66 000 fois non au gaz de schiste

Les opposants à la filière gazière rappellent que l’implantation de l’industrie nécessiterait de quadriller systématiquement de larges pans du sud de la province, 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les opposants à la filière gazière rappellent que l’implantation de l’industrie nécessiterait de quadriller systématiquement de larges pans du sud de la province, 

Au nom du regroupement Vigilance hydrocarbures, Québec solidaire entend déposer ce jeudi à l’Assemblée nationale 34 000 formulaires signés par des citoyens de la vallée du Saint-Laurent qui s’opposent à la présence de l’industrie du gaz de schiste, a appris Le Devoir. Cela porte à 66 000 le nombre de refus formels dans le sud de la province.

« Même si le gouvernement semble faire la sourde oreille, le message est clair : l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Les citoyens veulent protéger leur milieu de vie », résume l’un des instigateurs de la démarche, Jacques Tétreault.

Les formulaires en question soulignent ainsi que l’exploitation du gaz de schiste comporte « des risques pour l’eau, l’air, les terres, le climat et la santé humaine ». Ils font aussi état des problèmes de fuite des puits, une fois l’exploitation terminée. Même en phase exploratoire, ces risques existent. Les entreprises qui souhaitent exploiter le gaz de schiste ont déjà foré 31 puits dans le sud de la province, dont 19 ont laissé fuir accidentellement du méthane.

Les opposants à la filière gazière rappellent également que l’implantation de l’industrie nécessiterait de quadriller systématiquement de larges pans du sud de la province, essentiellement entre Montréal et Québec. Un total de 12 entreprises contrôlent des permis d’exploration dans les basses terres du Saint-Laurent. La superficie totale couverte est de 28 000 km2.

Non catégorique

Au début de la semaine, le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion, soulignait pourtant que les Québécois pourraient se montrer plus ouverts à la présence des foreuses sur leur territoire. « En 2010, les gens ne comprenaient pas les problèmes énergétiques du Québec. Mais maintenant, ils comprennent qu’il y a un problème avec l’approvisionnement en pétrole et l’approvisionnement sécuritaire en gaz. »

Le président de l’albertaine Questerre proposait du même coup le lancement de projets-pilotes d’exploitation gazière, et ce, avant même l’adoption d’une loi pour encadrer l’exploitation des énergies fossiles. Selon lui, une telle démarche permettrait de mieux comprendre à quoi ressemblerait l’implantation de l’industrie.

M. Tétreault estime toutefois que l’opposition est toujours vive, quatre ans après le tollé provoqué par les gazières. « M. Binnion a droit à son opinion, mais s’il croit que les citoyens vont accepter ses projets-pilotes, il va frapper un mur. » Il souligne qu’avec les nouveaux formulaires, un total de 66 000 citoyens, dont une majorité de propriétaires fonciers, s’opposent fermement à l’industrie.

Pour la députée solidaire Manon Massé, il est donc temps que le gouvernement Couillard ferme définitivement la porte aux gazières. « La science nous dit que c’est une industrie qui pose de sérieux risques pour l’environnement. Mais le gouvernement a lancé une nouvelle évaluation environnementale, et comme le disait lundi le ministre délégué aux Mines, Luc Blanchette, il veut “étudier les bonnes façons d’exploiter”. Les citoyens disent pourtant non. »

Une première évaluation environnementale stratégique (EES), lancée en 2011 par les libéraux, fait état de nombreux risques environnementaux liés au gaz de schiste. Le rapport de l’EES précise ainsi que le gaz de schiste provoquerait une hausse des émissions de gaz à effet de serre, nuirait à la qualité de l’air et générerait de grandes quantités d’eaux usées. Qui plus est, les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux « n’ont pas été conçus pour traiter les eaux de reflux ».

Selon les scénarios évoqués par l’EES, entre 1000 et 9000 puits de gaz de schiste pourraient être forés sur une période de 10 à 20 ans. Cela signifie un rythme annuel de 349 à 2101 puits.

Fait étonnant, le site qui présentait le rapport de cette EES a été supprimé par le gouvernement Couillard, a constaté Le Devoir.

34 commentaires
  • André Leblanc - Inscrit 6 novembre 2014 05 h 09

    Merci de le prouver

    M. Binnion a raison.
    66000 personnes prouvent qu'ils ne comprennent pas.

    • Danielle Houle - Inscrite 6 novembre 2014 12 h 32

      Et ce chiffre monterait à 66001 si monsieur Leblanc se retrouvait avec un puits de gaz de schiste dans sa cour.

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 novembre 2014 13 h 46

      «On était 100, et j'étais le seul qui avait le pas.» - Raymond Devos

    • André Leblanc - Inscrit 6 novembre 2014 16 h 06

      Je serais tres heureux. Je sais m'adapter facilement, a recevoir du fric.

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 novembre 2014 19 h 04


      «Je serais tres heureux. Je sais m'adapter facilement, recevoir du fric.»-André Leblanc


      Si vous vous imaginez un seul instant que les profits des gaz de schiste se retrouveront dans les poches des citoyens ,et qui plus est, avec des néolibéraux au pouvoir qui lèche les bottes des entreprises.. Vous vous mettez un doigt dans l’œil jusqu'au coude!

