantés dans le cadre du partenariat de la Ville de Montréal avec la Société de verdissement du Montréal métropolitain (Soverdi), qui a créé, pour ce faire, l’Alliance forêt urbaine. Les objectifs sont clairs, les différents partenaires sont mobilisés et le règlement sur l’agrile du frêne est prêt à être rendu public. L’idée de planter des arbres fonctionne plutôt bien.

Toujours dans le rouge

Objectif : réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre de la collectivité montréalaise d’ici à 2020, par rapport à 1990. Chiffre atteint ? -6 % pour la collectivité montréalaise.

Sans surprise, et Le Devoir le rappelait encore dans son édition spéciale « Planète verte » du 18 avril, les émissions de gaz à effet de serre restent le gros point rouge. Selon M. Réal Ménard, s’il s’agissait uniquement du périmètre de la ville de Montréal, les objectifs auraient été sans doute atteints. Mais pas au niveau de la collectivité montréalaise. Depuis 2004, 63 000 véhicules se sont ajoutés au parc automobile existant. Et même si de nombreux efforts ont été déployés pour améliorer et développer le transport collectif, il reste d’importantes disparités selon les zones (par exemple, Pierrefonds et l’extrême est de Montréal).

Objectif : réduire de 25 % le solde migratoire entre Montréal et la banlieue, d’ici à 2012, en s’adressant principalement aux Montréalais de 25 à 44 ans qui quittent la ville chaque année. Chiffre atteint ? 15 %

Bien que les chiffres définitifs pour 2014 ne soient pas encore connus, et malgré le léger surplus (quelques milliers de personnes) issu de l’immigration internationale, l’objectif de réduction du solde migratoire en lien avec le Plan d’action famille n’a pas atteint ses 25 %. Les derniers résultats indiquent que le solde migratoire vers la banlieue a diminué de 15 %, passant ainsi de -24 188 habitants en 2006-2007 à -20 675 en 2010-2011.

Montréal, sur la voie… durable ?

Pour Réal Ménard, le développement durable est désormais bien ancré dans la culture organisationnelle de la Ville. D’autant plus que la prochaine stratégie (le troisième Plan) lui donnera encore plus de crédibilité. Les actions isolées étant choses du passé, toute décision provenant de n’importe quel secteur administratif passe désormais à travers le prisme du développement durable. Il faut s’attendre à ce que les prochains grands chantiers tournent autour de la thématique du transport. Déjà, la Ville planche sur des politiques de stationnement et sur la mise en place de véhicules en libre-service. Quant à la plantation d’arbres sur le territoire public ou privé, elle suit son cours, même si la bataille contre l’agrile du frêne est loin d’être gagnée, du moins est-elle circonscrite. Malgré la stratégie d’immunisation des arbres et d’augmentation des injections, la situation reste en effet préoccupante, avec encore de gros foyers d’infestation dans certains arrondissements. Pour autant, la Ville se met à rêver de balades urbaines, dont celle prévue dans le cadre de son 375e anniversaire, en 2017, la Promenade fleuve-montagne, comme ce qui se fait à Paris (la Coulée verte) ou à New York (la High Line Park).

 

L’électrification des transports dans le prochain Plan ?

La prochaine stratégie, qui couvrira la période 2016-2021, sera présentée au début de 2016 (en principe, en janvier). Il ne faut pas s’attendre à une révolution majeure en ce qui concerne les grandes orientations du Plan, mais plutôt à une continuité dans le programme d’intentions et d’actions, avec, ici et là, quelques simplifications apportées notamment à certains objectifs. Les éléments forts relatifs aux questions de transport, d’adaptation aux changements climatiques et de foresterie urbaine demeureront. Toutefois, l’électrification des transports en commun (et la façon de se comporter devant cette nouvelle donne) devrait faire son entrée.

Plan de développement durable de la collectivité montréalaise

Principaux objectifs (9 objectifs, 37 actions) :

- la réduction des émissions de gaz à effet de serre ;

- une meilleure gestion de l’eau potable ;

- la récupération des matières recyclables et organiques ;

- le respect et l’augmentation de la biodiversité.

Le Plan est consultable en ligne (version complète ou synthèse) dans le portail officiel de la Ville de Montréal (ville.montreal.qc.ca).


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1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 25 avril 2015 21 h 38

    Quels efforts?

    «Et même si de nombreux efforts ont été déployés pour améliorer et développer le transport collectif»

    En augmentant les tarifs à un rythme deux fois plus élevé que l'inflation? En réduisant la fréquence des autobus sur bien des lignes? En acceptant que Québec investisse trois à quatre fois dans le réseau routier que dans le transport en commun, le plus gros des investissements en transports en commun consistant au remplacement des voitures de métro plutôt qu'au développement de services?