À l’heure du sommet de Paris

La Chine devra s’impliquer dans la lutte contre les changements climatiques. Pékin est un exemple frappant de la situation de l’environnement.
Photo: Agence France-Presse La Chine devra s’impliquer dans la lutte contre les changements climatiques. Pékin est un exemple frappant de la situation de l’environnement.

Il reste à peine huit mois d’ici le sommet de Paris, qui doit en théorie aboutir à la signature de l’accord de lutte contre les changements climatiques le plus ambitieux de l’histoire. Mais même si l’humanité n’a pas droit à l’échec, il n’est absolument pas acquis que la réponse de la communauté internationale sera suffisante pour dénouer cette crise environnementale sans précédent.

Il est presque devenu cliché de dire qu’il reste peu de temps pour mettre en place les mesures qui permettront de freiner les bouleversements du climat imputables à l’activité humaine. Reste que le constat scientifique est clair : selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), l’humanité n’a qu’une quinzaine d’années devant elle pour opérer le virage nécessaire afin d’éviter le pire.

Pour Catherine Potvin, professeure à l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’atténuation des changements climatiques, il est d’ailleurs important de rappeler cet avertissement, à quelques mois du sommet qui se tiendra en décembre. « Ce qui rend la rencontre de Paris aussi importante, c’est que les discussions piétinent depuis près de 10 ans. Et on ne peut plus se permettre de perdre du temps. Il ne faut pas seulement se donner des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais également les moyens d’y parvenir. »

Il faut donc absolument éviter de répéter l’échec cuisant du sommet de Copenhague, en 2009. Alors que celui-ci devait permettre d’établir un accord devant succéder à celui de Kyoto, il s’est plutôt conclu sur une entente non contraignante basée essentiellement sur des engagements volontaires nettement insuffisants. Bref, un « lamentable fiasco », selon l’expression reprise par les groupes écologistes.

À Copenhague, la communauté internationale s’était au moins engagée à débloquer 60 milliards de dollars d’ici 2015 et 100 milliards par an d’ici 2020 pour permettre aux pays en développement et aux démunis de lutter contre les changements climatiques et de s’adapter à leurs effets. À ce jour, les promesses des États riches — historiquement responsables du dérèglement du thermomètre mondial — n’ont pas encore été respectées.

Un monde divisé

Dans l’ensemble, les positions de tout un chacun sont demeurées très figées au lendemain du sommet de 2009, essentiellement dans une division entre pays développés et pays dits en développement. Une tension qui s’est par la suite exprimée à plusieurs reprises, dont au sommet de Varsovie, en 2013, et à celui de Lima, l’an dernier.

Des pays comme la Chine et l’Inde ont ainsi engagé un bras de fer musclé avec l’Union européenne et les États-Unis. Les deux grands pays émergents ont martelé qu’ils voulaient continuer à être considérés comme des « pays en développement » et, à ce titre, ne pas devoir faire autant d’efforts que les pays industrialisés. Ils ont d’ailleurs fait valoir à plusieurs reprises que les pays riches ont une « responsabilité historique » par rapport aux bouleversements climatiques.

Jusqu’à présent, la responsabilité était divisée en deux dans ces grandes négociations climatiques : pays industrialisés d’un côté, en développement de l’autre. Cette frontière était consacrée dans le protocole de Kyoto signé en 1997 et n’engageait que les premiers à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais cette position, catégoriquement rejetée par les États-Unis — qui ne voulaient pas de traitement de faveur pour leur principal concurrent économique qu’est la Chine —, a suscité de vives critiques.

Le Canada

Le Canada de Stephen Harper a lui aussi dénoncé cette façon de faire, en plus de jeter à la poubelle le protocole de Kyoto. En 2013, Ottawa est même allé jusqu’à qualifierde « ressource renouvelable » le pétrole des sables bitumineux. Tout cela fait dire à Catherine Potvin que la position des conservateurs ne devrait pas être plus proactive à Paris cette année. « Je ne pense pas que le gouvernement fédéral va bouger. Il a déjà démontré que c’est un dossier qui ne l’intéresse pas. L’espoir, ce sont les élections fédérales, où les Canadiens pourraient vouloir se donner un gouvernement pour qui l’enjeu climatique est important. »

Le gouvernement Harper a souvent répété qu’il s’engagerait sur la scène internationale en faveur du climat lorsque les États-Unis feraient de même. Or rien n’a été dit depuis que Washington a annoncé en novembre son intention de réduire de 26 % à 28 % ses émissions d’ici à 2025, par rapport à 2005. Cet engagement, salué par plusieurs, a même été pris dans un contexte d’entente avec la Chine en vue de la conclusion d’un accord climatique international.

