Plus de 100 postes seront supprimés

Le faucon pèlerin figure parmi les espèces dont la gestion risque de pâtir avec ces nouvelles compressions.
Photo: Tom Brakefield / Stockbyte / CC Le faucon pèlerin figure parmi les espèces dont la gestion risque de pâtir avec ces nouvelles compressions.

L’ensemble du Québec subira les contrecoups des compressions imposées par le gouvernement Couillard au ministère de la Faune. Pas moins d’une centaine de postes de professionnels devraient être supprimés, révèlent les informations obtenues par Le Devoir. Une situation qui soulève de vives inquiétudes au sein même du ministère, qui se voit amputer d’une part importante de son expertise scientifique.

Selon ce qui se dégage d’une compilation de données chiffrant les compressions du secteur Faune du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), plus de 100 emplois ont été supprimés ou devraient l’être au cours des prochains mois. Aucune région du Québec n’a été épargnée par le plan mis en place par les libéraux.

Parmi les postes de professionnels qui disparaîtront bientôt, on compterait une vingtaine de biologistes, donc des scientifiques. « Plusieurs sont des jeunes possédant déjà des années d’expérience dans leurs domaines respectifs. Donc, en clair, on perd une part importante de la relève », a expliqué une source qui a souhaité conserver l’anonymat, par peur de représailles.

Comme le révélait Le Devoir la semaine dernière, le gouvernement élimine notamment des postes de scientifiques qui travaillaient au rétablissement d’espèces menacées. Les nouvelles données indiquent toutefois qu’en plus de la faune aquatique (saumon, bar rayé), des projets liés aux oiseaux (faucon pèlerin, pygargue à tête blanche, aigle royal), aux amphibiens ou encore au caribou écoperont.

Québec a d’ailleurs déjà supprimé l’an dernier les budgets annuels de quelques milliers de dollars dont bénéficiaient les équipes de rétablissement des espèces menacées et vulnérables afin de mettre en place des actions sur le terrain, notamment en matière d’éducation ou de protection d’habitats.

Le MFFP élimine aussi les postes de deux biologistes embauchés en 2014 afin d’étudier les impacts des changements sur la biodiversité. Et la personne qui coordonne le dossier des espèces envahissantes perdra son emploi.

Impacts régionaux

En plus des biologistes oeuvrant dans toutes les régions du Québec, près d’une vingtaine de postes de techniciens travaillant eux aussi dans diverses régions devraient disparaître.

Peu importe la région de la province où ils sont en poste, les biologistes et les techniciens peuvent être appelés à effectuer quotidiennement des tâches relativement diversifiées. Ils ont notamment le mandat d’analyser les demandes d’autorisation déposées par les entreprises, les ministères et les municipalités qui souhaitent réaliser des travaux dans des habitats fauniques. Les biologistes peuvent ainsi émettre des avis scientifiques sur les projets qui risquent d’avoir des impacts pour la faune.

Les professionnels travaillant pour le gouvernement doivent également traiter les demandes d’information sur la faune provenant du public ou de promoteurs de projets. Ces informations sont nécessaires afin de tenir compte des impacts d’un projet au moment de son élaboration.

Les biologistes et les techniciens qui perdront leur emploi sont en outre responsables de l’inventaire d’espèces fauniques exploitées ou à statut précaire. « Ce sont ces inventaires qui permettent de suivre l’état des populations et d’établir les mesures de gestion ou de protection », a souligné une source.

Du côté de la protection de la Faune, 16 agents ont déjà perdu leur emploi, en vertu des compressions imposées l’an dernier, juste avant la période intensive de chasse automnale. Plusieurs autres postes ne seront pas renouvelés, selon les informations obtenues par Le Devoir. En un an, les réductions de personnel doivent dépasser les 90 employés.

Défi structurel

Au MFFP, on se veut néanmoins rassurant. « Le secteur Faune fait face à un défi structurel important qui nous oblige à réviser l’ensemble des budgets et à prendre des décisions », a fait valoir Jacques Nadeau, responsable des communications pour le ministère. Québec refuse toutefois de fournir des informations concernant le nombre de postes supprimés.

« L’équipe de gestion travaille actuellement à réviser l’ensemble des tâches afin de garantir la couverture de l’ensemble des espèces et d’assurer sa mission, a simplement précisé M. Nadeau. Les façons de faire seront revues afin d’améliorer l’efficacité des interventions et d’optimiser l’utilisation des ressources permanentes du ministère. »

Au sein du MFFP, l’inquiétude serait toutefois vive, ont confié différentes sources. « Avec les compressions et les mises à pied, ce sont des dizaines d’années d’effort en acquisition de connaissance et en développement d’expertise qui risquent de partir en fumée. En persistant dans cette lignée, le gouvernement du Québec va à l’encontre des efforts consacrés par de nombreux organismes pour maintenir une faune riche et diversifiée qui caractérise encore si bien le Québec », a expliqué l’une d’elles.

