Premiers résultats encourageants pour les pétrolières

Il reste plusieurs forages à mener cette année sur la plus grande île du Québec.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Il reste plusieurs forages à mener cette année sur la plus grande île du Québec.

Les travaux d’exploration pétrolière sur Anticosti, financés en majorité par Québec, pourraient s’avérer prometteurs. L’analyse des informations obtenues grâce aux forages réalisés en 2014 aurait en effet donné de bons résultats, selon ce qu’a fait valoir jeudi Hydrocarbures Anticosti.

« La cible de Macasty a été atteinte dans chacun des cinq emplacements de forage et les résultats de l’analyse des carottes sont conformes ou supérieurs aux attentes des partenaires », a souligné la société en commandite par voie de communiqué. On note aussi que, « sur une échelle qualitative », les résultats concernant des « concentrations d’hydrocarbures » dans la roche « sont classés comme très bons ».

Est-ce que cela signifie qu’il est déjà possible de déterminer la présence d’une ressource pétrolière exploitable commercialement dans la formation de Macasty ? « La présence de ressource en hydrocarbures dans le Macasty est déjà établie, nous faisons ces travaux pour déterminer si ce potentiel est commercialement exploitable », a simplement répondu au Devoir le président-directeur général de Pétrolia, Alexandre Gagnon. C’est cette entreprise qui est responsable des travaux sur Anticosti.

Il faut savoir que c’est la formation géologique de Macasty qui est ciblée dans le cadre des nouveaux travaux, financés à hauteur de 56,7 millions de dollars par le gouvernement du Québec. C’est en effet là qu’on retrouverait le pétrole de schiste que renfermerait le sous-sol d’Anticosti en grande quantité.

Des travaux menés au début des années 2000 par la défunte division pétrole et gaz d’Hydro-Québec avaient d’ailleurs permis de détecter des « indices » de la présence d’hydrocarbures dans la formation désormais très prometteuse. « Chaque fois qu’on forait à travers le Macasty, on avait des indices de pétrole et un peu de gaz », a déjà dit au Devoir Peter Dorrins, qui a été chef (exploration) de la division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec de 2003 à 2006. M. Dorrins est aujourd’hui président et chef de la direction chez Junex, qui détient aussi des permis d’exploration sur Anticosti.

Étude à réviser

Par ailleurs, Pétrolia a fait savoir jeudi que les résultats des travaux de 2014 pourraient conduire à « une mise à jour de l’évaluation des ressources » inscrite dans l’étude de la firme Sproule Associates Limited. C’est essentiellement le débat soulevé par cette étude, qui avait estimé le potentiel pétrole à près de 40 milliards de barils de pétrole, qui a conduit le gouvernement à investir de nouveau dans l’exploration sur Anticosti.

M. Gagnon n’a toutefois pas précisé si les résultats des forages de l’an dernier conduiront à une hausse ou à une réduction des estimations de la firme américaine. « La mise à jour du rapport d’évaluation de Sproule permettra de répondre à cette question », s’est-il contenté d’indiquer.

Il reste aussi plusieurs forages à mener cette année sur la plus grande île du Québec. Les travaux d’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti accusent en effet un sérieux retard, au point de reporter d’au moins une année la fin des opérations prévues initialement.

Dix-huit forages devaient au départ être réalisés au cours de l’été 2014. À la suite de l’analyse des résultats de ces forages, répartis sur un vaste territoire de l’île, il était prévu de déterminer où seraient forés, en 2015, trois puits horizontaux comprenant des opérations de fracturation hydraulique.

Le problème, c’est que les choses ne se sont pas déroulées ainsi. En fait, selon les données gouvernementales disponibles, à peine 6 des 18 forages prévus en 2014 ont effectivement été réalisés. Quatre sont inscrits comme étant en « arrêt temporaire » et huit sont « à venir ».

Cette situation a forcé Hydrocarbures Anticosti à revoir le calendrier des travaux. Il n’est plus question de faire des forages avec fracturation en 2015. En fait, les forages prévus en 2014 doivent être effectués cette année. Par la suite, si tout se déroule selon le nouveau calendrier, les forages nécessitant des opérations de fracturation hydraulique seront réalisés en 2016.

Une telle situation pourrait faire gonfler la facture, payée en majorité par le gouvernement du Québec. Contacté par Le Devoir, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles n’a pas souhaité s’avancer sur une possible hausse des coûts des travaux d’exploration, sans pour autant fermer la porte à un ajout de fonds publics. « Les sommes nécessaires pour assurer la conformité des travaux en 2016 seront disponibles », répond simplement le ministère.

Aucun gisement pétrolier n’a jusqu’ici été découvert sur Anticosti, malgré des décennies de recherche. Mais si un potentiel commercial était établi, il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire de 1 % à 2 % de tout le pétrole, selon une étude de l’ingénieur en géologie Marc Durand. Il faudra pour cela construire toutes les infrastructures nécessaires pour l’implantation de l’industrie pétrolière. Celles-ci sont inexistantes actuellement sur l’île d’Anticosti.