Le biologiste Claude Villeneuve, auteur du livre Est-il trop tard ? Le point sur les changements climatiques, estime toutefois que cet apparent bon geste du gouvernement américain pourrait aisément être écarté. « Les politiciens prennent des engagements, mais tout peut changer à la prochaine élection si les républicains reprennent la Maison-Blanche. On reviendrait très certainement à la case départ. » Il est vrai que le camp républicain, qui compte plusieurs climatosceptiques dans ses rangs, n’a jamais fait grand cas de la question climatique.

Quelles contributions ?

Au-delà des aléas partisans des décideurs politiques, on devrait tout de même avoir une idée de la teneur des engagements globaux des 195 pays qui négocient le futur accord d’ici novembre. Les États se sont entendus pour dévoiler, d’ici le 1er octobre, leurs « contributions nationales » de réductions de GES. Une synthèse de celles-ci sera prête pour le 1er novembre, soit près d’un mois avant le sommet de Paris.

Les États qui étaient en mesure de le faire étaient toutefois invités à dévoiler leurs intentions avant le 1er avril. Quelque 35 pays y sont parvenus, dont les États-Unis et le bloc européen. Le Canada est le seul membre de l’ALENA à ne pas avoir ouvert son jeu, puisque le Mexique a fait connaître sa cible. Selon le gouvernement Harper, les contributions canadiennes seront connues avant le sommet du G8 prévu en juin. Mais quel que soit le moment du dévoilement, il est déjà acquis que les émissions de GES du pays continueront de croître au cours des prochaines années, en raison de l’augmentation des volumes de pétrole extrait des sables bitumineux. Et le premier ministre n’entend pas réglementer les émissions de ce secteur.

Observateur chevronné des négociations climatiques, Claude Villeneuve fonde peu d’espoirs sur les contributions qui seront connues au cours des prochains mois. Selon lui, elles devraient s’avérer « très décevantes ». « Mes attentes envers le sommet de Paris sont très modérées. En fait, il n’y a aucun espoir à attendre, étant donné la façon dont on s’engage par rapport à la question environnementale à l’échelle internationale à l’heure actuelle. On l’a bien vu avec les négociations climatiques. Elles sont menées par des tricheurs desquels on attend qu’ils respectent les règles. »

Selon M. Villeneuve, l’urgence d’agir n’a pourtant jamais été aussi évidente. « Il n’existe aucun doute quant à notre influence sur le climat. Nous sommes en train de jouer avec les poignées de notre tombe », laisse-t-il tomber. Si la tendance actuelle au réchauffement se maintient, la planète devrait connaître une hausse de 3 °C à 4 °C au cours du présent siècle. En plus de la pléthore d’impacts environnementaux, la sécurité alimentaire de millions d’êtres humains sera alors menacée, les ressources d’eau potable risquent d’être réduites, des populations entières seront forcées de migrer et les conflits pour l’accès aux ressources se multiplieront.

Son de cloche positif

Catherine Potvin se montre plus optimiste que M. Villeneuve en ce qui a trait à la volonté d’agir des pays qui négocient actuellement. Oui, seulement 35 États ont dévoilé jusqu’à présent leurs contributions nationales. « Mais il faut mettre cela en perspective. En fait, les contributions connues représentent déjà 80 % des émissions des pays développés. C’est beaucoup. Et c’est un son de cloche très positif. »

La scientifique souligne en outre que l’engagement des deux plus gros émetteurs de GES de la planète, les États-Unis et la Chine, est un signal encourageant. Même la Russie a dit vouloir s’engager dans la lutte contre les bouleversements climatiques, alors que le pays est, selon elle, « habituellement récalcitrant ».

Mme Potvin, qui a fait son doctorat sur les changements climatiques dans les années 80, se range par ailleurs derrière la cible de réduction proposée par le GIEC, soit une baisse globale de 40 à 70 % d’ici 2050. « C’est un objectif basé sur la science, mais le défi est très important. Pour y parvenir, il faut que l’ensemble des pays développés fasse des pas dans la bonne direction. »

Elle prévient par ailleurs que s’il revêt une grande importance, le sommet de Paris ne constitue pas une fin en soi. Certes, les pays devraient en ressortir avec des cibles de réduction contraignantes vers lesquelles tendre dès 2020. En ce sens, l’accord international pourrait permettre d’établir des « règles » communes à chaque pays. Mais la lutte contre les dérèglements du climat terrestre doit aussi se mettre en place à plus petite échelle. « Il faut faire nos devoirs dans toutes nos juridictions, soit dans les villes, les provinces et au sein du gouvernement fédéral. »

Pétrole et climat

Pour éviter les pires impacts des changements climatiques, le GIEC estime qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de 40 à 70 % d’ici 2050 (par rapport à 2010) et les faire complètement disparaître en 2100. Un tel objectif est totalement incompatible avec l’exploitation soutenue des ressources fossiles de la planète, rappelait en janvier la prestigieuse revue Nature.

