Obama dit non à Keystone XL

En usant de son veto, le président Obama souhaite conserver son pouvoir de décision sur ce projet très controversé, en particulier pour des raisons environnementales.
Photo: Jacquelyn Martin Associated Press En usant de son veto, le président Obama souhaite conserver son pouvoir de décision sur ce projet très controversé, en particulier pour des raisons environnementales.

En opposant mardi son veto au projet de pipeline Keystone XL, le président américain Barack Obama a de nouveau repoussé la construction d’une infrastructure de transport jugée primordiale pour favoriser l’exportation du pétrole des sables bitumineux. Une situation qui devrait accroître la pression en faveur d’Énergie Est, un projet plus imposant encore et qui vise directement le Québec.

La décision du chef de la Maison-Blanche était attendue depuis quelques jours déjà. Depuis, en fait, que les républicains, majoritaires au Congrès, ont officialisé la législation nécessaire pour la construction de l’oléoduc Keystone XL, un projet développé par TransCanada.

En usant de son veto, le président Obama souhaite donc conserver son pouvoir de décision sur ce projet très controversé, en particulier pour des raisons environnementales. Dans sa lettre au Sénat expliquant sa démarche, le président américain a d’ailleurs souligné que le Congrès a tenté, par cette loi, de « contourner » un processus de décision établi de longue date.

Ce geste rare de la présidence ne veut pas dire que les démocrates disent non définitivement au pipeline. La Maison-Blanche a en fait indiqué qu’elle attendait toujours une évaluation menée par le département d’État avant de se prononcer. Aucune date butoir n’a été précisée pour une décision définitive, alors que le projet est bloqué depuis maintenant six ans.

Après le veto présidentiel, le Sénat et la Chambre des représentants pourront certes tenter de le surmonter, mais il faudra recueillir une majorité des deux tiers. Les républicains n’ont toutefois pas manqué de dénoncer le geste de Barack Obama, y voyant une décision « purement politique » qui n’a rien à voir avec la valeur intrinsèque du projet.

Ottawa à la défense

Le gouvernement de Stephen Harper, qui a plusieurs fois plaidé en faveur du projet Keystone XL, a réagi mardi en soulignant que tôt ou tard, ce pipeline deviendra réalité. « Il ne s’agit pas de savoir si ce projet sera approuvé ; il s’agit de savoir quand il le sera », a souligné le ministre des Ressources naturelles, Greg Rickford, par voie de communiqué.

« Nous continuerons à défendre vigoureusement ce projet créateur d’emplois. Keystone XL créera des emplois pour les travailleurs canadiens et américains, en plus de renforcer la sécurité énergétique en Amérique du Nord », a aussi répété le ministre conservateur.

Il faut dire que le projet de TransCanada revêt une grande importance pour les pétrolières actives en sol albertain, à la recherche de moyens de rejoindre des marchés pour leur production croissante. À lui seul, ce pipeline doit permettre de transporter quotidiennement 830 000 barils de pétrole jusqu’aux raffineries du Texas. Un nouveau tronçon de pipeline de près de 2000 kilomètres de long devrait pour cela être construit entre l’Alberta et le Nebraska, où il serait raccordé à une autre conduite transportant le pétrole vers les raffineries du golfe du Mexique.

Cette infrastructure a aussi le pouvoir d’accroître significativement les émissions de gaz à effet de serre, en raison de l’exploitation des sables bitumineux. Dans une lettre envoyée au département d’État américain et rendue publique au début du mois, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) souligne que les émissions provenant de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux sont « significativement plus élevées » que celles du pétrole traditionnel.

De son exploitation à sa combustion, le pétrole des sables bitumineux émet ainsi 17 % plus de gaz à effet de serre (GES). Étant donné le volume de brut qui serait transporté chaque jour par Keystone XL, l’EPA estime que le pétrole nécessaire pour alimenter cet oléoduc générera un maximum de 27,4 millions de tonnes de GES de plus chaque année, comparativement à un même oléoduc qui transporterait du pétrole traditionnel. Ces émissions équivalent à l’ajout de 5,7 millions de véhicules sur les routes, ou encore à la mise en service de huit centrales au charbon.

Pression sur le Québec

Maintenant que le président a opposé son veto et que la construction de Keystone XL apparaît plus incertaine que jamais, tout indique que le Québec subira plus de pression pour devenir un point de passage névralgique pour le pétrole albertain.

« La pression sera plus forte pour la construction du projet Énergie Est de TransCanada, affirme Jean-Thomas Bernard, professeur invité à l’Université d’Ottawa et spécialiste des questions énergétiques. Le projet Northern Gateway, vers la côte ouest, est toujours bloqué. Même chose pour Keystone XL. Donc, l’option de l’est du pays devient encore plus plausible. »

À lui seul, le pipeline Énergie Est transporterait chaque jour 1,1 million de barils, soit autant de pétrole que les oléoducs Keystone XL et Northern Gateway réunis. Qui plus est, insiste M. Bernard, il permet d’atteindre un port et de rejoindre l’océan Atlantique. Avec ou sans port à Cacouna, cet objectif est d’ailleurs réalisable en rejoignant Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

De là, souligne l’économiste, il est facile d’exporter le brut vers divers marchés. On peut notamment évoquer le marché européen, qui s’est pleinement ouvert récemment aux importations de pétrole des sables bitumineux. Mais les pétroliers pourraient aussi naviguer vers les raffineries du sud des États-Unis. Celles-ci devaient être la destination du pétrole transporté dans le pipeline Keystone XL.

Il ne faut pas non plus négliger le fait que le blocage du président Obama survient alors que l’Office national de l’énergie étudie déjà le projet Énergie Est, qui doit parcourir le sol québécois sur plus de 700 kilomètres. La « liste des questions » qui seront abordées par l’organisme fédéral commence par celle-ci : « La nécessité du projet ».