Vers un retour du gaz de schiste

Michael Binnion, président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, et André Caillé, administrateur de l’entreprise Junex.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Michael Binnion, président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, et André Caillé, administrateur de l’entreprise Junex.

Avec un gouvernement Couillard qui se montre ouvert à l’exploitation d’éventuelles ressources de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, l’industrie estime que le temps est venu de lancer des projets pilotes d’extraction, et ce, avant même de mettre en place une loi pour encadrer le secteur énergétique fossile.

« Selon nous, un projet pilote permettrait au gouvernement, au public et aux investisseurs de voir qu’il est possible de faire de la production de façon sécuritaire », a fait valoir lundi le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Michael Binnion, dans le cadre de l’assemblée annuelle de l’organisation.

Celui qui est aussi président de l’albertaine Questerre Energy estime que le gouvernement Couillard pourrait même autoriser un tel développement avant l’adoption de la future loi censée encadrer l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures. « Selon nous, ce serait bon pour le gouvernement d’avoir un projet-pilote pour faire un système de réglementation. Il est difficile de développer de l’expertise sans un projet de production », a affirmé M. Binnion.

Ce projet d’exploitation de gaz de schiste devrait être suffisamment important pour permettre de démontrer à quoi ressemblerait une production industrielle à plus grande échelle dans les basses terres du Saint-Laurent, où se concentrerait la ressource au Québec. Cela pourrait nécessiter de forer plusieurs puits, mais aussi de mettre en place plusieurs plateformes de forage ainsi que les installations nécessaires à l’exploitation.

Mais où installer ces projets expérimentaux, qui nécessiteraient des forages horizontaux et des opérations de fracturation hydraulique ? Michael Binnion estime que « chaque entreprise qui a un projet pourrait vouloir faire un projet pilote », et donc qu’il est difficile pour le moment de déterminer où ceux-ci seraient lancés. Le président du lobby de l’énergie fossile a toutefois mentionné les régions de Bécancour et de Lotbinière.

Chose certaine, plusieurs entreprises pourraient aujourd’hui se montrer désireuses de développer un ou des projets pilotes. En effet, la plus récente version de la carte présentant les permis d’exploration détenus dans le sud du Québec montre que l’essentiel de ceux qui étaient en place en 2010 sont toujours actifs.

Un total de 12 entreprises contrôlent des permis couvrant de larges pans de cette vaste région. Les principaux détenteurs sont la québécoise Junex, mais aussi les albertaines Talisman Energy et Molopo Canada. La rive sud du Saint-Laurent est ainsi largement couverte par des permis, essentiellement en Montérégie, dans le Centre-du-Québec et en Estrie. Même chose tout le long de la rive nord, entre Montréal et l’île d’Orléans. La superficie totale couverte dans les basses terres avoisine les 25 000 km2.

Michael Binnion a toutefois insisté sur le fait qu’un premier développement qui serait conçu en guise de démonstration devrait être encadré par toute une série de « paramètres » qui restent à définir. Il a ainsi mentionné des critères concernant la profondeur des forages, mais aussi la nécessité de développer les projets dans des communautés où l’acceptabilité sociale serait au rendez-vous. L’élaboration de ces paramètres pourrait débuter après la publication du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur la filière du gaz de schiste. Le rapport doit être remis au ministre David Heurtel le 28 novembre.

« On veut parler au gouvernement pour faire une liste. J’espère que le gouvernement sera ouvert à ce projet », a dit le président de l’APGQ. Est-ce que l’industrie voit une plus grande ouverture avec le gouvernement libéral qu’avec celui du Parti québécois ? « Philippe Couillard a dit que le Québec “is open for business”. C’est un changement », a lancé M. Binnion.

Québécois ouverts

Selon lui, les Québécois pourraient bien se montrer plus ouverts à l’implantation de tours de forage entre Québec et Montréal. « En 2010, les gens ne comprenaient pas les problèmes énergétiques du Québec. Mais maintenant, ils comprennent qu’il y a un problème avec l’approvisionnement en pétrole et l’approvisionnement sécuritaire en gaz. » Peut-être que les Québécois ne sont pas prêts à accepter l’exploitation du gaz de schiste, a-t-il néanmoins ajouté, mais « c’est plus près qu’en 2010 ».

À cette époque, devant le tollé soulevé par la filière controversée, le gouvernement Charest avait finalement accepté de mandater le BAPE pour étudier cette industrie naissante. Les gazières avaient alors déjà foré 31 puits dans le sud de la province, dont 19 laissaient fuir accidentellement du méthane. Le rapport du BAPE avait conclu que le Québec ignorait pratiquement tout des risques environnementaux et sociaux liés à cette industrie.

Une évaluation environnementale stratégique (EES) menée à la suite de ce premier BAPE a souligné, dans un rapport rendu public en février, de nombreux risques environnementaux liés au gaz de schiste. Le rapport de l’EES précise ainsi que « toute exploration et exploitation du gaz de schiste au Québec feront augmenter le bilan des gaz à effet de serre ». Cette industrie « pourrait avoir un impact important sur la qualité de l’air à l’échelle locale et à l’échelle régionale dans les sous-régions à haute densité d’implantation ».

L’EES constate aussi que les volumes d’eaux usées à traiter pourraient devenir trop importants pour les capacités de traitement actuelles. Qui plus est, les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux « n’ont pas été conçus pour traiter les eaux de reflux ». Selon les scénarios évoqués par l’EES, entre 1000 et 9000 puits de gaz de schiste pourraient être forés sur une période de 10 à 20 ans. Cela signifie un rythme annuel de 349 à 2101 puits.

