TransCanada se défend de vouloir instrumentaliser Lac-Mégantic

TransCanada cherche à désenclaver le pétrole albertain par divers projets de pipeline, dont Énergie Est et Keystone XL.
Photo: Sue Ogrocki Associated Press TransCanada cherche à désenclaver le pétrole albertain par divers projets de pipeline, dont Énergie Est et Keystone XL.

TransCanada se défend de vouloir récupérer la tragédie de Lac-Mégantic pour pousser le projet Énergie Est dans le cadre de son « plan stratégique » visant les Québécois. L’entreprise affirme plutôt miser sur la « science » pour promouvoir le transport de pétrole des sables bitumineux, tandis que Québec se dit imperméable à toute campagne de la pétrolière.

Le plan confidentiel et très détaillé révélé mardi par les médias souligne que les Québécois sont devenus très sceptiques par rapport au transport de pétrole par train depuis la catastrophe de Lac-Mégantic. Dans ce contexte, le rapport produit par la firme albertaine Edelman (voir texte ci-contre) juge opportun de présenter le pipeline comme « une réponse à cette préoccupation ».

Le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, a toutefois soutenu mardi que cet événement « extrêmement sensible » ne servirait pas à faire la promotion du projet Énergie Est. Et selon lui, il ne s’agit pas de choisir entre les moyens de transporter une production pétrolière albertaine en pleine croissance. « Les trains peuvent très efficacement servir de complément aux pipelines », a-t-il souligné.

M. Duboyce a aussi dit que la décision d’établir une stratégie pour convaincre les Québécois était une nécessité pour TransCanada. Mais cette campagne ciblée et se déclinant sur plusieurs fronts s’appuiera uniquement sur des faits. « Les agissements de TransCanada sont basés sur les faits et sur la science », a-t-il assuré.

Il en veut pour preuve le projet de financement d’une chaire universitaire sur le béluga, alors que la construction d’un port pétrolier à Cacouna pourrait contribuer à l’extinction de cette espèce. M. Duboyce estime que les chercheurs qui y travailleraient seraient « libres et indépendants ». « Ce n’est pas un exercice de relations publiques. C’est vraiment un exercice de science. » Le plan de relations publiques pour le Québec élaboré par Edelman mentionne cependant spécifiquement ce type d’investissement.

Pas d’influence

À Québec, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a répété mardi que le gouvernement Couillard est imperméable aux influences de campagnes comme celle élaborée par Edelman pour TransCanada. « Les gouvernements sont là pour prendre les meilleures décisions et chaque fois qu’on prend une décision, c’est l’intérêt public qui doit prévaloir », a soutenu le ministre à la sortie du caucus libéral.

M. Arcand a participé en septembre dernier à un souper organisé et payé par TransCanada à Montréal. Le ministre y a prononcé une allocution. La pétrolière a aussi profité de l’événement pour présenter son projet à un parterre de gens du monde des affaires et du milieu de la politique influents au Québec. L’utilité d’organiser un tel événement est clairement inscrite dans le « plan stratégique » d’Edelman.

Le lendemain de sa participation au souper de la pétrolière albertaine, Pierre Arcand a livré un plaidoyer en faveur d’Énergie Est, y voyant quelque chose qui peut être « extrêmement positif » pour le Québec. Le ministre a alors répété les chiffres mis en avant par TransCanada pour vanter les retombées économiques pour le Québec.

En attendant le BAPE

Mardi, M. Arcand a plutôt souligné la nécessité de mener des études « intelligentes et impartiales » afin de prendre « les meilleures décisions ». Le gouvernement Couillard a promis le 30 mai dernier de mandater le BAPE pour étudier le projet Énergie Est. Rien n’a été annoncé depuis. Dans les faits, c’est Ottawa qui doit autoriser ou non la construction de 700 kilomètres de pipeline en sol québécois.

Interpellé par le député péquiste Bernard Drainville, le ministre a en outre refusé de condamner la stratégie de relations publiques révélée mardi. Celle-ci stipule qu’il faut nuire aux opposants, éduquer les Québécois aux vertus du pétrole et répéter constamment les bénéfices économiques attendus. Selon le député solidaire Amir Khadir, cette stratégie constitue manifestement de la « manipulation ».

