La santé publique dresse un bilan dévastateur

La mine à ciel ouvert a des projets d’expansion.
Photo: Lawrence Côté-Collins La mine à ciel ouvert a des projets d’expansion.

Méfiance, désarroi, croissance des inégalités et pessimisme quant à l’avenir. Au moment où le gouvernement Couillard autorise le controversé projet Mine Arnaud, une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) obtenue par Le Devoir conclut que l’imposante mine à ciel ouvert Canadian Malartic, en Abitibi, a eu des impacts majeurs pour la population. Le promoteur souhaite maintenant agrandir la mine.

Le rapport publié jeudi, intitulé « Effets individuels et sociaux des changements liés à la reprise des activités minières à Malartic », met ainsi en lumière les nombreux effets négatifs attribuables à l’implantation de ce projet en plein coeur de la municipalité. La construction de la plus grande mine d’or à ciel ouvert au Canada a d’ailleurs nécessité la destruction d’une partie de Malartic.

L’étude, financée par le ministère de la Santé et des Services sociaux, souligne que les impacts ont commencé à se faire ressentir dès l’annonce du projet, en 2006. Ainsi, « la majorité » des citoyens ont vécu de l’« insécurité venant d’un manque d’information », mais aussi un « sentiment d’impuissance ».

Les chercheurs de l’INSPQ ont aussi constaté le désarroi, la tristesse, la frustration, la colère et le stress liés au déménagement du quartier sud. C’est ce secteur qui a été rasé pour permettre de creuser l’immense fosse de la mine. Plus de 200 bâtiments ont été démolis ou déménagés, certains avant même que le gouvernement du Québec ne signe le décret autorisant la minière Osisko à démarrer son projet.

Néanmoins, dans cette région historiquement liée à l’industrie minière, « un petit nombre de personnes a ressenti de la joie et de l’espoir pour l’avenir économique de la municipalité ». L’impact économique positif, une fois la mine en exploitation, a toutefois été perçu par plusieurs comme étant moins important que ce qui avait été promis. Bref, « les attentes de plusieurs personnes ont été déçues ».

Hausse des inégalités

Les impacts psychosociaux négatifs ont quant à eux été au rendez-vous, selon ce qui ressort de cette étude qui dresse un portrait de la situation de 2006 à 2013. « L’implantation de la mine a entraîné des impacts sociaux, dont l’accroissement des inégalités entre les citoyens, les conflits et la polarisation de la communauté. »

Ainsi, les inégalités socio-économiques « se sont creusées, notamment l’écart entre les riches et les pauvres ». Les citoyens du quartier sud, qui doivent vivre à proximité de la fosse, mais aussi les aînés et les enfants, se sont « vulnérabilisés ». Et parmi les « effets psychosociaux négatifs », l’INSPQ note une augmentation de la consommation d’alcool et de drogue.

Les inquiétudes pour la santé sont par ailleurs omniprésentes. « L’étude démontre que les activités minières causent des nuisances pour la santé : poussière, vibrations et sautages, circulation routière accrue, bruit. » Fait à noter, Canadian Malartic a reçu plus de 150 avis de « non-conformité » du ministère de l’Environnement du Québec depuis sa mise en exploitation.

Malgré la longue liste d’impacts négatifs pour leur communauté, un grand nombre de Malarticois semble résigné, a constaté l’INSPQ. La « majorité » d’entre eux entrevoit en outre l’avenir avec pessimisme. « Ils estiment qu’à la fermeture de la mine, leur communauté se retrouvera dans une position pire que celle précédant la reprise des activités minières en 2006. »

Pour Yamana Gold et Mines Agnico Eagle, propriétaires de la mine, l’avenir est toutefois très prometteur. Un projet d’agrandissement de la mine a même été élaboré, de façon à exploiter de nouvelles fosses. Ce projet d’envergure nécessitera d’ailleurs le déplacement de la route 117.

Les réserves d’or de Canadian Malartic pourraient ainsi atteindre un total de 11 millions d’onces. Au prix sur les marchés jeudi, soit 1170 $ l’once, cette ressource contrôlée par le privé a une valeur brute de 13 milliards de dollars. Une fois l’exploitation terminée, les propriétaires n’auront pas l’obligation de remblayer l’immense fosse, en vertu des lois en vigueur actuellement.

