Ottawa ne divulguera pas cette semaine ses cibles de réduction de GES

Selon Environnement Canada, les émissions de GES devraient continuer de croître, essentiellement en raison de l’exploitation pétrolière.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Selon Environnement Canada, les émissions de GES devraient continuer de croître, essentiellement en raison de l’exploitation pétrolière.

Le gouvernement Harper n’entend pas divulguer cette semaine ses cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, malgré l’engagement pris en décembre par plusieurs des pays qui négocient l’accord de lutte contre les changements climatiques qui sera signé à Paris cette année. C’est ce qu’a confirmé au Devoir le bureau de la ministre fédérale de l’Environnement, Leona Aglukkaq.

« Le Canada élabore avec soin la contribution nationale qu’il entend apporter et, au titre de l’accord conclu à Lima, s’est engagé à la soumettre bien avant la 21e Conférence des Parties [de Paris, en décembre]. Compte tenu de l’importance de cette contribution, le Canada s’assure d’avoir le portrait le plus juste qui soit des plans provinciaux et territoriaux avant de la soumettre », a expliqué son porte-parole, Jonathan Lefebvre, dans une réponse transmise par courriel.

Selon ce qu’il a précisé, Ottawa souhaite consulter les provinces avant de préciser sa position. « Comme il s’agit d’une contribution nationale et que les provinces et les territoires ont un rôle majeur à y jouer, nous recueillons leurs commentaires pour comprendre comment ils comptent atteindre leur propre cible et comprendre dans quelle mesure leur plan sera pris en compte dans l’engagement global du Canada. »

M. Lefebvre a en outre soutenu que la date butoir du 31 mars, fixée en décembre lors du sommet international de Lima, n’est pas une « échéance ». Selon ce qui est ressorti de cette rencontre réunissant 195 États, les pays qui étaient en mesure de le faire devaient annoncer leurs « contributions nationales » d’ici ce mardi.

Plusieurs pays développés ont d’ailleurs respecté cet échéancier. L’Union européenne a ainsi annoncé ses couleurs le 6 mars dernier. Elle vise une cible de réduction de 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, par rapport à 1990.

Manque de leadership

Même au sein de l’ALENA, le Canada semble isolé. Le Mexique a dévoilé lundi son plan d’action. Quant aux États-Unis, il semble que le deuxième émetteur mondial publiera ses cibles ce mardi. Mais Washington a déjà dévoilé son jeu en novembre, au moment d’annoncer son intention de travailler avec la Chine en vue de la conclusion d’un accord climatique. Les États-Unis se sont ainsi engagés à réduire de 26 % à 28 % leurs émissions d’ici à 2025 par rapport à 2005.

Pour le moment, tout indique que le Canada ratera la cible de 611 millions de tonnes (Mt) annuelles de GES qu’il s’était fixée pour 2020. Cette cible représentait déjà une hausse de 3,5 % par rapport à 1990, alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat estime que les États devraient viser une réduction d’au moins 25 % d’ici 2020. Selon Environnement Canada, les émissions doivent en outre continuer de croître, essentiellement en raison de l’exploitationpétrolière, pour atteindre 727 Mt en 2020.

Spécialiste des négociations climatiques, Hugo Séguin ne s’étonne pas du retard du gouvernement Harper. « Le Canada ne fait pas grand cas de sa responsabilité dans le dossier des changements climatiques. Il est donc cohérent avec lui-même. Il ne démontre pas un grand leadership en ne respectant pas cette première échéance des Nations unies. »

Selon lui, le Canada était pourtant en mesure de faire connaître ses intentions avant la fin de mars. M. Séguin estime d’ailleurs que les citoyens canadiens réclament clairement un « plus grand engagement » d’Ottawa en faveur de la lutte contre les changements climatiques.

Les prochains mois seront d’ailleurs déterminants pour les négociations internationales, souligne ce chargé de cours à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

« Peu de gens s’attendent à ce que la première ronde de contributions soit à la hauteur des enjeux. Il y aura moins d’engagements de réduction que ce qui est nécessaire et il y aura moins d’argent que ce qu’il faut pour s’adapter aux changements climatiques. » Les mois qui nous séparent du sommet de Paris, en décembre, doivent justement servir à négocier les moyens d’atteindre « l’effort nécessaire ». Dans ce contexte, tout retard pénalise la négociation.



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