Le Plan Nord libéral, de Jean Charest à Philippe Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard a promis de relancer le projet du Plan Nord à coups de centaines de millions de dollars de fonds publics.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard a promis de relancer le projet du Plan Nord à coups de centaines de millions de dollars de fonds publics.
L’ancien premier ministre Jean Charest avait fait de son Plan Nord un véritable slogan politique articulé essentiellement autour de l’exploitation minière. Son successeur Philippe Couillard a promis de relancer le projet à coups de centaines de millions de dollars de fonds publics. L’objectif ? Stimuler une industrie qui représente, au mieux, 2 % du PIB du Québec.

 

La nouvelle mouture de ce plan doit être annoncée la semaine prochaine par un premier ministre flanqué de plusieurs membres de son cabinet. Et contrairement à plusieurs autres missions de l’État, le Plan Nord ne subira pas de compressions au nom des politiques d’austérité. Bien au contraire.

En se basant sur une étude de l’Institut Fraser, les libéraux affirment d’ailleurs, dans leur plus récent budget, que « le maintien des interventions » gouvernementales en appui aux projets au nord du 49e parallèle « s’est avéré un choix judicieux et porteur de prospérité ».

La valse des millions

Selon les données inscrites dans le budget, Québec devrait donc injecter 500 millions dans le Plan Nord d’ici 2020. En contrepartie, le gouvernement avance que les minières investiront pas moins de 22 milliards de dollars, en plus de créer 10 000 emplois.

Afin de donner un coup de pouce à l’industrie, 75 millions de fonds publics ont déjà été dépensés au cours de la dernière année dans des « initiatives porteuses », dont une étude pour un nouveau chemin de fer. Deux études précédentes ont conclu que celui-ci n’était pas nécessaire.

Le gouvernement a également complété le financement pour le prolongement de la route 167, dont la facture totale atteint 300 millions pour l’État. Cette route mène à ce qui sera la première mine de diamants du Québec. Celle-ci doit avoir une durée de vie de 11 ans et générer des revenus de 4 milliards.

Dans un contexte de ralentissement marqué du secteur minier, particulièrement du côté des mines de fer, le gouvernement Couillard a en outre donné récemment le feu vert à son premier gros projet minier, le controversé projet Mine Arnaud.

Investissement Québec prévoit d’injecter 120 millions de dollars dans ce qui sera la plus grosse mine à ciel ouvert en milieu habité. Et on recherche toujours un autre partenaire pour financer ce projet de 854 millions, dont la rentabilité a été remise en question à la suite de la publication de prévisions de prix de la Banque mondiale.

Conscient du caractère cyclique du secteur minier, le gouvernement Couillard a inscrit des prévisions sur 20 ans dans son récent budget. Celles-ci comprennent des investissements « publics et privés » de 50 milliards d’ici 2035, dont au moins 2,8 milliards de la part de l’État.

Ces projections sont un peu plus modestes que celles du « chantier d’une génération » de Jean Charest. La première mouture du Plan Nord, lancée en 2011, misait sur des investissements de 80 milliards de dollars sur 25 ans, dont pas moins de 47 milliards pour des projets d’Hydro-Québec.

Générosité libérale

Pour la Coalition Québec meilleure mine, le gouvernement est beaucoup trop généreux avec l’industrie minière. Son porte-parole, Ugo Lapointe, déplore ainsi que le récent budget prévoie de nouvelles déductions fiscales lors de la phase d’exploration. « Pendant qu’on demande aux Québécois de se serrer la ceinture, on offre des milliards en cadeau à l’industrie minière. Dans un contexte d’austérité, c’est carrément indécent. Le gouvernement du Québec doit cesser de subventionner à coups de millions l’industrie minière. »

Selon M. Lapointe, la controversée réforme des redevances minières a aussi été un échec. Les données compilées par Le Devoir indiquent que, pour l’année 2014-2015, le gouvernement a obtenu 65 millions de dollars de redevances.

Pendant ce temps, la valeur brute des ressources exploitées dépassait les 8 milliards, comme c’est le cas chaque année depuis 2011. Mais il est impossible de savoir quel est le montant des redevances payées par chacune des 26 mines en exploitation au Québec.

Le Québec doit aussi, en parallèle, assumer la totalité de la facture pour la restauration des 700 sites miniers abandonnés. Celle-ci s’élève à 1,2 milliard.

Le premier ministre Philippe Couillard a promis de relancer le projet du Plan Nord à coups de centaines de millions de dollars de fonds publics.
8 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 4 avril 2015 11 h 25

    À l'instar de la norme FSC, pourquoi n'y aurait-il pas une norme MSC (Mining Stewarsdhip Council) ?

    Le Plan Nord est en train de changer et c'est tant mieux pour toutes les populations habitant ces immenses territoires: offre plus sérieuse de meilleurs services de santé et services publics (moins de 'fly-in/fly-out'), plus grand respect des droits des autochtones et surtout bonification durable des conditions de vie. Il faut désormais prendre le temps de mieux faire les choses et c'est ce qu'on nous dire vouloir pour le Plan Nord ressuscité. Tant mieux. Jusqu'à tout récemment, les autochtones n'avaient pas leur mot à dire dans le développement de l'immense territoire nordique sur lequel ils revendiquent des droits ancestraux: on faisait comme s'ils n'existaient pas ! Aujourd'hui, la Cour suprême du Canada leur reconnaît d'importants droits ancestraux et, surtout, des normes internationales comme le FSC exigent maintenant leur accord avant de certifier une exploitation forestière donnée comme étant FSC. Pourquoi n'y aurait-ils pas une norne MSC (Mining Stewardship Council) ? Dans un tel cas, la mine Arnaud à Sept-Îles serait-elle MSC ?