Normes déficientes

Pour la Coalition Québecmeilleuremine, l’étude de l’INSPQ est tout simplement dévastatrice. « Elle confirme que les normes québécoises ne sont absolument pas adaptées aux mines à ciel ouvert qui s’implantent dans des milieux habités. »

Or, souligne son porte-parole, Ugo Lapointe, le gouvernement Couillard vient tout juste de donner le feu vert au projet Mine Arnaud, un projet de mine à ciel ouvert qui sera encore plus imposant que celui de Malartic. « L’annonce concernant Mine Arnaud ne tient absolument pas compte de l’étude de l’INSPQ, déplore M. Lapointe. Il faut absolument que le gouvernement revoie sa décision à la lumière des constats sans appel inscrits dans cette étude. »

Selon lui, « un débat s’impose sur ces projets, qui, on le constate, ont des impacts importants pour les citoyens ». Surtout, rappelle Ugo Lapointe, que la mine de Malartic n’est en rien un cas isolé. En plus du controversé projet Mine Arnaud, financé par le gouvernement Couillard, un autre projet doit bientôt voir le jour en Abitibi : Royal Nickel.

Ce projet, situé à l’ouest d’Amos, renferme un potentiel d’extraction de plus d’un milliard de tonnes de nickel. La mine à ciel ouvert serait exploitée dès 2016, pour une période de 35 ans, et créerait une fosse de plus de cinq kilomètres de longueur. C’est deux fois plus gros que la mine d’or de Malartic. Jusqu’à 400 000 tonnes de matière brute pourraient être extraites chaque jour durant l’exploitation. La consommation d’eau de la mine devrait en outre dépasser les 100 millions de litres sur une base quotidienne.

Selon l'Institut national de santé publique du Québec, «l’implantation de la mine a entraîné des impacts sociaux, dont l’accroissement des inégalités entre les citoyens, les conflits et la polarisation de la communauté».
9 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Inscrit 20 mars 2015 06 h 15

    Le problème...

    ... il tient en un mot: HABITÉ.

    Dès lors que t’as décidé de prioriser l'exploitation minière d'un site, tu te fourvoies si tu tentes de faire "aussi" et au même endroit, des aménagements "résidentiels".

    Et ça, le cas Malartic l'illustre bien. On a tenté de sauver les « im »meubles? On a permis aux gens de garder la maison, on l'a déménagée et rénovée pour que les gens continuent d'habiter "leur" coin? Désolé, c'était une illusion car le Malartic que les gens avaient habité et aimé n'existait déjà plus! Il y avait une décennie sinon davantage que le phénomène de « fantômisation » du village était lancé. Et là, le joli parc tout neuf, et ses jeux, et ses balançoires rutilantes, fournis par Osisko, ne rutile pu pantoute sous la poussière qui envahi le beau décor.

    Des populations déplacées pour diverses raisons il y en a des centaines sur cette planète: on en souffre, le chagrin et le stress peuvent être immenses, mais on n'en meurt pas. Ce n'est pas l'espace qui manquait, en Abitibi! Il faut combien de temps, aujourd'hui, pour ériger un quartier résidentiel tout neuf dans un ex-nowhere?

    La vie d’entrepreneur minier, c’est pas de la tarte! Les gars d’Osisko me l’on raconté. Il faut être fait fort et apprendre vite à ne pas trébucher sur les fleurs du tapis des considérations humaines ou environnementales. Ceux qui parviennent à en faire leur quotidien logent la plupart du temps - et au sens propre -, dans l’extrême : de la géographie, du climat, des risques et du danger.

    Ce sont des mercenaires de la roche qui n’en ont rien à cirer des considérations « de moumoune » de la CSST, de la CSN, ou du Club Optimiste – si je me permets d’illustrer. T’as décidé de « miner », chose? Alors ferme « la shop humaine » sinon tu cours après le trouble! C’est tough? Choisir, c’est renoncer...

    Et m’est avis qu’à Sept-Îles, ils sont en train de se tricoter un méchant foulard de problèmes, pis pas au crochet, mais avec les meilleurs tricoteuses industrielles italiennes

  • Marie-Francine Bienvenue - Abonné 20 mars 2015 07 h 43

    qui va arrêter le massacre?

    sommes-nous une société civilisée?
    on détruit la planète, on brise des humains et nos dirigeants s'en foutent!

