Seigneur, mon golfe

Avec Ian Jaquier, Kevin Parent a rencontré des gens sceptiques devant les promesses du pétrole.
Photo: Rapide Blanc Distribution Avec Ian Jaquier, Kevin Parent a rencontré des gens sceptiques devant les promesses du pétrole.
Avec le documentaire L’or du golfe, le réalisateur Ian Jaquier tenait à se pencher sur le « mirage » pétrolier, dans un contexte où les projets d’exploration se multiplient au Québec. En compagnie de Kevin Parent, il est aussi allé à la rencontre d’opposants et de partisans de la controversée filière.
 

Kevin Parent le dit d’entrée de jeu : il n’est pas un militant écologiste qui se serait donné pour mission de « sauver le monde ». S’il a lui-même lancé l’idée d’un documentaire qui se questionne sur « la fièvre du pétrole qui a envahi le Québec », c’est parce qu’il lui semblait essentiel de répondre au discours bien huilé des pétrolières qui promettent depuis des années richesse et emplois. Des entreprises qui consacrent en même temps beaucoup d’efforts pour faire taire toute volonté d’opposition.

« Je consomme du pétrole. Je le dis et je suis lucide. Mais ce que je n’aime pas, c’est de voir à quel point on infantilise les gens en leur imposant des projets de façon condescendante. Et c’est ce que j’ai vu des pétrolières, quand elles sont débarquées chez nous », explique l’auteur-compositeur-interprète, qui assure notamment la narration de L’or du golfe.

Le réalisateur Ian Jaquier, rapidement séduit par l’idée, a consacré près de quatre ans au projet. Le résultat nous transporte au coeur du golfe du Saint-Laurent, où le très hypothétique potentiel pétrolier de la structure Old Harry fait craindre le pire à plusieurs, et en premier lieu aux Madelinots. Après tout, ils seraient les premiers à souffrir des impacts d’une marée noire.

Ces insulaires ne sont toutefois pas les seuls à redouter l’implantation de l’industrie de l’énergie fossile. Le scepticisme est aussi bien présent sur l’île d’Anticosti, de même qu’à Gaspé. Là, les forages menés par Pétrolia font craindre le pire à de nombreux citoyens de la ville. Il faut dire que les travaux d’exploration sont menés à seulement quelques kilomètres du centre-ville, mais aussi à moins de 350 mètres d’une zone résidentielle. Le forage complété récemment semble d’ailleurs prometteur, ce qui signifie que plusieurs autres pourraient suivre.

L’or du golfe donne donc la parole à ces Québécois, plus que sceptiques quant aux promesses de protection de l’environnement répétées par les entreprises du secteur. Mais pour Ian Jaquier, diplômé de HEC Montréal, il importait aussi de remettre en question l’eldorado économique promis par l’industrie. « Nous avons voulu analyser ce qu’on nous promet, par rapport à la réalité. Est-ce que, par exemple, l’État a bien fait ses calculs ? Est-ce que les revenus espérés pourraient couvrir les coûts sociaux, environnementaux et financiers ? Il est primordial de bien mener cette analyse avant de prendre une décision. Mais j’ai l’impression que nous avons agi de façon précipitée dans le dossier pétrolier. »

Car il faut bien le rappeler : aucun gisement pétrolier commercialement exploitable n’a été découvert au Québec, malgré 150 ans d’exploration et des centaines de forages. Professeur au Département de sociologie de l’UQAM, Éric Pineault souligne d’ailleurs à l’écran que les entreprises dites « juniors » ont tout intérêt à entretenir l’idée qu’elles sont sur le point de découvrir un gisement. De cette façon, elles peuvent espérer attirer des investisseurs, ou encore le soutien de l’État. C’est précisément ce qui s’est produit dans le cas d’Anticosti.

Question de valeur

Pour Jacques Fortin, professeur au Département de sciences comptables à HEC Montréal, il est en fait loin d’être acquis que le Québec y gagnera au change. On ne sait pas, par exemple, quel sera le régime de redevances sur la ressource. À titre de comparaison, dans le cas de l’industrie minière, le Québec a touché l’an dernier des redevances de 23 millions de dollars, alors que la valeur des ressources extraites dépassait les 8 milliards.

Pour Kevin Parent, l’illusion du Klondike pétrolier nous fait aussi perdre de vue la valeur des milieux naturels qui seraient menacés en cas d’exploitation. Il cite en exemple le cas du golfe du Saint-Laurent, dont la valeur écosystémique se chiffrerait en milliards de dollars chaque année. « Cet écosystème est très bénéfique pour le Québec, pas mal plus en fait qu’une éventuelle exploitation pétrolière, affirme-t-il. En plus, le golfe peut être bénéfique à long terme. On n’a donc beaucoup plus à perdre à laisser les pétrolières forer. »

Si le fondateur de Pétrolia, André Proulx, estime que le pétrole « peut être le rêve des Québécois », le slameur gaspésien Bilbo Cyr juge au contraire que le risque ne vaut pas la peine d’être couru. « Ça me surprendrait qu’on puisse enrichir l’ensemble des Québécois en sacrifiant des portions du territoire. J’aimerais ça que le Québec se reconnaisse comme un tout et n’admette pas qu’une portion du territoire soit sacrifiée au bénéfice de quelques-unes. »

Kevin Parent dit avoir beaucoup appris au cours des deux années de tournage de L’or du golfe. Mais il n’en sort pas plus rassuré, bien au contraire. « Souvent, quand on apprend à connaître quelque chose, on s’assouplit. Hélas, après l’expérience du documentaire, il n’y a rien qui m’a mis en confiance par rapport aux pétrolières ni par rapport à nos gouvernements. »

«L’or du golfe» sera présenté au cinéma Excentris dès le 17 avril.

2 commentaires
  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 11 avril 2015 10 h 45

    Un double discours, ou mémoire sélective...

    Pourquoi ne pas parler, de la construction de la cimenterie de Port Daniel, une implantation sans droit de regard imposée aux officines environnementales? Construite a grand coup de subventions déguisées... c'est la cerise sur le sunday pour un marché hyper saturé.
    Maintenant quand au Pétrole qu'on en trouve avant toutes choses, sinon c'est de s'obstiner sur le sexe des anges.

  • Marcel Dube - Abonné 12 avril 2015 10 h 39

    Là on parle du Golfe

    Et il est temps d'agir avant qu'il soit trop tard...pour ceux qui suivent