10 commentaires
  • Denise Lauzon - Inscrite 19 novembre 2014 02 h 42

    Le mot clé: manipulation

    Je suis bien d'accord avec Amir Khadir pour dire que TransCanada tente de MANIPULER l'opinion publique avec des arguments et des stratégies fort discutables.

    Une chance qu'on a Greenpeace et les journalistes pour nous informer sur ces grands enjeux environnementaux.

    On voit souvent des images montrant ces tuyaux devant servir à la construction de l'oléoduc. Il faut croire que TransCanada est plus que prêt a exécuter ce projet, que pour eux le temps presse.

  • Henri Gazeau - Inscrit 19 novembre 2014 06 h 17

    CVH – Un discours par-ci, un discours par-là

    SEPTEMBRE 2014 – Le ministre va souper chez TransCanada – une activité recommandée par Edelman. À cette occasion, TransCanada présente son projet Énergie Est à des gens d'affaires et des politiciens influents. Le lendemain, le ministre plaide en faveur du projet en répétant les chiffres entendus au souper la veille.

    NOVEMBRE 2014 – Le ministre : «Le gouvernement est imperméable aux influences de campagnes comme celle élaborée par Edelman pour TransCanada».

    CONCLUSION N° 1 – L'automne venu, le gouvernement, prévoyant, a acheté un imperméable.

    CONCLUSION N° 2 – Le journaliste a mal entendu. Il fallait lire : «Le gouvernement est TRÈS perméable aux influences de campagnes comme celle élaborée par Edelman pour TransCanada».

    • Gilles Delisle - Abonné 19 novembre 2014 08 h 03

      Bien dit! Un autre ministre libéral qui a dû souper à genoux!

  • Pierre Labelle - Inscrit 19 novembre 2014 06 h 18

    Récupération.

    Récupérer une tragédie qui a fauchée 47 vies humaines pour essayer de nous rentrés dans la gosier leur maudit pipeline, ce n'est plus de la manipulation c'est carrément de la grossière indécence. Cette compagnie albertaine semble prête à tout pour parvenir à ses fins, et nous simples citoyens, à quoi sommes-nous prêt pour protéger notre environnement?

  • Marie-Claude Delisle - Inscrit 19 novembre 2014 09 h 21

    Argument déjà entendu

    J'avais, avec horreur, entendu cet argument au lendemain du drame de Mégantic : alors là ils vont le vouloir le pipeline les Québécois (sous-entendant que ça ferait disparaître les trains pétroliers)
    Or deux faussetés :
    - le pipeline est dangereux à de multiples point de vue. Et les déversements qui auront lieu ne seront pas nettoyables, et les secours tardent déjà à venir aux endroits où ils existent.
    - les trains ne sont pas près de diparaître pour autant ! Et des trains à un seul conducteur et sur des voies mal entretenues et dans des régions vastes comme des pays où les secours tarderont à venir.
    Et dans tous les cas, les profits ne nous reviendront pas. c'est le laminage du Québec, c'est l'abattage du Québec.

    Le pétrole c'est non et d'accord avec M. Kadir : c'est une idée du 20e siècle. Passons au 21e siècle et sauvons ce que cet ère nous a laissé (pas épais à certains endroits)

  • Sylvie Paquerot - Inscrit 19 novembre 2014 11 h 27

    intérêt public, intérêt général... que de crimes n'a-t-on commis en ton nom

    Faut-il rappeler que ce sont en général les gens au pouvoir qui définissent l'intérêt public et qu'ils ont une facheurse tendance à considérer normal de "faire le bien des gens malgré eux". Combien de communautés, combien de personnes, se sont vu dénier leurs droits les plus dondamentaux au nom de l'intérêt public ou de l'ordre public?
    C'est bien au nom de cet intérêt général qu'on a tué Rémi Fraisse, en France, dans le Tarn, il y a quelques semaines, et c'est bien au nom de cet intérêt dit général que nos gouvernements défendent avec acharnement les intérêts particuliers dominants... Gardez-vous une petite gêne M. Arcand.

    • André Leblanc - Inscrit 20 novembre 2014 04 h 05

      intérêt public, intérêt général... que de crimes n'a-t-on commis en ton nom

      Ca madame c'est de la gauche a 100%. PQ et QS en plein dans le mille.