Les déchets et l’armement suscitent l’inquiétude

Si l’exploitation de la filière uranifère est frappée d’un moratoire au Québec, l’Alberta compte notamment la mine Sue E sur le site McClean Lake, au nord.
Photo: David Boily La Presse canadienne Si l’exploitation de la filière uranifère est frappée d’un moratoire au Québec, l’Alberta compte notamment la mine Sue E sur le site McClean Lake, au nord.

Le porte-parole de la Coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, Ugo Lapointe, a demandé au BAPE, lundi, de recommander le maintien du moratoire sur l’exploitation de l’uranium et lui a suggéré de ne jamais permettre le développement de la filière uranifère pour des raisons de santé, d’environnement, de sécurité, d’éthique et par respect pour les droits des autochtones.

La Coalition a finalement présenté son mémoire devant la Commission du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur les enjeux de la filière uranifère qui a entamé ses audiences à Montréal lundi. Depuis quelques années, l’organisme a suivi assidûment les débats concernant une trentaine de projets miniers d’uranium au Québec dont une douzaine sont en phase « avancée » selon le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

Dans son mémoire, la Coalition, qui représente une trentaine d’organismes de la société civile, explique d’abord que les risques d’exposition aux nombreux radionucléides trouvés dans les mines d’uranium et dans les déchets miniers peuvent être nuisibles à la santé des populations. Elle note que ces déchets contiennent des contaminants qui peuvent causer d’importants ravages en cas d’accident ou de déversement dans l’environnement. « Le problème, c’est qu’on ne sait pas trop ce qui va arriver avec les milliers de tonnes de déchets qui seront laissés sur les sites pendant des années », a indiqué M. Lapointe en mentionnant qu’il n’existe actuellement « aucune méthode éprouvée à long terme pour assurer l’absence de contamination issue des mines d’uranium ».

La Coalition souligne également que le Québec perdrait au change en développant la filière uranifère alors que cette industrie est en déclin depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon. En plus, elle est préoccupée par l’utilisation qui serait faite de l’uranium extrait du sous-sol québécois. « Tous les États disent que leur uranium ne servira pas à l’armement nucléaire, mais d’où vient la matière fissile de leurs armes ? », demande M. Lapointe. La Coalition a fait remarquer que, de toute façon, toutes les municipalités du Nord de même que les communautés autochtones étaient opposées à l’exploitation de l’uranium au Québec. Sans l’acceptabilité sociale, M. Lapointe estime que le Québec devrait donc se tourner dès maintenant vers d’autres types de ressources naturelles et d’énergie qui sont beaucoup moins dommageables pour les générations futures.

Des experts mondiaux entendus

Jusqu’à la mi-décembre, le BAPE se déplacera d’ailleurs dans plusieurs villes du nord du Québec pour permettre aux citoyens et aux organismes de défendre leur mémoire. Plus de 500 personnes ont déposé au total un peu plus de 1500 mémoires sur les enjeux liés à l’uranium. Parmi le lot, on retrouve notamment celui de l’expert allemand Gunter Wippel qui est le cofondateur de l’organisme Uranium Network. Lundi, M. Wippel a raconté aux commissaires que l’Allemagne a encore peine à se débarrasser de ses déchets radioactifs même si ses sites miniers d’uranium sont fermés depuis les années 1990. « La facture de nettoyage s’élève déjà à 7 milliards d’euros, et on n’est pas encore complètement débarrassés de tous les résidus radioactifs », a-t-il indiqué. « Cet exemple devrait être une bonne leçon pour le Québec », a aussitôt renchéri M. Lapointe. « Si l’Allemagne, qui n’est pas sous-équipée en terme de ressources, a encore beaucoup de difficultés à nettoyer ces sites, il semble évident que ce n’est pas la voie à suivre. »