L’Université de Sherbrooke se démarque

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le compost réalisé grâce aux déchets récupérés sur le campus de l’Université de Sherbrooke sert ensuite à l’entretien des terrains.
Photo: Université de Sherbrooke Le compost réalisé grâce aux déchets récupérés sur le campus de l’Université de Sherbrooke sert ensuite à l’entretien des terrains.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour une troisième année consécutive, l’Université de Sherbrooke (UdeS) maintient sa première position en matière de développement durable parmi les universités canadiennes ayant participé au GreenMetric World University Ranking 2014. À l’échelle mondiale, l’UdeS se classe même au 14e rang parmi les 361 universités ayant participé à ce sondage.

« Le classement de GreenMetric permet deux choses, indique Alain Webster, vice-recteur au développement durable et aux relations gouvernementales de l’Université de Sherbrooke. Tout d’abord, cela permet d’évaluer combien d’universités accordent assez d’importance au développement durable pour se donner la peine de répondre au sondage. C’est donc intéressant de voir qu’il y en a tout de même 361 ! D’autre part, le sondage nous permet de nous comparer aux autres et de voir si ce qu’on fait est bien ; comment donc se positionne-t-on par rapport aux autres universités ? »

M. Webster est devenu vice-recteur au développement durable il y a huit ans. « Nous avons inventé la fonction au Canada, dit-il fièrement. J’ai été le premier à occuper cette fonction au Canada, mais, maintenant, j’ai quelques collègues. »

Son rôle consiste à intégrer les différentes facettes du développement durable dans l’administration et les activités quotidiennes de l’université. « Il y a là à la fois des enjeux de politique, d’enseignement, de recherche et de gestion de l’université qui englobent l‘énergie, les matières résiduelles, l’approvisionnement, etc., et qu’il faut porter à l’attention du Comité de direction de l’université », explique-t-il.

Incidemment, l’UdeS s’enorgueillit d’avoir mis sur pied, il y a des décennies déjà, le Centre universitaire de formation en environnement. « Près des deux tiers des détenteurs d’une maîtrise en environnement sont formés à Sherbrooke, affirme M. Webster. Nos étudiants expriment d’ailleurs un vif intérêt pour faire de l’environnement une priorité institutionnelle. »

Transformer l’université… et la ville de Sherbrooke !

Alain Webster relate d’ailleurs qu’une proportion importante de ceux et celles qui choisissent de venir étudier à l’Université de Sherbrooke accordent énormément d’importance à l’environnement, ce qui a parfois des effets inattendus.

Ainsi, il y a une dizaine d’années, raconte-t-il, des étudiants se sont mis en tête de faire pression sur l’administration afin que celle-ci intègre des stratégies de développement durable dans ses activités. « Mais nous, on leur a dit que, au lieu de faire pression sur nous, ils devraient plutôt venir s’asseoir avec nous pour qu’on le fasse ensemble », raconte M. Webster. Puis, par la suite, les étudiants ont réclamé davantage : « On veut plus, on veut développer une stratégie de transport en commun, poursuit le vice-recteur au développement durable. Parfait, a répondu l’administration. Assoyons-nous donc ensemble. »

Résultat : l’Université de Sherbrooke, de concert avec ses étudiants, a élaboré une stratégie de mobilité durable qui est devenue « un élément extrêmement important » pour la communauté universitaire.

« Les étudiants nous disaient que l’une des principales contraintes de venir étudier à l’UdeS était le stationnement, rapporte M. Webster. Mais nous, nous n’allions tout de même pas construire de nouveaux stationnements. Non ! Au contraire, même, on allait plutôt en fermer pour privilégier une stratégie de mobilité. On a, par conséquent, créé la première stratégie de libre accès au transport en commun au Québec, un modèle qui a changé l’université et même l’ensemble de la ville de Sherbrooke. »

« Ce qu’on a fait est très simple, poursuit-il. On dit à nos étudiants : votre carte d’étudiant vous donne bien sûr accès à tous les services universitaires, mais, en plus, elle vous permettra d’avoir accès à l’ensemble des circuits d’autobus de la ville. »

Concrètement, en 10 ans, le taux d’utilisation du transport en commun par les étudiants est passé de 25 % à 65 %. En outre, cette stratégie a « changé la ville » du simple fait que, désormais, au lieu d’habiter dans les parages de l’université, les étudiants s’installent un peu partout dans la ville. « Ils ont choisi d’intégrer l’ensemble de la ville », résume le vice-recteur, qui souligne en outre que, toutes proportions gardées, Sherbrooke compte la plus grande proportion d’étudiants universitaires des villes québécoises. « Nous sommes véritablement une ville universitaire », dit-il.

Une mobilisation pour le compostage

C’est dire que l’Université de Sherbrooke a choisi un modèle de gouvernance plus proche de ses étudiants, souligne Alain Webster. « On essaie de travailler ensemble sur plusieurs enjeux, dit-il, en mettant en place une stratégie de développement durable… Ce qu’on vise à faire, c’est de nous servir de notre enseignement et de la recherche que nous menons pour les appliquer à la gestion universitaire. »

Ainsi, dans le cadre d’une formation en administration et environnement, des étudiants ont, un jour, attiré l’attention de l’administration sur la possibilité d’installer un composteur afin de traiter l’ensemble des matières résiduelles issues des cafétérias.

« Nous avons alors demandé à nos étudiants en génie de travailler sur la mécanique fine du compostage, relate M. Webster. Nous avons aussi fait appel à un prof pour développer le traitement des bioplastiques. On a ensuite demandé à un partenaire industriel et à une entreprise de concevoir pour nous un composteur et un petit véhicule électrique qui acheminerait les bacs de compostage. »

Et, lorsque la filière du compostage a été fin prête, l’université a demandé aux services alimentaires de n’utiliser que des bioplastiques. « On récupère donc les matières résiduelles — nourriture et bioplastiques — qu’on traite grâce au composeur industriel installé sur le campus », indique M. Webster. Et le compost sert ensuite à l’entretien des terrains de l’université.

« Encore une fois, nous avons mis en oeuvre l’approche la plus intégrée possible, où on utilise à la fois notre enseignement et la recherche pour littéralement transformer notre université en un laboratoire de développement durable », lance avec satisfaction Alain Webster.