Les changements climatiques menacent la sécurité alimentaire, selon la Banque mondiale

Le réchauffement climatique pourrait réduire la production agricole de moitié par endroits. Ci-dessus, un Afghan fauche le blé à Mazari Sharif.
Photo: Farshad Usyan Agence France-Presse Le réchauffement climatique pourrait réduire la production agricole de moitié par endroits. Ci-dessus, un Afghan fauche le blé à Mazari Sharif.

Le réchauffement climatique risque d’aggraver « considérablement » la pauvreté sur le globe en asséchant les récoltes agricoles et en menaçant la sécurité alimentaire de millions de personnes, a avertit la Banque mondiale (BM) dimanche.

« Sans une action forte et rapide, le réchauffement […] et ses conséquences pourraient considérablement aggraver la pauvreté dans de nombreuses régions du globe », prévient l’institution phare du développement dans un rapport publié un an avant la conférence de Paris sur le climat.

Sécheresse, canicule, acidification des océans, raréfaction de l’accès à l’eau… la BM se projette dans un scénario où la communauté internationale n’aurait pas atteint son objectif de limiter la hausse du thermomètre mondial de +2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, contre +0,8 °C actuellement.

Des événements climatiques « extrêmes » qui surviennent aujourd’hui « une fois par siècle » pourraient alors devenir la « nouvelle norme climatique », prévient l’institution, qui sonne particulièrement l’alarme sur trois régions du globe (Amérique latine, Moyen-Orient et Europe orientale).

Le rendement des cultures de soja pourrait ainsi chuter de 30 à 70 % au Brésil tandis que celui du blé risquerait d’être amputé de moitié en Amérique centrale ou en Tunisie, avance le rapport qui a été réalisé avec l’apport de l’Institut de recherches sur l’impact climatique de Potsdam (Allemagne).

« Les conséquences pour le développement seraient graves avec un déclin des récoltes, un recul des ressources aquatiques, une montée des eaux et la vie de millions de personnes mises en danger, » énumère la Banque, ajoutant que les populations « les plus pauvres » et les plus « exclues socialement » en seront les premières victimes.

Selon le scénario noir d’un réchauffement de +4 °C, jusqu’à 80 % du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud pourraient être frappés par des vagues de chaleur d’une ampleur « sans précédent » au risque de provoquer de vastes vagues de migration, ajoute le document.

« Il est clair que nous ne pouvons pas continuer sur cette voie d’émissions [de CO2] croissantes et non maîtrisées », écrit en avant-propos le président de la BM, Jim Yong Kim, au moment où la mobilisation sur le climat semble reprendre un peu d’allant.

Les deux pays les plus pollueurs de la planète, les États-Unis et la Chine, ont scellé le 12 novembre un accord inédit pour freiner leurs émissions de dioxyde de carbone.

Après de longues tractations, le Fonds vert de l’ONU vient par ailleurs de recevoir ses premières dotations de 9,3 milliards de dollars et pourra commencer à aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement climatique.

Urgence

Mais la Banque mondiale assure qu’il faudra aller plus loin, notamment pour atteindre son but d’une éradication de l’extrême pauvreté d’ici à 2030.

Cet objectif s’annonce déjà « compliqué » dans un monde à +2 °C, mais pourrait être tout simplement « hors de portée » en cas de hausse de 4 °C du thermomètre mondial, s’inquiète la Banque mondiale.

L’institution estime également que la marge de manoeuvre de la communauté internationale se rétrécit alors que débute début décembre à Lima (Pérou) une réunion préparatoire à la conférence de Paris.

« Il y a des preuves croissantes que, même avec de très ambitieuses mesures de contrôle, un réchauffement proche de 1,5 °C […] d’ici à la moitié du siècle ne soit pas déjà ancré dans l’atmosphère » et que certains dérèglements climatiques soient déjà « inévitables », assure la BM.

Dans son rapport, l’institution appelle plus globalement les pays à s’extraire des stratégies de croissance économique « intenables » tout en assurant qu’ils n’auront pas à renoncer à leur expansion et à leur développement, comme le redoutent certains grands pays émergents. « Une action urgente est nécessaire sur le changement climatique, mais elle n’a pas à se faire au détriment de la croissance économique », assure M. Kim.

