Le gouvernement va de l’avant avec le projet Mine Arnaud

Selon le BAPE, le projet situé dans les limites de la municipalité pourrait avoir de nombreux impacts environnementaux.
Photo: Source Ville de Sept-Îles Selon le BAPE, le projet situé dans les limites de la municipalité pourrait avoir de nombreux impacts environnementaux.

Malgré les très nombreuses lacunes relevées par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement et la profonde division au sein de la population de Sept-Îles, le gouvernement Couillard s’apprête à donner le feu vert au projet Mine Arnaud. Une annonce qui doit aller de pair avec l’injection de centaines de millions de dollars de fonds publics.


Comme l’a révélé Le Soleil, Québec procédera à l’annonce officielle de ce mégaprojet minier dès lundi. Les travaux de construction de la plus grosse mine à ciel ouvert du Québec, d’où sera extraite de l’apatite, devraient débuter en 2016.


Québec devrait profiter de l’annonce pour préciser les conditions environnementales qui seront mises en place dans le cadre du projet, qui transformera profondément le paysage de Sept-Îles. Il serait question de fixer certaines normes concernant les volumes de minerai traités chaque jour, mais aussi concernant les risques soulevés par le BAPE pour la qualité de l’air et de l’eau à Sept-Îles.


Reste à voir comment le gouvernement, principal actionnaire du projet, tentera de répondre aux très nombreuses lacunes recensées dans le rapport du BAPE publié en février 2014.


L’organisme y souligne que le projet de mine « n’est pas acceptable » dans sa forme originale. Les impacts environnementaux auraient notamment été mal évalués. « La commission ne peut que constater que l’ensemble du dossier est incomplet et ne répond pas adéquatement aux enjeux relatifs à la contamination des eaux de surface et des eaux souterraines ainsi qu’aux risques de glissement de terrain et de tassement de sol », écrivent les commissaires dans ce document de quelque 200 pages.


Le rapport recommandait donc de mener des « évaluations complémentaires », ce que le promoteur aurait fait. Mais aucune des études complémentaires n’a été rendue publique au cours des derniers mois.


Population divisée


Le BAPE a aussi constaté la profonde division au sein de lapopulation de Sept-Îles. Le Devoir a lui-même constaté la vive controverse soulevée par le projet. Une controverse qui s’est souvent manifestée lors des assemblées du conseil municipal.


La viabilité économique du projet serait également incertaine, selon les conclusions du rapport du BAPE. Il faut dire que le marché du phosphate (l’apatite est composée de phosphate) est caractérisé par une offre mondiale abondante, ce qui exerce une pression à la baisse sur les prix de la ressource.


La Banque mondiale prévoit d’ailleurs que les prix du phosphate continueront de reculer au cours des prochaines années, pour se situer à environ 70 $ la tonne en 2025. Cette baisse continue s’explique notamment en raison d’une augmentation de la production mondiale qui proviendra surtout du Maroc et de la Chine, qui dominent le marché.


On pourrait en apprendre davantage sur les prévisions économiques du promoteur lundi prochain, mais aussi connaître quelle sera la partfinancière assurée par les contribuables québécois. Le projet doit nécessiter des investissements totaux de plus de 750 millions de dollars.


Le principal partenaire du gouvernement du Québec dans ce projet est la firme norvégienne Yara. On ignore pour le moment quelle sera l’implication de cette entreprise, qui oeuvre dans le domaine des engrais. Ce qu’on sait, cependant, c’est que cette entreprise a été reconnue coupable de corruption en 2009 en Libye, en Inde et en Russie.


Au cours de sa durée de vie, la mine d’apatite générera des centaines de millions de tonnesde résidus en raison de l’extraction du minerai d’une fosse qui atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Une butte-écran de plus de 40 mètres de hauteur serait aussi construite du côté sud de la fosse. Ce serait la plus grande mine à ciel ouvert jamais exploitée en milieu habité au Québec.


Vendredi, le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, a accueilli la nouvelle avec prudence. Il espère que Québec tiendra compte des préoccupations exprimées lors des audiences du BAPE. « On ne peut pas accepter quelque chose à tout prix parce que, tout d’un coup, ça va moins bien au niveau économique, a-t-il affirmé au micro d’ICI Radio-Canada Première. Le développement durable, en 2015, j’espère que ça veut dire quelque chose. »