Québec fait table rase du rapport sur les enjeux énergétiques

Quelques mois à peine après la publication de l’imposant rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques, le gouvernement du Québec fait table rase de ses conclusions et recommence depuis le début le processus devant mener à l’adoption de la future politique énergétique.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, s’est toutefois défendu vendredi de jeter à la poubelle le rapport produit à la demande de l’ancien gouvernement, au coût de 1,5 million de dollars. « Le rapport n’est pas tabletté, a-t-il affirmé en entrevue au Devoir. Je vais m’en inspirer. C’est un rapport qui est très important. »

Ce document, intitulé « Maîtriser notre avenir énergétique », avait été rendu public en février par Le Devoir. Fruit de consultations publiques et de l’analyse de plus de 460 mémoires, ce document de 310 pages proposait un virage très ambitieux dans notre façon de consommer l’énergie, un changement qui passerait par une réduction draconienne de notre dépendance aux énergies fossiles.

Selon les auteurs du rapport, Québec devrait aussi absolument revoir en profondeur la stratégie de développement d’Hydro-Québec et freiner les projets hydroélectriques, mais aussi l’éolien, qui font perdre des milliards de dollars à l’État.

Selon Normand Mousseau, ancien coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques, le virage radical proposé dans le rapport ne fait peut-être pas partie de l’ordre du jour du gouvernement Couillard. « Nous avions formulé toute une série de recommandations et nous avions proposé plusieurs orientations. Donc, ce qu’on sent, c’est que ce ne sont pas les orientations qui semblent être dans la lignée de ce que voudrait le ministre [Arcand] pour le moment », a-t-il expliqué vendredi.

« On sent qu’il y a une réticence à faire quelque chose de vraiment global », a ajouté M. Mousseau. Il estime toutefois qu’en cela, le gouvernement péquiste ne différait pas de celui des libéraux.

M. Mousseau croit néanmoins que des changements majeurs devront être à l’ordre du jour, et ce, à court terme. « Nous n’avons pas le choix de réduire notre consommation de pétrole si nous voulons réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020. »

Québec devrait aussi prendre davantage au sérieux la question des importants surplus d’Hydro-Québec, qui coûteront 2 milliards de dollars par année aux contribuables en 2025. M. Arcand a toutefois répété que Québec n’entend pas remettre en question les phases encore à construire du mégaprojet de la rivière Romaine, qui coûteront au total 6,5 milliards de dollars aux Québécois.

Sortir du pétrole

Pierre Arcand a par ailleurs reconnu qu’il existe au Québec un « consensus » selon lequel « il faut se libérer du pétrole ». Reste à établir les « mesures transitoires » qui permettront d’y parvenir, dont l’électrification des transports.

Le ministre n’a pas précisé en quoi il est cohérent de lancer le Québec dans l’exploitation pétrolière tout en voulant réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Il se dit d’ailleurs « confiant » d’atteindre les cibles fixées pour 2020. « Nous avons tous les outils. Le problème, c’est qu’il faut aller plus vite. »

Quant au projet de pipeline de TransCanada, le ministre a souligné qu’il ne s’agissait pas d’exploitation, mais uniquement d’« exportation ». « On ne peut pas élaborer de politique énergétique sans avoir de position définitive sur le projet Énergie Est », a-t-il néanmoins soutenu. La production pétrolière nécessaire pour alimenter le pipeline devrait générer plus de 30 millions de tonnes de GES annuellement.

M. Arcand a présenté vendredi une démarche qui prévoit la diffusion d’ici avril 2015 de quatre documents de réflexion, la mise en place de trois tables d’experts devant se pencher sur différents thèmes et des consultations destinées aux communautés autochtones et au grand public.

Les quatre documents de réflexion toucheront, respectivement, le cadre de réflexion, l’efficacité et l’innovation énergétiques, les énergies renouvelables et les hydrocarbures fossiles.

28 commentaires
  • André Leblanc - Inscrit 8 novembre 2014 06 h 11

    Facile trop facile sans doute

    Le ministre n’a pas précisé en quoi il est cohérent de lancer le Québec dans l’exploitation pétrolière tout en voulant réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES)

    Nous gardons les avantages qui en decoulent,($$$,emplois) et les employons a developper des alternatives.

    Pas compliqué me semble. 16 milliards d'importation que nous pourrions éliminer.

