Le fédéral refuse de suspendre le processus de consultation pour le projet Énergie Est

L’Office national de l’énergie refuse de suspendre le processus de consultations pour le projet Énergie Est, même s’il est désormais acquis qu’on ne connaît toujours pas le tracé final du futur pipeline en sol québécois.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec a demandé formellement le 9 février dernier la suspension du processus d’inscription en vue des audiences publiques que doit tenir l’Office national de l’énergie (ONE).

Selon ce que fait valoir l’UPA, il existe plusieurs éléments inconnus concernant le pipeline que TransCanada souhaite construire pour transporter chaque jour 1,1 million de barils de pétrole en sol québécois. Ainsi, l’abandon probable du projet de port pétrolier à Cacouna devrait conduire à des modifications du tracé final du pipeline. Qui plus est, on ne connaît pas encore l’emplacement spécifique de toutes les stations de pompage qui devront être construites au Québec.

Dans ce contexte, l’ONE devrait impérativement suspendre le processus d’inscriptions aux audiences, qui se termine le 3 mars. « Il en va de la légitimité des processus de l’Office », écrit l’UPA dans la lettre envoyée à l’organisme fédéral chargé d’étudier les projets de pipelines.

Non de l’ONE

Pas question de ralentir le processus, répond l’ONE dans une courte lettre envoyée vendredi dernier à l’UPA. « L’Office poursuit son processus de demande de participation en fonction des renseignements qui ont été déposés jusqu’ici », souligne l’organisme. L’ONE estime aussi que TransCanada a « fourni suffisamment de renseignements pour permettre aux personnes ou groupes susceptibles d’être intéressés de prendre la décision de présenter une demande de participation ou non ».

En ce qui a trait au projet de port de Cacouna et aux stations de pompage, l’ONE se fonde toujours sur les informations présentées par la pétrolière albertaine. Si ces renseignements doivent être modifiés un jour, « l’Office résoudra les questions soulevées, le cas échéant et au moment où elles seront soulevées, car il dispose de la souplesse nécessaire sur le plan de la réglementation ».

La réponse transmise par l’ONE est loin de satisfaire l’UPA. « Ce n’est pas sérieux. Normalement, l’Office devrait suspendre le processus des consultations et demander à TransCanada de refaire ses devoirs pour présenter un projet complet », a répliqué lundi Pierre Lemieux, premier vice-président du regroupement.

Selon ce qu’a fait valoir M. Lemieux, plusieurs producteurs agricoles sont « très inquiets » de l’arrivée de l’imposant projet de pipeline. Ils redoutent particulièrement les impacts d’un déversement de pétrole. « Un déversement peut contaminer largement les terres agricoles. Ça nous inquiète », a souligné M. Lemieux.

Idéalement, a-t-il ajouté, le pipeline ne devrait traverser aucune terre agricole. C’est d’ailleurs la position de l’UPA. Mais dans le contexte actuel, le regroupement tente d’abord de négocier une « entente-cadre » avec TransCanada dans le but de s’assurer que les agriculteurs puissent bénéficier de balises claires si la construction du pipeline est autorisée par Ottawa.

Avant l’UPA, l’ONE a en outre refusé d’acquiescer à une demande réclamant la traduction de tous les documents déposés par TransCanada dans le cadre du projet Énergie Est. La majorité de ceux-ci sont disponibles uniquement en anglais.

Les gens qui souhaitent déposer une demande de participation aux consultations de l’ONE n’ont plus qu’une semaine pour le faire. Il ne sera pas possible pour eux de traiter des impacts environnementaux de l’exploitation pétrolière qui alimentera ce pipeline.

Le projet de TransCanada est le plus important pipeline en développement en Amérique du Nord. Celui-ci transportera 400 millions de barils de brut par année. Quelque 700 kilomètres de pipeline seront construits uniquement au Québec.

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 24 février 2015 05 h 43

    Un fauve appelé démocratie...

    La technique utilisée ici est celle bien connue, de la trappe basculante.
    D'abord, il faut obliger l'animal dangereux, ici le peuple décisionel, à passer nulle part ailleurs que sur un chemin qui mène à une trappe dissimulée dans le sol. Cà, c'est l'affaire de l'Office national de l'énergie du Canada.
    Ensuite, il faut faire s'arrêter l'animal sur la trappe, le temps qu'il soit convaincu qu'il se trouve en sécurité. Ca, c'est l'affaire des scientifiques payés pour rassurer de la virginité des intentions de TransCanada, Enbrige et consorts.
    Et finalement, il faut actionner la trappe du définitif, au moment même où l'animal navigue en esprit entre sa certitude de l'évaluation du risque et son incertitude à gagner vraiment quelque chose de se trouver là où il est.
    Et là, c'est autant cuit pour ce fauve qu'on appelle la démocratie, que pour ces vivants eux-mêmes qu'on représente sous la forme des bélugas.
    Merci de m'avoir lu.

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 24 février 2015 09 h 05

      Ah!Monsieur!
      Quelle efficace poesie pour que nous saisissions le mode operatoire de
      ces chevaliers de la mainmise sur notre democratie.

  • Robert Lauzon - Abonné 24 février 2015 06 h 58

    Ottawa roule sur le Québec

    L'office fédéral de l'énergie continue utilise le rouleau compresseur pour écraser les opposants et ainsi nous pousser dans le Québec le sale pétrole canadian et ce, pour essentiellement, l'exporter au profit de l'Alberta et ce, EN ANGLAIS SEULEMENT.

    Le manque de respect et la cavalière approche du fédéral imbu dans son constitutionnel pouvoir qui, en faisant preuve d'une insensibilité sans nom vis-à-vis le bien-être des québécois et le risque intrinsèque pour nos propres ressources naturelles mettant même à risque, sous certains égards, nos sources d'alimentation nous prouvent que le Québec serait mieux défendu indépendant politiquement.

    Le Québec peut et mérite beaucoup mieux! Ça urge!

  • Gilles Théberge - Abonné 24 février 2015 08 h 45

    Le summum du mépris

    Faisons comme si des audiences permettraient de changer ici et là une virgule, un point sur un i peut-être, allez savoir.

    Mais je pense que c'est pire encore que l'explication du piège à bascule dont parle monsieur Côté, c'est le mépris ordinaire. Les documents sont et resteront produits en "youniversal language" nothing else.

    Vous autres les Québécois si vous ne compreniez pas que c'est nous qui dominons ben maintenant vous le savez...

    Mépris plus... En soi c'est déjà trop, au cube c'est obscène

  • Yvon Pesant - Abonné 24 février 2015 11 h 13

    ONE rit pas

    Fallait-il s'attendre à autre chose de la part d'un organisme qui a l'appui inconditionnel du Premier ministre du Canada et de ses troupes dont, il faut le dire et le répéter ad nauseam, le petit contingent québécois ne réclame rien au nom d'un certain respect de notre communauté territoriale et francophone par surcroît.

    La compagnie TransCanada, l'Office national de l'énergie et le gouvernement fédéral de Stephen Harper devraient avoir honte, très honte même, de conduire un dossier de cet importance de la manière dont ils le font ensemble comme isolément.

    À quand le pays? Pour que nous puissions enfin décider par nous-mêmes de ce qui est bon ou pas pour le Québec et son monde.