Un volet contre les changements climatiques... mais un préjugé favorable envers les énergies fossiles

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Pour la première fois dans l’histoire du Québec, le gouvernement a ajouté le volet « lutte contre les changements climatiques » au nom du ministère de l’Environnement. Les libéraux n’en ont pas moins démontré un préjugé très favorable envers les énergies fossiles, responsables de cette crise environnementale mondiale sans précédent.

 

Le premier ministre Philippe Couillard, mais aussi son ministre de l’Environnement, David Heurtel, ont insisté cette semaine sur l’importance pour le gouvernement fédéral d’agir concrètement en faveur de la lutte contre les bouleversements du climat provoqués par notre dépendance aux énergies fossiles.

Le chef libéral est allé jusqu’à signer une lettre dans laquelle il souligne que la lutte contre les changements climatiques est un « devoir » puisque « l’avenir de notre planète en dépend ».

Contrairement à Ottawa, Québec s’est d’ailleurs donné des cibles ambitieuses de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour 2020, le Québec doit théoriquement atteindre une réduction de 20 % de ses émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990. En 2012, le recul atteignait 6,8 %. Une bonne partie de cette réduction est toutefois imputable au recul du secteur industriel.

Le ministre Heurtel a néanmoins répété à plusieurs reprises que le Québec atteindra sa cible. Il a aussi souligné cette semaine que le gouvernement travaillait déjà à l’établissement de ses objectifs de réduction pour l’après-2020. Une bonne partie des gains espérés doit provenir du marché du carbone.

Pour le moment, difficile de voir si le Québec parviendra à atteindre son objectif pour la fin de la décennie, estime le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault. Il souligne ainsi qu’une mise à jour du chemin parcouru est attendue cette année, mais aussi un bilan du Plan d’action sur les changements climatiques.

M. Guilbeault juge toutefois que le gouvernement Couillard fait preuve d’« incohérence » en démontrant un préjugé favorable envers le projet Énergie Est.

Ce pipeline, qui transporterait 400 millions de barils de pétrole albertain chaque année, ferait du Québec le principal allié territorial de l’exploitation des sables bitumineux.

Si le gouvernement promet une évaluation environnementale du projet, il a déjà signifié son intention de ne pas tenir compte des GES générés par l’exploitation du pétrole qui coulera dans le tuyau.

Qui plus est, les libéraux, comme les péquistes avant eux, se sont montrés clairement favorables à l’exploitation d’éventuelles ressources pétrolières qui seraient extraites du sous-sol du Québec. L’État a ainsi injecté plus de 70 millions de dollars de fonds publics dans de nouveaux projets d’exploration sur l’île d’Anticosti, en plus de laisser les pétrolières Junex et Pétrolia réaliser des forages en Gaspésie.

Si des potentiels pétroliers étaient confirmés, tout indique que la province s’engagera davantage sur la voie des énergies fossiles.

Un équilibre climatique mondial

Or, selon Steven Guilbeault, le gouvernement ne peut faire abstraction de ses obligations pour la recherche d’un certain équilibre climatique mondial. « On peut adopter une attitude de déresponsabilisation en se disant qu’on ne représente qu’une petite portion des émissions de GES de la planète. Mais on peut aussi faire preuve de solidarité internationale, surtout alors que de plus en plus de signaux indiquent qu’il faut s’éloigner des investissements dans les énergies fossiles. »

Par ailleurs, le gouvernement Couillard n’a toujours pas tranché dans le dossier des gaz de schiste, malgré la réalisation de trois évaluations environnementales de cette filière, dont deux par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. La carte des permis d’exploration permet d’ailleurs de constater que la vaste majorité des permis en vigueur en 2010 le sont toujours.

Dans le plus récent budget, le gouvernement libéral affirme aussi son intention d’évaluer le potentiel d’exploitation gazière en Gaspésie. Le seul projet actuellement en développement est celui de l’entreprise Pétrolia, près de Murdochville. L’entreprise a déjà obtenu du financement de Québec pour ses projets de recherche d’énergie fossile.

20 %
Pour 2020, c’est le pourcentage de réduction de ses émissions de GES que le Québec doit théoriquement atteindre, par rapport à leur niveau de 1990. En 2012, le recul atteignait 6,8 %. Une bonne partie de cette diminution est toutefois imputable au recul du secteur industriel.
1 commentaire
  • Tim Yeatman - Abonné 4 avril 2015 09 h 32

    On peut-tu être plus bipolaire que cela?

    Parlant des deux côtés de la bouche, le gouvernement peut-il être plus bipolaire que cela?