Chacun des mois de 2014 a battu des records de chaleur

N’en déplaise aux climato-sceptiques, les hausses de températures dans le monde ne semblent pas marquer la moindre pause. De nouvelles données dévoilées jeudi par l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) indiquent au contraire que chaque mois depuis le début de l’année 2014 a battu des records de chaleur.

En fait, les dix premiers mois de l’année ont chacun été les plus chauds enregistrés sur la planète depuis le début des relevés de température en 1880. Le mois d’octobre a été le plus chaud depuis 1880 et il s’agit également du 38e mois d’octobre consécutif au cours duquel la température du globe était au-dessus de la moyenne de celle du XXe siècle, atteignant 14,74 degrés, a précisé la NOAA.

Pour la période de janvier à octobre 2014, la température moyenne combinée à la surface des océans et des terres s’est établie à 10,3 degrés, dépassant ainsi de 1,05 degré la moyenne du siècle dernier.

Les indices pointant vers un réchauffement de la planète ne cessent d’ailleurs de s’accumuler depuis quelques années. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) notait ce printemps que l’année 2013 « se classe au sixième rang, ex aequo avec 2007, des années les plus chaudes jamais enregistrées ».

Qui plus est, le XXIe siècle compte déjà 13 des 14 années les plus chaudes jamais observées et « chacune des trois dernières décennies s’est révélée plus chaude que la précédente, la décennie 2001-2010 battant tous les records », notait le rapport de l’organe de l’ONU. « Le réchauffement du climat ne marque aucune pause », avait alors déclaré le secrétaire général de l’OMM, Michel Jarraud.

Le prix de l’inaction

L’inaction internationale en matière de lutte contre les changements climatiques place actuellement la planète sur une trajectoire qui risque de mener à une hausse du thermomètre de 3 à 5 °C d’ici la fin du siècle.

Or, un tel bond « aurait des conséquences désastreuses en matière d’événements climatiques extrêmes et d’élévation du niveau de la mer et entraînerait d’énormes coûts économiques et sociaux », selon un rapport produit par l’Agence internationale de l’énergie.

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) précise que les bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine posent une sérieuse menace pour l’approvisionnement alimentaire mondial. Plusieurs cultures alimentaires essentielles comme le riz, le blé et le maïs seront d’ailleurs de plus en plus malmenées au cours des prochaines années. La baisse pourrait être de l’ordre de 2 % par décennie, alors que la demande risque de bondir de 14 % d’ici à 2050. Les pêcheries mondiales risquent aussi d’encaisser des reculs significatifs.

Émissions de GES

Ces bouleversements sans précédent sont directement liés aux émissions croissantes de gaz à effet de serre (GES) résultant de l’activité humaine. Éviter le pire impliquerait donc d’opérer rapidement un virage sans précédent dans l’histoire de l’économie mondiale. Selon les scientifiques, il faudrait réduire les émissions mondiales de 40 à 70 % d’ici 2050 (par rapport à 2010) et les faire complètement disparaître en 2100. À titre de comparaison, les émissions de GES du Canada doivent au contraire poursuivre leur croissance marquée, en raison de l’exploitation pétrolière.

Cette nécessaire refonte en profondeur de notre modèle énergétique exigerait des investissements de plusieurs centaines de milliards de dollars par an d’ici 2030, notamment pour des mesures d’efficacité énergétique et la production décarbonée d’électricité. Le GIEC mise aussi sur le développement de la technologie de la capture et du stockage du carbone, une technique qui est pour le moment expérimentale. Lutter contre les changements climatiques ne nuirait pas pour autant à la croissance de l’économie mondiale, estiment les experts.

Les tractations internationales en vue de parvenir à un accord sur le climat à Paris, en 2015, s’annoncent pour le moins ardues. Des pays comme les États-Unis et le Canada veulent imposer des efforts de réduction de GES à tous les pays, une allusion directe à des pays comme la Chine et l’Inde. C’est d’ailleurs là un noeud majeur dans les négociations. Ces deux importants émetteurs de GES, fortement dépendants du charbon, tiennent au contraire mordicus au principe voulant que les pays développés aient une « responsabilité historique », donc plus grande, dans les bouleversements du climat.