Le Canada doit renoncer à son pétrole

Le Canada devrait laisser plus de 85 % de ses ressources dans le sol pour aider la planète à freiner le réchauffement climatique.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Le Canada devrait laisser plus de 85 % de ses ressources dans le sol pour aider la planète à freiner le réchauffement climatique.

Le Canada doit absolument laisser plus de 85 % de ses ressources pétrolières connues dans le sol s’il veut aider l’humanité à éviter la catastrophe climatique qui s’annonce, conclut une nouvelle étude publiée mercredi par la prestigieuse revue Nature.

Globalement, un tiers des réserves pétrolières mondiales, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % du charbon devront rester sous terre, soulignent les auteurs de cette étude intitulée Quelle quantité d’énergies fossiles pouvons-nous exploiter ?.

Pour le Canada, un tel objectif signifierait réduire radicalement la production des sables bitumineux albertains, de façon à ce que celle-ci soit « négligeable » en 2020. Pour le moment, l’exploitation connaît au contraire une croissance soutenue, de sorte que la production quotidienne doit atteindre trois millions de barils par jour en 2020. C’est d’ailleurs dans ce contexte que les pétrolières plaident en faveur de la construction de pipelines.

Haro sur le charbon

Le Moyen-Orient devrait quant à lui renoncer à exploiter près de 40 % de ses réserves pétrolières. La Chine, les États-Unis et la Russie, l’essentiel de leur charbon. L’utilisation de cette ressource, la plus polluante des énergies fossiles, connaît plutôt une croissance année après année dans le monde. La combustion du charbon représente déjà 44 % des émissions mondiales de carbone produites par le secteur énergétique.

Ces « contributions » à la lutte contre les changements climatiques, si elles se concrétisaient, permettraient de respecter les limites fixées par la science, soit une hausse du thermomètre mondial de 2 °C d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère pré-industrielle.

Selon l’ONU, l’humanité doit absolument limiter ses émissions futures de CO2 à environ 1000 milliards de tonnes, après en avoir déjà émis 2000 milliards. Or les émissions que générerait l’utilisation des réserves connues d’énergies fossiles sont évaluées à 3000 milliards de tonnes.

Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il faudrait réduire les émissions mondiales de 40 à 70 % d’ici 2050 (par rapport à 2010) et les faire complètement disparaître en 2100.

Contradictions

« Les hommes politiques doivent réaliser que leur instinct consistant à recourir aux énergies fossiles disponibles sur leur territoire est incompatible avec leur engagement à tenir l’objectif de 2 °C », a commenté Christophe McGlade, coauteur de l’étude publiée dans Nature.

Si la tendance actuelle se maintient, la planète devrait connaître une hausse de 3 °C à 4 °C au cours du présent siècle. En plus de la pléthore d’impacts environnementaux, la sécurité alimentaire de millions d’êtres humains sera alors menacée, les ressources d’eau potable risquent d’être réduites, des populations entières seront forcées de migrer et les conflits pour l’accès aux ressources se multiplieront.

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