Le Canada devrait être plus «proactif», selon Couillard

En conférence de presse lundi, le premier ministre québécois, Philippe Couillard, et la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, ont invité le gouvernement conservateur à s’activer avant la Conférence de Paris, en décembre.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne En conférence de presse lundi, le premier ministre québécois, Philippe Couillard, et la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, ont invité le gouvernement conservateur à s’activer avant la Conférence de Paris, en décembre.

Le Québec fera connaître des cibles « ambitieuses » de réduction de gaz à effet de serre (GES) post-2020, mais seulement à l’automne, soit quelques semaines avant la 21e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en décembre 2015 à Paris.

L’échéance de juin 2015 — annoncée par le premier ministre fédéral Stephen Harper en marge du Sommet des Amériques — semble « impossible » à respecter aux yeux du Québec et de l’Ontario. « On ne fera pas ça sur le coin d’une table de cuisine », a soutenu le premier ministre québécois, Philippe Couillard, lors d’une conférence de presse lundi après-midi. À sa droite, la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, a acquiescé.

La ministre fédérale de l’Environnement, Leona Aglukkaq, attend toujours des « renseignements […] assez détaillés » de la part des provinces sur les « mesures existantes et à venir » qu’elles ont dans leurs cartons afin de tirer vers le bas les émissions de GES après 2020. « J’espère que vous serez bientôt en mesure de nous transmettre ces renseignements », a-t-elle notamment écrit dans une lettre transmise au ministre québécois David Heurtel vendredi dernier.

L’élue fédérale a également signalé que le Québec trahira vraisemblablement en 2020 sa promesse d’abaisser de 20 % ses émissions de GES par rapport à celles de 1990. Selon le rapport Tendances en matière d’émissions de 2014, la province affichera des émissions de 80 mégatonnes en 2020, soit 13 mégatonnes de plus comparativement à sa cible (67 mégatonnes).

À la veille du Sommet sur les changements climatiques à Québec, les chefs de gouvernement de l’Ontario, Kathleen Wynne, et du Québec, Philippe Couillard, ont pressé Ottawa de faire le pari de la « collaboration » et de la « concertation » avec les provinces et les territoires pour établir une stratégie de réduction de GES. « Nous ne pouvons attendre. Nous devons avancer. […] Le gouvernement fédéral peut travailler sans crainte avec nous », a précisé Mme Wynne.

L’Ontario adhère à la bourse du carbone

Le Canada devrait être l’État « le plus actif » dans la lutte contre les changements climatiques en raison de son statut de producteur important de pétrole, a pour sa part fait valoir M. Couillard.

Le premier ministre du Québec n’a pas manqué de saluer lundi la décision de l’Ontario d’adhérer au système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre (SPEDE) du Québec, mis en place par le Québec et la Californie. « C’est une grande et belle journée », a-t-il lancé avoir été informé de l’entrée de l’Ontario dans la bourse du carbone. Plus de 50 % de l’économie canadienne sera dorénavant assujetti au SPEDE de la Western Climate Initiative, a-t-il fait remarquer.

De passage à la Table ronde canadienne sur l’économie verte à Québec, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a dit croiser les doigts afin que d’autres États fédérés de l’Amérique du Nord emboîtent le pas à la Californie, au Québec et maintenant à l’Ontario.

Plus tôt, la présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu, avait insisté sur la nécessité des gouvernements de vulgariser le concept de SPEDE afin de mettre la population dans le coup. « Des gouvernements quiregroupent 74 % de la population canadienne reconnaissent le prix du carbone. […] Je ne suis pas certaine que 74 % de la population comprend ça. À la fin de la journée, il y a une personne qui va payer des taxes. Il faut s’organiser pour qu’elle soit heureuse de le faire. Oui, il y a des manifestations de 25 000 personnes [dans les rues de Québec, mais…] », a-t-elle affirmé aux participants de l’événement.

À quelques mois de la Conférence de Paris, l’homme d’affaires Guy Drouin avait de son côté plaidé en faveur de l’établissement d’un « cadre légal pérenne et accepté par tous » fixant notamment un prix plancher au carbone. « Comment se fait-il qu’on soit capable de mettre un prix sur un mètre cube de gravier ou un mètre cube d’eau [mais pas] un mètre cube d’air ? » a-t-il demandé. L’« incertitude » règne à l’heure actuelle chez les investisseurs dans les projets de carbone, avait souligné le président de Biothermica. « Si en décembre 2015, il n’y a rien qui se passe, est-ce que le Québec, la Californie et l’Ontario vont continuer s’ils sont tous seuls ? […] Il faut travailler à une position interprovinciale, avec ou sans le fédéral, pour arriver avec une approche qui va peut-être faire une différence en 2015. »

La Ville de Québec sera l’hôte mardi d’un sommet sur les changements climatiques. La plupart des chefs de gouvernement des provinces et des territoires y participeront.

