Une centaine de professeurs offrent leur appui aux étudiants

«On ne demande pas à l’Université de perdre de l’argent. On veut simplement prendre l’argent investi dans des entreprises polluantes et le placer ailleurs», souligne le professeur et cosignataire de la lettre, Shaun Lovejoy.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir «On ne demande pas à l’Université de perdre de l’argent. On veut simplement prendre l’argent investi dans des entreprises polluantes et le placer ailleurs», souligne le professeur et cosignataire de la lettre, Shaun Lovejoy.

Les étudiants de McGill tentent une nouvelle fois de convaincre leur université de retirer ses investissements dans des entreprises polluantes, mais peuvent cette fois compter sur un appui de taille : plus d’une centaine de professeurs ont officiellement soutenu leur cause dans une lettre déposée lundi.

Cette lettre ouverte remise au Conseil des gouverneurs de l’Université McGill souligne la « responsabilité morale » de l’Université. Les signataires demandent au Conseil de « désinvestir », c’est-à-dire de retirer de son fonds de dotation — un fonds constitué de dons — tous les investissements dans des entreprises impliquées de près ou de loin dans le développement des sables bitumineux et de les remplacer par d’autres.

Ils ont ainsi appuyé Divest McGill, qui, à l’instar de regroupements en tout genre à travers le monde, veut tourner le dos aux plus importantes entreprises du secteur des hydrocarbures. Ce groupe étudiant a présenté une pétition accompagnée de 150 pages de documentation lundi dernier.

L’organisation avait déposé une première requête en 2013, mais les membres du comité consultatif sur les questions de responsabilité sociale de McGill l’avaient rejetée en invoquant notamment le manque de preuve établissant le « tort social » des entreprises montrées du doigt.

Mouvement mondial

À l’heure actuelle, près de 5 % du fonds de dotation de McGill d’environ un milliard de dollars sont investis dans une trentaine d’entreprises liées aux sables bitumineux, comme Suncor ou TransCanada, souligne le professeur au Département de physique de McGill et cosignataire de la lettre, Shaun Lovejoy.

« On ne demande pas à l’Université de perdre de l’argent. On veut simplement prendre l’argent investi dans des entreprises polluantes et le placer ailleurs », précise-t-il.

À ce jour, des étudiants d’une quinzaine d’universités canadiennes ont adhéré au mouvement du « désinvestissement », y compris celles de Colombie-Britannique et de Toronto. Au Québec, le travail du groupe Divest Concordia a porté ses fruits : la fondation de l’université montréalaise a décidé en novembre dernier de transférer 5 millions de ses actifs (avoisinant au total quelque 100 millions) dans un « fonds de placement durable ».

« La lutte continue, lance l’un des étudiants derrière Divest Concordia, Anthony Garoufalis-Auger. Ce qu’on veut, c’est aller plus loin et désinvestir tout le fonds de dotation à long terme. » Il a bon espoir que son groupe obtiendra lui aussi l’appui des professeurs de l’Université sous peu.

L’idée germe également du côté de l’Université de Sherbrooke, où le comité interfacultaire Désinvestissons UdeS a été créé récemment.

Des activités sont d’ailleurs prévues vendredi et samedi aux quatre coins du globe à l’occasion des « journées mondiales du désinvestissement ».

Le président-directeur général du Groupe investissement responsable, Olivier Gamache, explique que le « désinvestissement » n’est qu’une des trois options qui s’offrent à celui qui veut investir de manière « responsable », puisque le « dialogue » investisseur-entreprise et l’intégration des risques liés à un investissement dans une entreprise polluante sont également possibles.

« C’est possible de diversifier un portefeuille adéquatement et que celui-ci amène des rendements financiers intéressants sans s’exposer de façon importante aux risques du pétrole », fait-il remarquer, études à l’appui. Il croit que le mouvement actuel « a sa place » et oblige à tout le moins les investisseurs plus conservateurs à se poser des questions.

3 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 10 février 2015 09 h 22

    Investissements?

    Comment? Ai-je bien compris ouilme manque une ligne? On parle d'investissements et elles réclament plus d'argent?
    Cela mérite explications, surtout McGill
    Robert Beauchamp

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 10 février 2015 14 h 00

      Il semblerait que,quand une université étale au grand jour sa ou ses
      demandes de subventions opérationnelles,elle n'est pas contrainte,et loin
      de là,de dévoiler sa capitalisation,son trésor accumulé surtout si il dort
      dans les paradis fiscaux de la piraterie internationale.Bien sur que tout le
      butin n'est pas enterré quelques parts,ici et là genre pas tous mes oeufs
      dans le même panier;on se garde une petite gêne au cas où...
      Je salue chaleureusement cette initiative de désinvestissement qui est un
      acte de lucidité.

  • Louise Lefebvre - Inscrite 12 février 2015 15 h 32

    Excellente nouvelle!!!

    J'approuve cette initiative de la part des étudiants et des professeurs qui les appuient...
    Personnellement chaque année je demande à mon conseiller financier de ne pas investir mon argent dans les industries polluantes principalement le gaz et le pétrole et cela semble toujours compliqué mais chaque fois que je fais cette demande, je souhaite que cela soit entendu par les dirigeants des banques qui eux aussi ont un rôle très important à jouer pour aider à la protection de l'environnement...
    La caisse de dépôt et Investissement Québec devraient aussi revoir leurs investissements car je sais qu'ils ont mis de NOTRE argent dans le pétrole des sables bithumineux et dans le gaz de schiste. Inacceptable!!!