      - Cm

    • Michel Vallée - Inscrit 6 novembre 2014 19 h 27

      @André Leblanc

      « [...] Je sais m'adapter facilement, a recevoir du fric.»

      ... Et après moi, le déluge !

    • André Leblanc - Inscrit 6 novembre 2014 21 h 36

      M. Montmarquette, J'ai toujours mes actions.
      Merci, et vous?

    • Danielle - Inscrit 7 novembre 2014 09 h 00

      Vous êtes payé par qui pour des âneries pareilles?

    • Michel Vallée - Inscrit 7 novembre 2014 12 h 36

      @André Leblanc

      «M. Montmarquette, j'ai toujours mes actions. Merci, et vous?»


      M. Montmarquette ne s'en référait pas aux dividendes que tirent les actionnaires, mais aux bénéfices qu'en tire la collectivité.



      Christian Montmarquette

    • André Leblanc - Inscrit 7 novembre 2014 16 h 34

      M. Vallée
      Croyez vous que seulement les conseils d'administration travaillent dans ces industries.

    • André Leblanc - Inscrit 7 novembre 2014 16 h 38

      MMe Houle
      C'est mon fric qui achete les actions, pas le votre.
      Surement que vous allez me traiter de profiteur ou de voleur pcq ces actions sont dans mon CELI.

      Comment se comporte votre porte folio?

  • Hélène Paulette - Abonnée 6 novembre 2014 06 h 32

    Censure?

    "Fait étonnant, le site qui présentait le rapport de cette EES a été supprimé par le gouvernement Couillard, a constaté Le Devoir."
    Bel exemple de l'ouverture du gouvernement Couillard...

    • Nicole Moreau - Inscrite 6 novembre 2014 10 h 47

      pour un parti qui avait promis la plus grande transparence, pour l'instant, on attend des indices que ça sera le cas, alors que les indices du fait contraire s'accumulent presque quotidiennement, ça me semble plutôt révoltant

    • Marc Brullemans - Inscrit 6 novembre 2014 21 h 40

      Les études ont été transférées au BAPE sur les enjeux du gaz de schiste à la cote PR. Lien: http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/gaz_de Notons aussi que les 406 permis d'exploration de gaz et pétrole au Québec, détenus par 25 compagnies différentes, couvrent une superficie de 71 728 km2 (MERN, 2014).

  • Denis Miron - Inscrit 6 novembre 2014 06 h 39

    Fait étonnant, le site qui présentait le rapport de cette EES a été supprimé par le gouvernement Couillard, a constaté Le Devoir.

    «Les vraies affaires» et «la transparence» sont des entités incompatibles. Les vraies affaires se font en mode prédation, à l’affût des regards indiscrets, tapis dans l’ombre, avec des leurres, du capital apatride, amoral, asocial, pour attirer la proie, et avec la conviction que tout s’achète. Le rôle du politicien néolibéral, est d’essayer de nous faire oublier les vices du capital privé d’éthique, en nous présentant une poignée d’emploies comme un grand réservoir de vertus. Si l’on regarde ce que les minières en faillite nous ont laissées en héritage,…pour 1.3 milliards$ de sites abandonnés à restaurer
    Éthique et capital sont des entités qui s’opposent. «Quand l’argent parle, la vérité se tait» Parler d’éthique avec des banquiers, c’est comme essayer de nourrir un carnivore avec de l’herbe. On vous accusera d’être un communiste.
    «Fait étonnant, le site qui présentait le rapport de cette EES a été supprimé par le gouvernement Couillard, a constaté Le Devoir. »
    Y paraìt que le ministre délégué aux Mines, Luc Blanchette, veut “étudier les bonnes façons d’exploiter. J’imagine que pour ce ministre, le passé est garant de l’avenir, si on se fie à la manière dont le gouvernement traite la restauration des sites abandonnés par les minières en faillite. Force est de conclure que tous gouvernements qui s’associent au capital amoral, asocial et apatride n’est rien d’autre que complices de ces méfaits qui devraient être traité par la loi comme des actes criminels.

  • Yvan Croteau - Inscrit 6 novembre 2014 07 h 29

    Agence de communication et les actionnaires principaux !

    Les causes de la disparition de ce rapport doit être élucidée. Il foudrait remonter la filière des actionnaires principaux pour découvrir comme s'organise le dialiogue entre le gouvernement Couillard, les promotteurs, les actionnaires, les agences de communicaitons et les banques. Il semble que la faim du profit à tout prix vient gronder l'estomac des spéculateurs. IL faut engager la lutte sur plusieurs fronts.

  • Johanne Dion - Inscrit 6 novembre 2014 08 h 30

    Un message clair aux gazières

    Pour être bien certaine qu'on se comprend, j'ai traduit en anglais cet important article de M. Shields, parce qu'on sait que la majorité des décideurs dans le domaine pétrolier et gazier sont anglophones.

    D'ailleurs, je me demande si nos élus ont oublié leur français, tellement les citoyens ont de la misère à faire passer leur message!

    Johanne Dion
    Présidente
    Les Ami(e)s du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.ca/