    • Kim Cornelissen - Inscrite 10 novembre 2014 10 h 27

      Je crois que vous ne connaissez pas bien ce dossier... Parce qu'il n'y a pas d'avantages, les emplois sont surtout pour des gens qui arrivent de l'extérieur et qui créent des problèmes pour d'autres secteurs, l'argent n'est pas pour nous et ça nuit au développement des énergies renouvelables qui, elles, apportent des emplois locaux et des économies ou fonds locaux (ex: éolien dans l'Est du Québec, biométhane, biomasse, et cie). Le gaz de schiste est une fable dangereuse et non du développement économique. Ce n'est pas pour rien qu'un peu partout, à commencer par certaines villes du Texas, on le bannit...

  • Marc Rainville - Abonné 8 novembre 2014 07 h 19

    Honte

    Pierre Arcand. Un autre nom que le tribunal de l'Histoire ne retiendra que pour en dire qu'il était lui aussi... aux ordres.

  • Yv Bonnier Viger - Abonné 8 novembre 2014 07 h 21

    Gaspillage éhonté

    SI le rapport comporte des erreurs scientifiques importantes, qu'on le démontre et qu'on en discute. Cependant, rejeter un rapport dont les conclusions ne plaisent pas et en commander un autre relève de la bêtise. Il illustre à souhait que les coupures dans les services, la réforme des services de santé et des services sociaux, l'attitude intransigeante face aux conventions collectives à renouveler dans le secteur public, etc. n'ont rien à voir avec un supposé redressement des finances publiques. C'est un changement des valeurs sociales que l'on veut imposer. Le bien commun n'est plus la boussole de l'État.

    • Danielle Caron - Inscrite 9 novembre 2014 11 h 22

      "Cependant, rejeter un rapport dont les conclusions ne plaisent pas et en commander un autre relève de la bêtise". Tout à fait d'accord.

      Sans compter les coûts associés à l'élaboration d'une nouvelle approche qui, on peut aisément l'imaginer, sera conçue pour plaire à l'anti-démocrate qui règne en maître à Ottawa.

  • Benoît Landry - Abonné 8 novembre 2014 07 h 24

    Belle façon d'économiser

    Ce gouvernement ne voulait pas faire des économies ?

    Refaire des études déjà faites et poursuivre des ouvrages de production d'électrification alors que nous sommes en surplus. Bravo pour votre incohérence.

    Pourquoi je ne suis pas surpris ?

    • Jacques Pruneau - Inscrit 8 novembre 2014 08 h 23

      Sans compter que les rapports ad nauseam, les commissions, les tables rondes d'experts, les consultants, et les ceci-celas de la Grand Famille Libérale, c'est ça les vrais affaires! C'est pour ces petits copains qu'il faut couper et tripoter les garderies, l'aide aux devoirs et autres dépenses farfelues...

      Je ne suis surpris non plus.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 8 novembre 2014 09 h 31

      Il faut savoir lire.
      On ne refera pas la tournée et un nouveau rapport. on examinera le rapport pour ajuster les recommandations suivant le contexte actualisé pour possiblement proposer une politique énergétique pour la prochaine décennie et ensuite élaborer une stratégie énergétique à court terme pour les 3 prochaines années.
      Rien de neuf juste de la routine,
      on va certainement continuer à brader nos ressources pour créer illusion de propérité selon la pure tradition du PLQ

    • Kim Cornelissen - Inscrite 10 novembre 2014 10 h 30

      @Jean-Paul : il y aura consultation, je ne comprends pas ton propos...

  • Jacques Beaudry - Inscrit 8 novembre 2014 07 h 47

    justifier l'immobilisme

    Pour justifier son laxisme dans la politique énergitique à suivre notre docteur-premier ministre relance une consultation. Il a besoin de lire non une mais deux études disant les mêmes vraies affaires sur le sujet pour se convaincre de la bonne voie à suivre.

    • Nicole Moreau - Inscrite 8 novembre 2014 11 h 25

      il me semble que le PLQ souhaite examiner la situation, ce qu'il "vend" aux Québécois, soit il faut réfléchir et, pendant ce temps là, il accorde des autorisations pour les projets pétroliers, sans même que nous ayons des plans d'urgence quand il y aura déversement dans les rivières, dans le fleuve, dans les terres agricoles, etc.

      le gouvernement dit une chose et fait son contraire, à mon avis.