TransCanada abandonne Cacouna

L'idée de construire un port en plein coeur de la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent avait été vivement contestée depuis plusieurs mois.
Photo: Lawrence Côté-Collins L'idée de construire un port en plein coeur de la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent avait été vivement contestée depuis plusieurs mois.

La pétrolière TransCanada devrait annoncer au cours des prochains jours qu'elle abandonne son controversé projet de port pétrolier de Cacouna. La construction de l'oléoduc Énergie Est, le plus important du genre dans l'histoire canadienne, est cependant toujours prévue.

Selon des informations publiées mercredi dans La Presse, et qui avaient aussi été confirmées au Devoir, l'entreprise albertaine a décidé d'éliminer cet aspect de son projet. Une décision que l'entreprise n'a pas encore confirmée.

Il faut dire que l'idée de construire un port en plein coeur de la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent avait été vivement contestée depuis plusieurs mois. Et selon ce que disait mardi le ministre de l'Environnement, la désignation des bélugas comme espèce «en voie de disparition» par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada aurait rendu les choses plus compliquées pour TransCanada. Selon cet organisme fédéral, il ne resterait que 880 bélugas dans les eaux québécoises, et la population montre des signes de déclin continu.

Malgré le statut précaire de cette espèce, la pétrolière albertaine avait déposé en mars 2014 un avis de projet afin de signifier son intention de construire un port d'exportation à Cacouna. Une jetée de 600 mètres devait s'avancer dans les eaux du Saint-Laurent, en plein coeur d'un habitat essentiel pour les cétacés. Des pétroliers pouvant transporter jusqu'à 200 000 tonnes de pétrole brut devaient venir s'y amarrer.

Le gouvernement du Québec a laissé l'entreprise mener des travaux de levés sismiques en milieu marin au printemps dernier. Il a fallu que des groupes environnementaux interpellent les tribunaux pour qu'un certificat d'autorisation de Québec soit émis avant d'autoriser des forages dans le secteur de Cacouna. Mais ce certificat a été émis par le Québec même si TransCanada a refusé de transmettre un avis scientifique sur les impacts des forages. Le dossier a finalement a été mis sur la glace temporairement l'automne dernier.

Une étude produite pour TransCanada et dévoilée en novembre par Le Devoir avait par ailleurs révélé qu'un déversement relativement limité de pétrole brut à Cacouna risquerait de polluer plus de 100 kilomètres de côtes en quelques jours seulement. Selon les experts, tout déversement de brut dans le Saint-Laurent serait difficile à contrôler, notamment parce que ni le Québec ni le fédéral ne possèdent les moyens d'intervenir en cas de marée noire.

Énergie Est

Malgré l'abandon du projet de Cacouna, le projet Énergie Est est toujours bien vivant. Celui-ci transportera 1,1 million de barils par jour, soit plus de 400 millions de barils par année. L’imposant tuyau qui devra être construit au Québec aura une longueur de plus de 700 kilomètres, soit près de la moitié de toute la longueur du pipeline à bâtir pour réaliser le projet.

Il traversera non seulement de très nombreux secteurs agricoles, mais aussi le territoire de plusieurs dizaines de municipalités des deux rives du Saint-Laurent. Tout au long de son tracé, le pipeline doit aussi traverser de nombreuses rivières majeures du sud du Québec, dont plusieurs sont utilisées comme source d’eau potable par les municipalités.

Malgré l'ampleur du projet, le gouvernement du Québec n'a toujours pas amorcé l'évaluation environnementale de celui-ci. TransCanada a toujours dit que la décision finale d'autoriser ou non le projet appartient à Ottawa. Le processus d'évaluation du fédéral, qui ne tient pas compte des impacts environnementaux des sables bitumineux, est déjà entamé. Les audiences publiques doivent avoir lieu à l'automne.