« Ce qui se passe à l’interne est terrible, a souligné une autre personne. Le personnel était déjà très occupé, voire surchargé. Les compressions sont sévères, et le gouvernement ne mesure absolument pas les impacts. On ne peut pas couper autant et dire qu’il n’y a aucun impact. C’est ridicule. »

Selon les prévisions du budget 2014-2015 du Québec, le budget de dépenses pour la Faune, y compris le volet « protection de la faune », totalise 83,7 millions de dollars. Si on soustrait le montant de 34 millions perçu grâce à la vente de permis de chasse et de pêche, il reste une enveloppe de 49,7 millions à assumer par l’État québécois. En clair, le volet Faune du MFFP coûte chaque année, au trésor public, 7 $ par Québécois.

31 commentaires
  • Benoît Landry - Inscrit 10 février 2015 10 h 10

    Fédéral /provincial même combat contre l'écologie

    Après avoir assisté au dématèlement de nombres organisations scientifiques dans le cadre des coupures Harperienne, nous en sommes rendus à poursuivre le travail au provincial avec le néoconservateur Couillard.


    «Quand le dernier arbre aura été abattu - Quand la dernière rivière aura été empoisonnée - Quand le dernier poisson aura été péché - Alors on saura que l'argent ne se mange pas.»

    Cette citation que l'on attribue à un chef amérindien, probablement Geronimo, daterait du milieu du 19e siècle. Et aujourd'hui, des individus supposément éduqués, instruits, nos élus, semblent encore totalement ignorants des conséquences funestes de leurs décisions, car ils s'imaginent encore que l'argent pourra tout réparer.... un jour. C'est désespérant :-/

    • Simone Lussier - Inscrit 10 février 2015 10 h 20

      En effet, c'est comme vivre un deuil énorme... C'est à se demander comment faire pour contourner cette dictature qui n'a aucune écoute pour les citoyens. Ça fait vraiment peur tout ça...

    • Jean-Pierre Corbeil - Inscrit 10 février 2015 11 h 59

      Obscurantisme

      Impensable, au moment où des espèces comme le caribou ont vu leurs effectifs réduits de 80% dans le nord-est du Qc, où le saumon est en danger (on pourrait continuer longtemps), nous allons éliminer ces jeunes chercheurs qui ont fait un travail remarquable jusqu'ici.

      Ces scientifiques sont pourtant beaucoup plus utiles à notre société que ceux qui les expédient au chômage.

      Jean-Pierre Corbeil

    • Monique Bisson - Abonné 10 février 2015 14 h 56

      Merci, M. Landry, pour le rappel de cette citation intemporelle!

      De surcroît, poursuivre la déstructuration de la fonction publique québécoise aura des conséquences irréversibles et néfastes à tous les points de vue, et ce, dans toutes les régions du Québec. Les gestes que pose ce gouvernement, depuis son entrée en fonction, eu égard au rôle unique que joue cette fonction publique dans une société unique telle que la nôtre sont outrageants et irrespectueux. Les cris d'alarme fusent de la Gaspésie à l'Abitibi et, pourtant, ils font la sourde oreille.

      Heureusement, le printemps est à nos portes!

      Monique Bisson, Gatineau

    • Daniel Bérubé - Abonné 10 février 2015 17 h 09

      @ Mr. Carpentier

      Quand vous dite, heureusement, le printemps est proche, j'imagine que vous parlez de manifestation... attendez vous à ce que de nouvelles lois soient mise en place afin de réduire encore plus cette liberté démocratique de s'exprimer... ne pas oublier que nous approchons de l'état policier...

    • Yves Corbeil - Inscrit 11 février 2015 13 h 25

      Bien voyons M.Landry ce n'est pas si grave, selon Mme Carolyn Wilkins dans le devoir de ce matin.

      « Si la faiblesse des cours du pétrole persiste, elle entraînera une réaffectation notable des travailleurs entre les secteurs et les régions au moment où le secteur énergétique ralentira et où les exportations de biens non énergétiques prendront le relais de la croissance »

      Donc en appliquant la même recette avec la faune du Québec, les scientifiques iront vendre des beignes chez Tim Horton ou se convertiront en travailleurs de pipelines...grand avantage ils connaissent le bois chez nous.

  • Jacques Prescott - Inscrit 10 février 2015 10 h 15

    Des coupures coûteuses

    Ces coupures aveugles mettent en en péril l’économie du Québec, la santé et la qualité de vie de la population. En croyant faire des économies, le gouvernement s’expose en réalité à des dépenses accrues en soins de santé, en compensations agricoles, et en aide aux régions. En réduisant les ressources consacrées au suivi de la faune, il condamne les agriculteurs, les pêcheurs, les forestiers, les pourvoyeurs, les opérateurs récréo-touristiques à des pertes substantielles causées par une planification mal documentée et une mauvaise gestion de la biodiversité. Le gouvernement doit respecter ses engagements en matière de protection de la biodiversité et de développement durable et investir dans le suivi des espèces qui contribuent à notre richesse collective.