    • Gilles Gagné - Abonné 20 mars 2015 09 h 42

      Est-ce que cela se passe à Sagard? non, bien pas de problème. À Sagard on vit heureux et plein comme des boudins d'autant plus qu'on travaille sur les baisses d'impôts et l'augmentation de la taxe de vente.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 20 mars 2015 09 h 57

      Quel groupe d andouilles que ces dirigeants que le bon peuple quebecois a elus en toute connaissance ou en toute ignorance..... J-P.Grise

    • Bernard Plante - Abonné 20 mars 2015 11 h 02

      Les minières sont puissantes, mais surtout insensibles. Tant que l'argent entre dans leur poches, le reste n'est que détail. Voyez ce qu'elles font en Amérique du Sud et en Afrique.

      Ayons tout de même une petite pensée pour notre cher ministre de l'environnement David Heurtel qui doit présentement faire travailler très fort son équipe de communication afin qu'ils trovent un moyen de rendre ce rapport positif. Lui et Copain Couillard finiront par nous dire que la mine Osisko est ce qui est arrivé de mieux à l'Abitibi et que le 120 millions de dollars que Québec vient d'investir dans Mine Arnaud est une idée de génie. Voyez ce qu'ils font au Québec.

  • Louis-Gérard Dallaire - Abonné 20 mars 2015 08 h 44

    Vivre et survivre

    L'Abitibi s'est développée avec les mines, ce n'est rien de nouveau. Étant originaire de Malartic, j'ai vu ce milieu de vie se dégrader avec les années. D'une petite ville relativement prospère à un village presque fantôme avant l'arrivée d'un nouvel exploitant du gisement d'or qui y reste.

    Quand j'y vais, je revois un certain regain mais rien à voir avec le passé. Qu'est-ce qui est le mieux ? Une mort lente et agonisante ou se donner une chance de raviver l'activité économique et souhaiter que d'autre type d'entreprise se développe ? Car, qu'on le veuille ou non, l'économie est le moteur de notre société.

    L'encadrement de ces projets par notre gouvernement est essentiel et les normes doivent être fermes. Un petit projet de mine à ciel ouvert s'est mal terminé à l'entrée de la Ville de Val D'Or par manque de rigueur et d'encadrement du gouvernement.

    Bien sûr que ça ne doit pas être le «Boomtown» d'autrefois mais cette étude qui semble faire ressortir la voie de la «majorité» agite beaucoup de squelettes et bien peu d'espoir et encore moins de solution.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 20 mars 2015 09 h 31

    Au secours...

    La plainte sans révolte...c'est assez! il faut crier, hurler jusqu'à ce que l'on soit entendu et... écouté surtout...
    Brader notre sol, pousser nos concitoyens vers le précipice, placer notre culture et notre langue sur le fil ténu du multiculturalisme, etc...ce sont les gouttes qui font déborder le vase...on en est rendu là, croyez-moi.
    Dehors la horde de vendeurs à rabais et acheteurs frauduleux...
    Dehors les affairistes de tout accabit et leurs sous-fifres...
    Il faut se tenir debout...il faut avancer aussi...Depuis trois cents ans que l'on fait du "sur place"...il est temps ...plus que temps!

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 20 mars 2015 21 h 42

      Votre propos, malheureusement, était d'actualité en 1995, Madame.

      Le Québec a dépassé son sommet et se trouve actuellement - et de façon irréversible - de l'autre côté, soit sur la pente descendante qui mène à la mer...

      Et croyez-moi que je ne vous en veux pas de ne pas le réaliser, même notre bon PKP ne s'en rend pas compte. Et l'hystérie, aussi violente soit-elle, ni changera rien.

      Le Parti Québécois a COMPLÈTEMENT raté - et pour des préoccupations minus, du genre "housekeeping" -, la job de vente et d'explications saines et vraies du POURQUOI, qui auraient du être son lot quotidien, incessant, obssessif et au besoin hargneux, depuis 1995. Fait que...

      Ite missa est.

  • Georges Tremblay - Abonné 20 mars 2015 11 h 04

    Un volume au sujet des mines canadiennes...

    "Paradis sous Terre"
    Par Alain Deneault et William Sacher
    (Préface Richard Desjardins)
    Editions Écosociété
    2012