Il y a cinq ans, la marée noire de Deepwater Horizon

Photo d’un satellite de la NASA montrant la marée noire dans le golfe du Mexique le 24 mai 2010.
Photo: NASA Associated Press Photo d’un satellite de la NASA montrant la marée noire dans le golfe du Mexique le 24 mai 2010.

Ce lundi marque le cinquième anniversaire de l’explosion de la plateforme de BP Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique. L’accident provoqua la pire marée noire de l’histoire, avec plus de cinq millions de barils de pétrole brut déversés en cinq mois. Encore aujourd’hui, les impacts sur la vie marine et les communautés côtières sont bien réels. Et pour les écologistes, il s’agit d’une sérieuse mise en garde quant aux risques d’ouvrir le golfe du Saint-Laurent aux pétrolières.

C’est une fuite de gaz survenue dans la soirée du 20 avril 2010 qui provoqua l’explosion fatale, qui tua 11 des 115 travailleurs qui s’activaient au-dessus du puits d’exploration Macondo, situé à 1500 mètres sous la surface. Deux jours plus tard, la plateforme louée par BP coule au fond du golfe, où elle se trouve toujours.

Pendant ce temps, le flot de pétrole qui s’échappe du puits prend des proportions majeures. On parle alors de plusieurs milliers de barils de pétrole par jour. À peine dix jours après l’explosion, les premières plaques de pétrole atteignent les côtes de Louisiane, l’État le plus durement touché par la marée noire. Le Mississippi, l’Alabama, la Floride et le Texas écoperont également.

En l’absence d’un puits de secours qui aurait pu stopper la fuite, il faudra attendre le 19 septembre avant que le gouvernement américain déclare que le puits est officiellement scellé. Néanmoins, deux ans plus tard, des travaux scientifiques ont détecté des fuites supplémentaires, provenant probablement de la plateforme elle-même.

Impacts majeurs

Même si BP a tenté de brûler des portions de la gigantesque nappe de pétrole, en plus d’utiliser de controversés dissolvants (faits à base de sous-produits pétroliers), le brut a contaminé de vastes portions du golfe. Selon une recherche parue en octobre dernier dans les Comptes rendus de l’académie américaine des Sciences, quelque deux millions de barils recouvrent aujourd’hui les fonds marins, sur une superficie de plus de 3200 km2.

Pour la vie marine, l’ampleur des impacts demeure à ce jour difficile à évaluer. Outre l’effet immédiat provoqué pour les animaux souillés, plusieurs recherches ont fait état des effets durables de la toxicité du pétrole. Ceux-ci auraient par exemple eu des impacts significatifs sur les tortues marines, mais aussi sur les succès de reproduction des poissons, qui ont subi des malformations.

Une recherche menée par des biologistes de l’Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA) a aussi démontré l’impact désastreux de la marée noire sur les grands dauphins. Leur taux de mortalité a été multiplié par quatre. Selon les auteurs d’une autre analyse scientifique publiée dans le magazine Environmental Science and Technology, les constats observés depuis le déversement indiquent clairement qu’« il est beaucoup trop tôt » pour prédire les effets à long terme de cette catastrophe environnementale.

De tels constats n’ont pas empêché BP d’affirmer que le déversement sera pour ainsi dire sans conséquences. La multinationale a publié le mois dernier un rapport qui conclut que les données qu’elle a recueillies « n’indiquent pas d’impacts à long terme sur les espèces du golfe ». Selon la pétrolière, les effets seraient limités parce que le puits était situé en profondeur, parce que le pétrole qui a fui pendant cinq mois était « léger » et parce que le golfe du Mexique aurait une « résilience naturelle ».

Des conclusions aussitôt rejetées par la NOAA, chargée d’évaluer les études scientifiques menées pour mesurer les effets du déversement. Selon l’Agence, le rapport est « inapproprié » et « prématuré ». « BP a mal interprété les données disponibles tout en choisissant d’ignorer des publications qui n’allaient pas dans le sens de ses affirmations », a soutenu la NOAA dans une déclaration officielle.

Risques au Québec

Pour les communautés côtières, la tragédie humaine et économique provoquée par Deepwater Horizon n’est également pas terminée. C’est le cas des pêcheurs de la Louisiane. Dans plusieurs communautés, l’industrie s’est carrément effondrée, et l’activité économique qu’elle soutenait n’est jamais revenue. En tout, les pertes financières pour les communautés du sud des États-Unis dépasseraient les 10 milliards de dollars. Chez BP, la gestion de crise s’est aussi avérée particulièrement coûteuse. Elle a ainsi déboursé plus de 43 milliards de dollars en amendes, dédommagements et opérations de nettoyage.

Pour le porte-parole de la Coalition Saint-Laurent, Sylvain Archambault, il est urgent de tirer des leçons de cet événement, alors que le gouvernement du Québec et celui de Terre-Neuve s’apprêtent à ouvrir le golfe du Saint-Laurent aux pétrolières. « Le golfe est environ six fois plus petit que le golfe du Mexique et tous les deux sont des mers semi-fermées. Les courants y sont complexes dans les deux cas et une nappe de pétrole peut y demeurer prisonnière plus longtemps que si elle était en plein océan. » Et la récupération de pétrole déversé lorsque les eaux sont recouvertes de glace serait pour ainsi dire « impossible ».

Quant à la capacité d’intervention en cas de marée noire, elle est déficiente, selon les conclusions d’un rapport sur le golfe produit par la firme Genivar à la demande du gouvernement Charest. Ce document souligne aussi qu’il demeure « plusieurs lacunes » dans l’état actuel des connaissances sur le golfe. Les carences concernent les technologies d’exploration et d’exploitation, les composantes des milieux physique, biologique et humain, ainsi que les « effets environnementaux potentiels des activités d’exploration et d’exploitation, ainsi que des déversements accidentels ». On connaît en outre relativement peu de chose des « courants et de l’évolution de ceux-ci en fonction des changements climatiques ».

M. Archambault fait en outre valoir que l’industrie de la pêche et du tourisme se trouverait menacée directement par tout incident. Une étude universitaire publiée l’an dernier concluait notamment qu’un déversement qui surviendrait dans le secteur de Old Harry (convoité par la pétrolière junior Corridor Resources) menacerait tout l’est du golfe, mais aussi les îles de la Madeleine.

Diego Creimer, responsable de la campagne Arctique de Greenpeace, rappelle pour sa part que 26 ans après le naufrage de l’Exxon Valdez, « on trouve toujours du pétrole dans le sud de l’Alaska ».

43 milliards
Somme déboursée par BP en amendes, dédommagements et opérations de nettoyage
1 commentaire
  • Claude Smith - Abonné 20 avril 2015 08 h 52

    Impossible

    Malgré les affirmations des compagnies pétrolières, il est à toute fin pratique impossible d'éliminer les ravages que peuvent causer des catastrophes comme celle du Golfe du Mexique. Imaginons-nous pour un instant ce qui se produirait dans le golfe du Saint-Laurent particulièrement pendant la saison hivernale. C'est complètement insensé ce projet Hold Harry.

    Claude Smith