    • Jean Bédard - Inscrit 10 février 2015 17 h 24

      Je salue le commentaire de M. Prescott, biologiste de formation, qui a contribué à nous informer pendant de nombreuses années, sur les ondes de Radio-Canada entre autres, au sujet des enjeux concernant la faune et la bio-diversité. Merci monsieur Prescott!
      http://ecoconseil.uqac.ca/jacques-prescott/

  • Jacques Prescott - Inscrit 10 février 2015 10 h 31

    Des coupures coûteuses

    Ces coupures aveugles mettent en en péril l’économie du Québec, la santé et la qualité de vie de la population. En croyant faire des économies, le gouvernement s’expose en réalité à des dépenses accrues en soins de santé, en compensations agricoles, et en aide aux régions. En réduisant les ressources consacrées au suivi de la faune, il condamne les agriculteurs, les pêcheurs, les forestiers, les pourvoyeurs, les opérateurs récréo-touristiques à des pertes substantielles causées par une planification mal documentée et une mauvaise gestion de la biodiversité. Le gouvernement doit respecter ses engagements en matière de protection de la biodiversité et de développement durable et investir dans le suivi des espèces qui contribuent à notre richesse collective.

  • Jacques Moreau - Inscrit 10 février 2015 10 h 33

    La respiration pollue l'atmosphère....

    Je comprend l'importance que l'on doit accorder à notre environnement, mais il faut tout de même respirer. Nous ne pouvons pas retourner au temps anciens ou l'on vivait de chasse, pêche, et un peu d'agriculture, ou de fruits sauvages. Ça c'est très clair pour tout le monde. On pourrait retourner avant l'automobile, voiture tirées par des chevaux, qui laissent des crottins dans les rues. Pas de mécanisation, donc plus de bras dans les champs pour nourrir la population. À quelque part on sent venir d'autre problèmes, spécialement avec les pays qui ne venlent pas revenir en arrière.
    Je crois que nous devons "progresser" en tenant compte de l'environnement. Respirer produit du CO2, m'a-t-on appris; un Gaz à Effet de Serre (GES)

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 10 février 2015 12 h 40

      Bien respectueusement, M. Moreau, je pense que vous simplifiez un peu ce dont il est ici question. On ne parle pas d'arrêter le progrès, de revenir aux voitures tirées par les chevaux ni même de s'empêcher de respirer.

      Bien honnêtement, je pense que si prenez la peine d'y repenser un instant, vous devriez alors convenir avec moi, il me semble, qu'on ne peut laisser place à un développement totalement débridé, sans aucune norme environnementale.

      Ne croyez-vous pas que tout en favorisant le progès, il demeure important, par exemple, de suivre l'avancement des espèces envahissantes sur nos terres et dans notre fleuve, nos lacs et nos rivières ? Ne croyez-vous pas qu'il est important de maintenir la diversité de nos milieux marins au lieu de la voir étranglée et remplacée par la carpe asiatique ou la moule zébrée, ne pensez-vous pas qu'il faille absolument éviter que tous les champs de la vallée du Saint-Laurent soient à perte de vue totalement envahis par la phragmite exotique ?

      N'avez-vous jamais entendu parler de terribles maladies industrielles qui n'auraient jamais été contrôlées si des scientifiques n'avaient pas sonné l'alarme et fourni des données pour aider nos sociétés à effectuer les bons choix de développement, qu'on pense par exemple à l'amiantose ou à la terrible maladie de Minamata dont nous n'aurions pas été exemptés si les dangers de l'empoisonnement au mercure n'avaient pas été démontrés par des scientifiques japonais ?

      Pensez-vous vraiment, monsieur, que le monde peut se développer de façon totalement anarchique, sans aucun fondement scientifique ?

      Je suis convaincu que ce n'est pas cela que vous pensez et que votre intelligence vous amène à convenir avec moi que si vous avez tenté de faire un peu d'humour dans votre propos, en fin de compte, la situation est critique et mérite qu'on s'en inquiète.

      Bonne journée monsieur.

    • Benoît Landry - Inscrit 10 février 2015 13 h 02

      M. Moreau, entre revenir en arrière comme vous le décrivez d'une manière exagérement simpliste et l'aveuglement volontaire de nos «élites» politiques, il y a un océan de solutions.

      Ben oui respirer produit du gaz carbonique, c'est pour ça que sur la planète il est nécessaire d'avoir le maximum d'arbres, de végétaux et de plans d'eau en santé afin que le phénomène de photosynthèse compense cette production de CO2 en le transformant en Oxygène. L'eau aussi est nécessaire à la vie, mais on peut s'y noyer quand on ne fait pas attention... Voilà certaines réalités scientifique,s mais je doute que nos élus soient au courant de ce qui est nécessaire à la vie... en passant l'argent n'est pas nécessaire à la vie.

  • Jacques Morissette - Abonné 10 février 2015 10 h 34

    La vision de certains n'est pas très large.

    Ça n'augure rien de très sain pour une population. Un bon moyen pour faire que le bateau prenne l'eau à l'insu d'une certaine objectivité.