Globalement, un tiers des réserves pétrolières mondiales, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % du charbon devront rester sous terre. Pour le Canada, qui possède les troisièmes réserves pétrolières mondiales, cela impliquerait de laisser plus de 85 % de ses ressources pétrolières connues dans le sol. Mais à l’heure actuelle, même le Québec veut se lancer dans l’exploitation pétrolière, si la présence de gisements est démontrée.
4 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 18 avril 2015 07 h 17

    Marcher sur Fort McMurray


    Plus de 25,000 marcheurs d'Action Climat ont envahi les rues de Québec le 11 avril dernier pour mettre en garde le gouvernement libéral du Québec à propos des politiques environnementales et énergétiques mises de l'avant par ce pays. Du jamais vu!

    Les Canadiens respectent l'ordre et l'autorité jusqu'au moment où ils comprennent qu'ils sont peut-être dirigés par des "kamikazes".

    Sauf tout le respect dû au gouvernement conservateur fédéral qui n'arrive pourtant pas à comprendre les dangers associés aux gaz à effet de serre, faudra-t-il prendre les grands moyens et occuper les sables bitumineux d'Alberta pour ensuite fermer l'entreprise?

    Les Canadiens savent mesurer leur qualité de vie à la santé de leurs lacs, rivières et glaciers. Ils ne sont pas prêts à sacrifier leurs quatre saisons contre une "aventure klondike" dont les coûts sur l'environnement sont si exhorbitants que cela donne froid dans le dos.

    • Daniel Bérubé - Abonné 18 avril 2015 20 h 33

      Bien d'accord avec vous; reste à souhaiter, que le reste du "Kanada" ne soit pas sujet à mettre le contexte économique au dessus de l'environnement dans leur échelle de valeurs... c'est un point sur lequel l'influence peut être assez forte au moment du vote. Si la chaleur que l'ouest a connu cet hiver a été vue comme positive par certains, le changement climatique peut même être vu comme "plus acceptable", ayant alors moins d'influence, au moment du vote, et surtout s'il s'accompagne de baisse de taxes ou d'impôt...

      Car n'oublions pas qu'il avait mis 3 milliards "en réserve" au dernier budget, et que la vente des part de GM leur a rapporter plus de 3 milliards... ça leur fait donc plus de 6G$ "en réserve ! mais ce ne sera pas quelque chose qui va entrer dans les années à venir... seulement 2015, l'année de l'élection... ceux ayant une vision à court terme et ne suivant pas de près l'actualité, seront bien tenté!

      Mais je pense aussi comme vous, que tout au moins un certain nombre réalisera la gravité de la chose, sans doute plus ceux étant plus prêt de la nature, et qu'un contexte de gel et dégel durant l'hiver affecte les plantes vivaces, bourgeons d'arbres fragiles et quantité d'autres especes pouvant être affecter (plantes sauvages...) ce sera sans doute ceux qui en prendront le plus consience...

      Sans doute faudrat-il que la majorité soit affecter directement, (ex:hausse du coût des aliments, qui est déjà commencé) avant que des changement radicaux puisse être envisagés.

      Merçi de m'avoir lu :-)

  • Jacques Lapointe - Abonné 18 avril 2015 19 h 23

    Sommet de Paris

    Il ne faut pas s'attendre que Stephen Harper va faire quoi que ce soit pour baisser les rejets de CO2 et autre polluants dans l'atmosphère. Au contraire, ils vont augmenter. Voir le documentaire Zone Doc de Radio Canada.Harper est un évangéliste ami des Juifs, et pour eux la fin du monde est proche et Dieu a mis le pétrole sur terre pour être consommé. Jésus va bientôt être de retour et les problèmes d'environnement , il va tout réglé cela. Son ministre de l'environnement est aussi un évangéliste qui ne croit pas à la théorie de l'évolution Ils sont contre la science ,sa presse que ces gens la soit expulsé du pouvoir avt qu'ils fassent plus de dégâts

    • Daniel Bérubé - Abonné 19 avril 2015 14 h 48

      Entièrement d'accord. C'est ce que je pense être de la droite religieuse... celle qui ne prend dans la religion que "ce qui fait son affaire"... et continue de laisser crever les pauvres !