Le Canada manque d’informations sur les impacts du pétrole lourd

Le pipeline de TransCanada doit traverser de nombreuses rivières majeures du sud du Québec, mais aussi le fleuve Saint-Laurent.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le pipeline de TransCanada doit traverser de nombreuses rivières majeures du sud du Québec, mais aussi le fleuve Saint-Laurent.

Bien qu’il se fasse le promoteur d’importants projets de pipelines d’exportation, le gouvernement fédéral manque résolument d’information pour évaluer les impacts d’un déversement de pétrole des sables bitumineux en milieu aquatique.

II existe un « manque évident de données concernant les effets écotoxicologiques » du pétrole extrait des sables bitumineux, conclut ainsi un rapport préliminaire commandé par Ottawa en 2013 et qui n’avait jamais été publié jusqu’à présent. Greenpeace en a finalement obtenu copie, à la suite d’une demande d’accès à l’information.

Ce document de 260 pages souligne notamment des lacunes importantes dans l’évaluation des caractéristiques physiques et chimiques du pétrole lorsqu’il se déverse dans un milieu aquatique, qu’il s’agisse d’un lac, d’une rivière, d’un fleuve ou d’un océan.

Les impacts toxiques d’un déversement sur les espèces aquatiques comportent eux aussi d’importantes zones grises. « Il existe un manque de données sur les effets du bitume pour les écosystèmes aquatiques, spécialement pour les poissons et d’autres espèces sentinelles », concluent les auteurs du rapport commandé dans la foulée des inquiétudes soulevées par le projet de pipeline Northern Gateway.

Le rapport préliminaire met en évidence des lacunes en ce qui a trait aux effets, notamment, des HAP. Or, ces composés chimiques présentent une forte toxicité. On montre du doigt un manque de rigueur dans les programmes de suivi dans les régions où sont exploités les sables bitumineux.

Selon le texte du rapport, il serait donc « impératif » d’étudier davantage les effets du pétrole sur les écosystèmes aquatiques. Jusqu’à présent, le gouvernement fédéral n’a rien annoncé en ce sens.

Réagissant à la publication de ce rapport préliminaire, Pêches et Océans Canada a fait valoir qu’un rapport final et complet est en préparation et qu’il devrait être publié au cours des prochains mois.

Mais pour le NPD, l’absence de publication d’un quelconque rapport depuis 2013 démontre que les conservateurs tentent d’éviter toute critique de l’industrie de l’énergie fossile, qu’ils défendent sur toutes les tribunes. « Ça me laisse croire qu’ils tentent de cacher quelque chose », a faitvaloir lundi la porte-parole du parti en matière d’Environnement, Megan Leslie.

Peut-être Cacouna

Le président du projet Énergie Est de TransCanada, François Poirier, a pour sa part soutenu que plusieurs études ont déjà conclu que le pétrole qui sera transporté dans ce pipeline se comportera comme n’importe quel autre type de pétrole.

Au cours d’une allocution devant le Cercle canadien d’Ottawa, François Poirier a par ailleurs réaffirmé que le projet de port pétrolier de Cacouna fait toujours partie des plans de la pétrolière albertaine.

Ce port, s’il est construit, se situera en plein coeur de la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent, une espèce en voie de disparition. Les spécialistes de l’espèce ont d’ailleurs déjà souligné que la construction d’un tel port pourrait accélérer le déclinde ces mammifères marins.

En marge de son allocution, M. Poirier a dit que la multinationale continuait d’étudier divers scénarios. Selon ce qu’il a affirmé, le projet à Cacouna irait de l’avant seulement si l’entreprise a l’assurance qu’il n’y aura pas d’impacts négatifs sur les bélugas. Ce dernier a également affirmé que le projet Énergie Est demeurait rentable sans terminal maritime à Cacouna.

Québec n’a toujours pas commencé l’étude environnementale de la portion québécoise du pipeline de TransCanada. Tout au long de son tracé, le pipeline doit aussi traverser de nombreuses rivières majeures du sud du Québec, dont plusieurs sont utilisées comme source d’eau potable par les municipalités. Il doit aussi traverser le fleuve Saint-Laurent.