7 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 14 avril 2015 08 h 07

    Une fausse note

    En demandant au gouvernement canadien d'être "proactif", monsieur le premier ministre Couillard envoie à la population une image négative du gouvernement fédéral. Il ne faut jamais oublier que notre excellent gouvernement central travaille dans l'intérêt de tous les canadiens et canadiennes; cette fausse note dans le grand concert canadien se doit d'être corrigée au plus vite.

  • Bernard Terreault - Abonné 14 avril 2015 08 h 16

    Hypocrisie, angélisme, réalisme

    L'Assemblée nationale unanime lance (verbalement) la lutte aux gaz à effet de serre. Et le Québec gaspille 19 milliards en importation de pétrole. Le Québec serait donc unanime et prêt pour la grande transition! Mais en réalité, pendant ce temps l'Agglomération de Longueuil coupe le service et met à pied neuf chauffeurs de bus faute d'argent, et le gouvernement a assez d'argent (600 millions) pour prolonger la 19 et mettre plus d'autos sur la route qui se rendront encore plus loin en banlieue. Hypocrisie des politiciens mais aussi hypocrisie ou inconscience de la population. Par ailleurs les chevaliers de la droiture économique, sociale, politique et environnementale, qui ne seront jamais au pouvoir, font miroiter une libération en dix ans des hydrocarbures tout en effaçant la pauvreté et en donnant au monde des leçons d'angélisme en se privant de tout revenu sale d'un hypothétique pétrole québécois. Pourtant, il ne manque pas de mesures incitatives réalistes qui, appliquées sur le terme d'une génération au moins, nous libéreraient progressivement. Que le MTQ cesse toute construction de nouvelles autoroutes et dépense autant chaque année pour le transport public que pour l'entretien des routes; des péages sur les autoroutes et les ponts, etc.

  • Bernard Plante - Abonné 14 avril 2015 08 h 55

    Encore un peu de violon

    Qu'il est de bon ton de jouer du violon pour donner l'impression qu'on se préoccupe de la question environnementale. Une fois le concert public terminé, tout ce beau monde se retrouvera dans un souper privé pour continuer de discuter de l'avancement des projets comme si de rien n'était.

    On doit bien se bidonner lors de ces soupers en parlant de ceux qui sont assez naïfs pour croire tout ce qu'on dit et écrit dans les médias. La machine est bien rodée, pourquoi s'en priver?

    Pauvre société menée par des visages à deux faces.

  • Sylvain Auclair - Abonné 14 avril 2015 09 h 51

    Le Canada EST proactif

    Il fait tout pour faire échouer un accord.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 15 avril 2015 08 h 37

    Precher par l'exemple?

    Et la cimenterie de Port Daniel.....ou doit on la situer dans tout ce débat? Une honte qui plus est est dépensé dans un marché hyper saturé.
    Pourquoi ne pas taxer les SUV ( plaques) en fonction de leurs consommations d'essence ou de diesel?
    Oui aux péages pour ralentir l'étallement urbain. Incluant surtout tous les ponts autour de Mtl.
    Oui aux péages sur les autoroutes, ( au moins cela améliorait l'entretien).
    Oui a une taxe supplementaire sur tous les produits plastiques sacs, dosettes a café ( une plaie non recyclable).. et la liste et longue.

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 avril 2015 12 h 28

      Étalement urbain... Les ponts... Mais Longueuil et Saint-Lambert ne sont-ils pas plus près du centre-ville que Senneville ou Pointe-aux-Trembles?

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 15 avril 2015 15 h 38

      @Sylvain Auclair
      Oui, mais que ces habitants prennent les transports en commun..., leur bicyclette, des patins a roulettes, des trottinettes, aussi en profitent pour s'entrainer a la course a pieds... et mettent en pratique le covoiturage.
      Voila ce qui serait autant pour eux que pour nous, win win, comme résultat positif écologique sur tout la ligne.