Pas de chaire de recherche sur le béluga

Au-delà de la controverse soulevée par le projet de chaire de recherche, le problème du financement de la recherche sur le Saint-Laurent demeure entier
Photo: GREMM Au-delà de la controverse soulevée par le projet de chaire de recherche, le problème du financement de la recherche sur le Saint-Laurent demeure entier

Confronté à une vive controverse, l’Institut des sciences de la mer de Rimouski a finalement décidé de ne pas accepter l’offre de TransCanada de créer une chaire de recherche sur le Saint-Laurent axée sur le béluga.

Le Devoir révélait le 7 novembre dernier que l’Institut des sciences de la mer (ISMER), composante de l’Université du Québec à Rimouski, avait reçu des offres de TransCanada. La pétrolière albertaine proposait de financer une chaire de recherche sur le béluga, alors même que son projet de port pétrolier de Cacouna pourrait accélérer le déclin de l’espèce.

Des discussions étaient alors en cours entre l’établissement universitaire et TransCanada. « Nous avons eu deux rencontres avec TransCanada portant sur leur intérêt à soutenir la recherche sur l’estuaire, avait précisé la directrice de l’ISMER, Ariane Plourde. Mais nous ne sommes pas au stade de confirmer si nous allons de l’avant ou pas. »

Si cette initiative avait déjà provoqué une certaine controverse au sein du personnel de l’établissement, les révélations du Devoir ont entraîné une avalanche de critiques, selon Émilien Pelletier, professeur à l’ISMER. Certains ont accusé l’ISMER de « vendre » sa crédibilité, ou alors de se faire complice d’une entreprise qui pilote un projet pour le moins controversé.

La direction de l’ISMER et le corps professoral ont donc décidé jeudi de laisser tomber la proposition de TransCanada. « Il est devenu évident que nous ne pouvons pas aller dans le sens de la proposition de la compagnie », a résumé M. Pelletier.

L’idée de financer de la recherche scientifique est inscrite clairement dans le « plan stratégique » élaboré par la firme Edelman pour tenter de convaincre le Québec d’accepter le passage du pipeline Énergie Est. Edelman estime ainsi que « soutenir une campagne majeure de financement d’une université québécoise tout en contribuant à ses efforts dans la recherche environnementale pourrait aider à démontrer le sérieux de TransCanada par rapport à ces enjeux, mais aussi contribuer à améliorer l’image de la compagnie ».

Au-delà de la controverse soulevée par le projet de chaire de recherche, le problème du financement de la recherche sur le Saint-Laurent demeure entier, selon Émilien Pelletier. Le contexte est encore plus difficile depuis que le gouvernement Harper a décidé d’imposer des compressions majeures à l’Institut Maurice-Lamontagne (IML), un centre de recherche de Pêches et Océans Canada. C’est notamment grâce aux chercheurs de l’IML qu’on a découvert les énormes problèmes qui affectent le béluga du Saint-Laurent.

Avec ou sans chaire de recherche financée par TransCanada, les spécialistes du béluga affirment d’ores et déjà que le port pétrolier de Cacouna pourrait signer l’arrêt de mort de ces mammifères menacés de disparition.

Dans les documents remis à l’Office national de l’énergie, TransCanada reconnaît clairement que le terminal où seront chargés les pétroliers sera construit directement dans l’« habitat critique » du béluga. L’entreprise souligne aussi le risque que représente la pollution sonore sous-marine. Mais elle estime que la présence de la jetée de 500 mètres où viendront s’amarrer des pétroliers de 250 mètres de longueur n’aura pas d’impact sur les bélugas.

Jusqu’à 175 pétroliers pourraient venir jeter l’ancre en plein coeur de la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent chaque année. Le pipeline Énergie Est fera couler vers le Québec pas moins de 400 millions de barils de brut albertain chaque année.

http://www.youtube.com/watch?v=stHNr3DR-mU