8 commentaires
  • Nicole Moreau - Inscrite 3 février 2015 08 h 18

    on le savait, mais cette étude le confirme

    avant de donner son aval à ce pipeline, il serait essentiel de mieux connaître les risques associés à des déversements, voire à des fuites que certains jugent "indétectables" mais qui sont importantes, seule façon de pallier aux risques déjà vus comme majeurs pour plusieurs cours d'eau

    tant pis si cela prend beaucoup, beaucoup de temps, la santé de la population et l'accès à l'eau potable, ainsi que la qualité des sols dans ces milieux agricoles de qualité devraient être les priorités absolues des gouvernements qui représentent d'abord les citoyens.

  • Johanne Dion - Inscrit 3 février 2015 08 h 36

    La leçon du Kalamazoo

    Le déversement de 2010 dans un tributaire de la rivière Kalamazoo au Michigan nous a bien démontré comment il est difficile de réparer les dommages causés par le dilbit dans un cours d'eau. Ce désastre est suffisant pour nous faire comprendre que c'est à éviter à tout prix.

    Lien: http://response.restoration.noaa.gov/about/media/o

  • Denis Carrier - Abonné 3 février 2015 08 h 58

    Désinformation flagrante

    «Le président du projet Énergie Est de TransCanada, François Poirier, a pour sa part soutenu que plusieurs études ont déjà conclu que le pétrole qui sera transporté dans ce pipeline se comportera comme n’importe quel autre type de pétrole.»
    Cette affirmation est tout à fait fausse. Le dilbit (bitume dilué) provenant des sables bitumineux doit, pour être assez fluide pour circuler dans un pipeline, être dilué par une grande quantité de solvants. Ces solvants font en sorte que le pétrole transporté ne se comporte pas du tout comme du pétrole conventionel (pétrole léger). En cas de fuite ou de déversement, la partie volatile très inflamable se disperse rapidement d'où son danger d'explosion. Et la partie restante, redevenue lourde, coule au fond d'une rivière ou du Fleuve. Elle ne peut pas être circonscrite à l'aide de moyens flottants, puis pompée. Elle coule au fond et devient littéralement irrécupérable. Il faudrait drager tout le fond du cours d'eau. Parlez-en aux gens qui sont pris avec le dévesrment dans la Kalamazoo. Après cinq ans, ce déversement quand même mineur, n'est toujours pas nettoyé et ne le sera jamais. Les dépôts naturels de sédiments finiront bien par celler cette polution oui mais ... dans quelques siècles. Est-ce ce que nous voulons pour nos rivières et notre St-Laurent? Importer du pétrole conventionnel, en attendant de convertir notre parc automobile à l'électricté, ne comporte pas ce danger.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 3 février 2015 12 h 35

      @ M. Carrier

      En fait, ce pétrole qui ne ferait que passer sur nos terres n'auraient aucun impact sur notre dépendance au pétrole étranger. C'est un faux arguments des tenants du projet que de dire que cela nous rapportera quoi que ce soit du point de vu de l'indépendance énergétique. Ce pétrole ne fera que passer sous notre nez (ou plutôt dans notre verre d'eau) avec tous les problèmes immédiats et potentiels que cela implique, sans aucun avantage.

      Ah oui, c'est vrai, j'oubliais. Combien d'emplois créés déjà? Moins de 100? Nous créerions plus d'emplois en ouvrant un Wal-Mart...

      On n'en veut pas de ce projet; de cette abbération sociale, environnementale et économique; point-barre.

  • Danielle - Inscrit 3 février 2015 09 h 56

    Le Canada ne manque pas d'information, il en veut pas!

  • Gilles Teasdale - Abonné 4 février 2015 10 h 32

    Le titre devrais être.

    Le Canada ne veut pas d'information sur les impacts du pétrole bitumineux su l'environnement.

    • Daniel Bérubé - Abonné 4 février 2015 11 h 48

      Le Devoir serait immédiatement mis sous écoute électronique... s'il ne l'est pas déjà !