Nouvelle campagne d’«adoption» de bélugas du Saint-Laurent

Le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) vient de lancer une nouvelle campagne d’adoption de bélugas du Saint-Laurent, passage obligé pour financer la poursuite du programme de recherche et de suivi de l’espèce.

Déjà, les villes québécoises riveraines du Saint-Laurent ont décidé d’adopter un total de 10 bélugas. Les villes de Québec, Montréal, Lévis et Tadoussac ont adopté chacune un individu. Une vingtaine de municipalités participent également à l’adoption solidaire d’un groupe de bélugas, à raison de 1 ¢ par citoyen.

L’Alliance des villes des Grands Lacs, l’Aquarium du Québec et l’Aquarium de Vancouver ont aussi décidé de poser le geste symbolique de l’adoption. Les citoyens peuvent également adopter un animal. Au total, 19 bélugas ont récemment été désignés comme étant adoptés.

Béluga montréalais

Dans le cas de Montréal, la Ville a annoncé en septembre qu’elle offrait 22 000 $ pour le financement des travaux de recherche menés par le GREMM. Cette contribution lui donne d’ailleurs le droit de donner le nom de son choix à l’individu désigné comme «adopté» par la Ville. Au moment de lancer la campagne « Adoptez un béluga » lundi, on ne connaissait toutefois pas encore le nom. Ce béluga devenu «Montréalais», et dont on ne connaît pas le sexe, est connu par les chercheurs depuis 1989.

Ce n’est pas la première fois que la Ville pose un tel geste. En 1988 et 1989, la Ville de Montréal a adopté trois bélugas solidairement avec les villes de Québec et Lachine dans le cadre du programme d’adoption du GREMM. À cette époque, la première campagne d’adoption du GREMM avait débouché sur l’adoption de 130 bélugas.

Ces animaux ont tous un nom distinct donné par la personne ou l’organisation qui les parraine. La liste du GREMM présente par exemple le mâle John A. Macdonald, connu depuis 1989, ou encore Miss Frontenac, une femelle connue depuis 2004 et adoptée par le Château Frontenac. La liste comprend également Albert, Bonheur, Perle, Pascolio, Élisabeth et Céline. Céline ? Son nom lui vient d’une touriste venue en croisière sur le Saint-Laurent et qui avait décidé d’adopter un béluga. Or, celle-ci ne connaissait du Québec que le nom de la célèbre chanteuse Céline Dion.

Recherche essentielle

Les fonds recueillis dans le cadre de la nouvelle campagne doivent permettre de financer le Projet Béluga Saint-Laurent. Ce programme permet de faire de la photo-identification des animaux, ce qui permet de reconnaître les individus, mais aussi les secteurs que ceux-ci fréquentent. Il finance aussi le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, qui fait le suivi des animaux retrouvés morts, en difficulté ou alors échoués.

Le programme sert en outre à faire des examens sur les carcasses, de façon à faire un suivi des causes de décès et des pathologies qui affectent la population. Dans un contexte de déclin marqué de l’espèce — il ne resterait que 880 bélugas dans le Saint-Laurent, contre près de 10 000 au début du 20e siècle —, ces travaux sont plus que jamais nécessaires, selon Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM.

À ce déclin s’ajoute la hausse marquée, depuis 2008, des mortalités chez les jeunes bélugas. De nouvelles menaces planent aussi sur l’espèce, dont le projet de construction d’un port pétrolier d’exportation à Cacouna. Ce secteur constitue en effet la pouponnière des bélugas, dont un habitat critique pour assurer sa survie.

Enfin, les travaux de recherche doivent permettre de prendre en partie le relais sur le gouvernement fédéral, qui a mis à mort en 2012 les recherches en écotoxicologie sur le Saint-Laurent menées auparavant par Pêches et Océans Canada.

Pour M. Michaud, l’ensemble de ces volets sont essentiels pour bien comprendre la situation du béluga, une espèce plus que jamais menacée de disparition en raison des impacts de l’activité humaine. Et il faut pour cela trouver le financement. « On a besoin de suivre l’état de santé du béluga et il faut être créatifs dans nos façons de faire », résume-t-il.

L’adoption d’un béluga coûte 5000 $ par an et les parrains pourront prendre des nouvelles de leurs bélugas via un site Web et les réseaux sociaux.