Ottawa prend conscience de la menace de la carpe asiatique

Pêches et Océans pourra donc délivrer des permis de pêche visant les espèces aquatiques envahissantes, mais aussi autoriser l’utilisation de substances nocives pour éradiquer ces espèces ou les combattre.
Photo: Mira Oberman Agence France-Presse Pêches et Océans pourra donc délivrer des permis de pêche visant les espèces aquatiques envahissantes, mais aussi autoriser l’utilisation de substances nocives pour éradiquer ces espèces ou les combattre.

Disant prendre acte de la « menace croissante » que représentent les espèces aquatiques envahissantes, Ottawa entend adopter un nouveau règlement de contrôle visant surtout la carpe asiatique, véritable fléau environnemental qui sévit déjà aux États-Unis.

Selon les informations rendues publiques vendredi par le gouvernement Harper, le règlement proposé doit fournir un « cadre réglementaire national » pour aider à prévenir l’introduction intentionnelle ou non d’espèces aquatiques envahissantes en provenance de l’étranger. Le règlement vise aussi le déplacement d’espèces entre les provinces et entre les écosystèmes d’une même région.

Pêches et Océans pourra donc délivrer des permis de pêche visant les espèces aquatiques envahissantes, mais aussi autoriser l’utilisation de substances nocives pour éradiquer ces espèces ou les combattre. L’Agence des services frontaliers du Canada aura également davantage de pouvoir pour faire stopper à la frontière des navires afin de vérifier s’ils transportent des espèces indésirables.

La carpe menace

Reste à voir si ces mesures auront la moindre efficacité contre la carpe asiatique, qui peut notamment s’introduire au Canada par des canaux reliant les Grands Lacs.

La carpe asiatique, ce sont en fait quatre espèces de carpes introduites dans les années 70 dans les exploitations piscicoles du sud des États-Unis. Mais ces poissons se sont retrouvés dans le bassin du Mississippi à la suite d’inondations. Les carpes ont alors réussi à remonter le mythique fleuve et à envahir les cours d’eau rattachés à celui-ci sur une distance de plus de 1500 kilomètres. Tout cela, en moins de 20 ans.

Leur capacité d’adaptation a d’ailleurs été phénoménale. Dans la rivière Illinois, à quelques dizaines de kilomètres des Grands Lacs, les carpes représentent à certains endroits la quasi-totalité de la biomasse animale du cours d’eau.

Prédateur indélogeable, une telle bête peut mesurer jusqu’à un mètre, dépasser les 45 livres et vivre plus de 20 ans. Elle pèse au moins deux livres après sa première année de vie, ce qui fait qu’elle ne peut être une proie pour d’autres espèces. Elle mange chaque jour l’équivalent du tiers de son poids.

Pour tenter tant bien que mal de contrer la menace, Washington a financé au début des années 2000 la construction d’une barrière électrique dans le canal qui traverse Chicago et qui permet auxnavires de commerce de gagner le lac Michigan.

Les recherches menées dans les dernières années ont toutefois permis de détecter de l’ADN de carpe asiatique dans le lac Michigan. En 2010, une carpe adulte a même été repêchée bien au-delà de la barrière censée l’arrêter. Des carpes de roseau ont aussi été capturées dans les lacs Huron, Érié et Ontario. Elles pourraient donc arriver jusqu’au Québec, puisqu’elles peuvent très bien s’adapter au climat nordique.

« Si ces espèces s’établissent au Canada, peu d’options s’offriront à nous », résume Nick Mandrak, spécialiste des pêches en eau douce du Laboratoire des Grands Lacs pour les pêches et les sciences aquatiques, à Burlington.

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