9 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 24 novembre 2014 03 h 16

    une nouvelle alerte

    Les indications apportées par la Banque mondiale mobiliseront-elles le personnel politique, avant le "sommet" de Paris ? L' urgence est là. Des décisions fortes, contraignantes doivent être prises pour limiter le réchauffement climatique, borner ses tragiques conséquences pour les populations les plus fragiles, les plus menacées.

    • Murray Henley - Inscrit 24 novembre 2014 21 h 32

      Les alertes font partie de la mise en scène. À chaque fois qu'une conférence sur le climat approche, les organismes internationaux et onusiens préparent le terrain en répétant ces alertes déjà entendues ad nauseam depuis plus de 20 ans.

      La plupart des médias diffusent ces avertissements sans la moindre revue critique.

      Toutefois, il n'y a pas de nouvelles informations, car ce sont toujours celles proposées par le GIEC qui sont considérées comme la vérité indubitable. On rejoue sans cesse les mêmes mises en garde. Ceux qui osent émettre des doutes sur les modèles et prévisions du GIEC sont traités avec condescendance et associés aux dénialistes de l'Holocause et aux croyants en la Terre Plate.

      Au Québec en particulier, le discours politique et médiatique est à sens unique, et rares sont ceux qui pensent que la question des changements climatiques est même discutable.

      Et pourtant, ceux qui sont curieux peuvent facilement trouver des sources crédibles qui remettent en cause l'alarmisme climatique.

      Heureusement, il y a des gouvernements qui font semblant de jouer le jeu mais qui s'assureront qu'aucun accord contraignant ne sortira du Sommet de Paris en 2015.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 novembre 2014 07 h 26

    La Banque

    Les scientifiques, les écologistes et la plupart du monde qui ont des yeux pour voir le disent depuis des lunes. Maintenant que c’est La Banque qui le dit, nos dirigeants vont-ils écouter ?

    Étrange monde où ce sont les Banquier qui prônent pour la préservation de notre planète ! Évidemment, si le climat nuit à la prospérité… les rentrées de fond vont diminuer. Y a comme une certaine logique là-dedans. Ce n’est pas vraiment humanitaire, mais je vais prendre ce qui passe si c’est utile. Allez messieurs les Banquiers, protégez votre mise.

    PL

  • Emmanuel Denis - Inscrit 24 novembre 2014 10 h 30

    Les pesticides appauvrissent les sols,tuent les insectes pollinisateurs,causent des cancers !

    Québec doit financer l'agriculture biologique et les pesticides biologiques pour freiner l'explosion des cancers causés par les pesticides ultradangereux se retrouvant dans nos fruits/légumes, nos céréales et dans notre eau potable: les usines de filtration ne peuvent toujours pas filtrer les pesticides...

    Pour ceux qui ne me croient pas, regardez absolument ce film gratuit sur Youtube concernant la multinationale de pesticides Monsanto sur ce lien http://www.youtube.com/watch?v=VTX3ClI44es

    Il y a aussi le livre best-sellers « Notre poison quotidien » qui éveillera votre conscience sanitaire sur les dangers quotidiens des pesticides qu'on consomme chaque jour dans notre assiette...

  • Danielle Caron - Inscrite 24 novembre 2014 11 h 15

    2 ans plus tard au Québec

    Quelque chose nous échappe au Québec avec la diffusion des nouvelles. Dans les milieux anglophones du continent - et en Europe, cette nouvelle n'en est plus une depuis au moins deux ans, je dirais (peut-être même davantage). Comment se fait-il, dans l'univers sur-médiatisé dans lequel nous évoluons, que l'on découvre cela uniquement aujourd'hui?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 novembre 2014 15 h 09

      Ça ne doit pas être le premier rapport car j'ai lu cette nouvelle dans ce journal même il y a quelque mois. Sans vouloir vous contredire.

      PL

    • Hal Perry - Abonné 24 novembre 2014 21 h 59

      En tant qu'enseignant, je sais que malgré que je renouvelle mes contenus périodiquement, plusieurs éléments doivent être revus, repris car ils sont trop facilement oubliés. C'est comparable à une population qui oublie trop rapidement la corruption qui sévit dans notre pays.

      HP

  • Leclerc Éric - Inscrit 24 novembre 2014 14 h 10

    Prix plus élevés en supermarchés et chambardements en agriculture

    Les changements climatiques provoqueront une hausse majeure du prix des fruits et légumes et retarderont ou précipiteront les récoltes, ce qui causera soit des surplus soit des pénuries qui pourraient accélérer la détérioration de la qualité des aliments.

    Rien de rassurant pour les agriculteurs québécois.