    • Chantale Desjardins - Abonnée 6 avril 2015 17 h 26

      Le plan sud vit l'austérité pendant que Couillard perd le nord...

  • François Dugal - Inscrit 4 avril 2015 16 h 18

    Les vases communicants

    Les économies faites dans le secteur de l'éducation serviront à investir dans "le Plan Nord".
    Ben coudonc ...

  • Georges Tremblay - Abonné 4 avril 2015 19 h 25

    Quand nous réveillerons-nous?

    Ce n'est pas le premier article publié dans le devoir qui attire notre attention sur l'incroyable statut privilégié accordé aux minières.
    Je cite Alexandre Shields:
    "Le Québec doit aussi, en parallèle, assumer la totalité de la facture pour la restauration des 700 sites miniers abandonnés. Celle-ci s’élève à 1,2 milliard."
    (C'est pas fini, ça? On est encore pris avec cette absurdité?)

    "...pour l’année 2014-2015, le gouvernement a obtenu 65 millions de dollars de redevances."
    (Payant de faire affaire avec des minières!)

    Comment, un gouvernement peut-il encore croire des minières canadiennes quand on connait leur culture de prédateurs qui laissent des désastres derrière elles, partout dans le monde, incluant le Québec.
    Je cite encore..."la valeur brute des ressources exploitées dépassait les 8 milliards, comme c’est le cas chaque année depuis 2011. Mais il est impossible de savoir quel est le montant des redevances payées par chacune des 26 mines en exploitation au Québec."
    (Et le gouvernement va sans doute nous dire qu'il encadre bien ses contrats avec les minières alors qu'il ne peut nous donner qu'un chiffre total de 65 millions sans pouvoir en préciser la provenance)

    Faut-il ajouter que le minerai n'est même pas transformé au Québec,
    ce qui nous place encore dans une situation digne de Duplessis.
    On nous laisse d'énormes frais de réparation de sites; d'énormes frais de construction de routes; des emplois bien sûr et 65 millions en échange de milliards gagnés par les minières qui vident littéralement notre sous-sol.

    Petite question dans un cours de politique "pour les nuls"
    - Comment peut-on identifier de la corruption?
    - Quand on peut observer des privilèges exorbitants, pharaoniques accordés par un gouvernement. Qui peut douter que des "retours d'ascenseurs surviendront" de la part des minières? Pas surprenant que les ministres libéraux n'aient plus besoin de récolter $100,000 par année.

    Non, vraiment, faudrait arrêter çà!

  • Georges Tremblay - Abonné 5 avril 2015 17 h 29

    Faudrait s'intéresser davantage aux minières

    Le Québec a reçu 65 millions des minières au cours de la dernière année.
    En échange, le Québec doit encore payer plus d’un milliard pour réparer les sites abandonnés par les minières. (Je croyais ce problème réglé depuis longtemps !)
    En échange, le Québec investira environ 300 millions pour construire une route conduisant à certaines mines du nord. (Ah oui, je présume que l’entretien de cette route reviendra aussi au Québec.)
    Et puis, tout ce minerai estimé à 8 milliards par année ne sera pas transformé au Québec; nous privant ainsi de fortunes. (Nous n’avons pas fait beaucoup de chemin depuis Duplessis.)
    Les emplois sans doute importants justifient ils toutes ces dépenses?
    Imaginons - comme si ça pouvait être réel - que tout cet argent dépensé par le Québec, soit donné directement aux mineurs? Combien gagneraient ils? Et puis, au lieu de faire vider notre sous-sol, nous pourrions le conserver pour nos futures générations.

    Quand des privilèges accordés s’avèrent exorbitants, pharaoniques, il y a lieu de se demander si nous ne sommes pas en présence de corruption? Serait-ce nouveau chez-nous?
    Serait-ce nouveau ailleurs quand on connait les méfaits des minières canadiennes de par le monde?

    Vraiment, il est urgent que les québécois s’intéressent davantage aux minières et aux relations que nos gouvernements entretiennent avec elles.

  • Sylvain Bolduc - Inscrit 6 avril 2015 03 h 55

    Comment endetter le Qc encore plus, voilà une nouvelle approche libérale...

    Et on reçoit des leçons d'économie après ça par l'excellent trio économique de Couillard. Si c'est vraiment pour encetter le Québec de façon honteuse et bien, oui, ils sont très bons.

    Si mes calculs sont bons, on reçoit même pas 1% de redevances, 0.8% en fait. Avec ce GROS PROFIT, il faudra l'investir à 100% pendant 54 ANS pour rembourser les dommages fait par les minières par le passé, sans tenir compte des fermetures et restaurations futurs !!!

    On subventionne donc des projets étrangers et ce pour des générations à venir au-delà du 100%. Non mais c'est qui les CAVES???

    Corrigez-moi si je suis dans le champs mais à la lunmière des chiffres contenus dans cet article, ce sont les conclusions que j'en tire...