Malgré la synthèse sans précédent effectuée dans le cadre de cette EES, le gouvernement Couillard vient de relancer une nouvelle EES. L’objectif ? « Étudier les bonnes façons d’exploiter », a résumé lundi le ministre délégué aux Mines, Luc Blanchette.

72 commentaires
  • François Thivierge - Inscrit 4 novembre 2014 01 h 06

    Foutaise !

    Quand donc comprendrons-nous que Couillard suit son ti-nami Harper le nez dans les fesses ?
    Cela du développement sauvage des gazs au pétrol sale et jusqu'à l'oubli de Champlain, question d'effacer encore un peu plus l'histoire du Québec.
    Wouach!

  • Frédéric La Brie - Inscrit 4 novembre 2014 02 h 08

    sa recommence

    Avec le PLQ on dirait que c'est un devoir pour eux de vendre nos ressources au plus vite sans respecter l'environnement et la population qui y habite... En plus si au moins on annoncait que cela allait renflouer les coffres d el'état mais non on jumelle ces annonces pendant la plus grande période d'austérité que le Québec a connu grâce a un gouffre financier créer par ce même gouvernement dans la dernière décennie... Encore une fois nous allons payer cher ce mandat majoritaire de nos bandits de grands chemin du PLQ...

  • Josette Allard - Inscrite 4 novembre 2014 05 h 09

    Effronterie de l'industrie

    Encouragée par qui?

  • Raymond Chalifoux - Abonné 4 novembre 2014 05 h 38

    C'est tout nous!

    Il s'en produit déjà tellement, du gaz, que les prix baissent. Alors, les loosers que nous sommes, pour éviter « la chicane », vont totalement contaminer leur environnement immédiat, de façon parfaitement irréversible et irrécupérable, et ils vont le faire pour des prunes : c’est tout nous! Comme de construire des éoliennes qui nous coûtent au lieu de nous rapporter… (Connaissez-vous EDF? "On jase...," conmme dirait l'autre...)

    On entend parfois dire que… les « accrocs » - à l’alcool, au jeu, au sexe – doivent « atteindre leur bas-fond » avant de pouvoir rebondir : J’ai hâte en titi que les Québécois aient atteint le leur, de bas-fond, et qu’ils cessent d’être accrocs à… l’erreur; notamment celle de type… « Boréale ».

    • Danielle Houle - Abonnée 4 novembre 2014 08 h 36

      Les Québécois ont déjà atteint le bas fond mais ils ne s'en rendent pas compte. Les alcooliques sont chanceux: ils ont les AA. Nous, on n'a pas un tel organisme, et si on en avait un, il se nommerait QQ.

    • Laurent Cormier - Abonné 4 novembre 2014 13 h 20

      Je crois que votre lien aux éoliennes est intéressant, mais peut-être pas pour les raisons que vous invoquez. Les éoliennes nous coutent aujourd'hui parce que les projections sur le prix de l'énergie et la demande estimées à l'époque se sont avérés complètement erronnés.

      Quel élément à faussé ces prédictions. L'arrivée du gaz de schiste qui a produit une forte pression baissiaire sur les coûts de l'énergie aux États-Unis, le marché où l'on espérait écouler à bon prix nos surplus d'électricité.

      Maintenant, en embarquant dans le marché du gaz de schiste, on serait en mesure de saboter encore d'avantage notre marché pour l'électricité de surplus. Une aubaine!

    • André Leblanc - Inscrit 5 novembre 2014 00 h 00

      Au contraire le prix est maintenat a 9.50$

    • Michel Raymond - Inscrit 5 novembre 2014 11 h 18

      Si au moins nous avions donné l'exploitation des éoliennes à nos MRC avec comme mandat de développer ces projets chez eux pour créer de l'expertise tout en s'assurant que les profits restent dans nos régions et qu'ils servent pour diversifier leurs économies. Nous aurions contribués à sauver nos régions qui en arrachent. Ramener nos jeunes chez eux et développer une économie forte. Mais non on a tout confié au privé se privant d'expertise et des profits partis dans les poches d'actionnaires à l'extérieur du Québec. Bien petite vision de l'économie qu'ont nos gouvernements. On va faire exactement la même chose avec le gaz en se contentant de faibles redevances et des impôts des travailleurs.

    • Laurent Cormier - Abonné 5 novembre 2014 13 h 19

      @ M. Leblanc,

      Selon la US energy information administration, le prix du gaz naturel pour les différents consommateurs (industriel, commercial et résidentiel) est environ la moitié de ce qu'il était en 2008 et le prix de l'électricité à augmenté. Résultat, Le prix du gaz est aussi la moitié du prix de l'électricité. Mauvaise nouvelle pour les exportations d'électricité désirées par notre gouvernement de l'époque et aujourd'hui, les éoliennes sont a notre charge. Ce n'est pas un problème avec les éoliennes, c'est un problème de plan d'affaire.

    • André Leblanc - Inscrit 5 novembre 2014 21 h 01

      M. Raymond, L'expertise Québécoise dans les eoliennes se limite a souder des tuyaux. La technologie n'est pas de chez nous.

      Vous pouvez former des travailleurs pour travailler dans les industries du gaz et pétrole.

  • Michel Labonté - Inscrit 4 novembre 2014 06 h 00

    Comment les stopper?

    C'est incroyable de voir la persistance de ces compagnies qui veulent à tout prix mettre la main sur les ressources du Québec, sans égard pour personne, encore moins pour l'environnement. Il faut toujours se battre pour les contrer : mobilisation citoyenne, manifestations, pétitions, recours aux tribunaux? Est-ce que ce sera suffisant cette fois-ci? J'espère que les gens de ces régions du Québec ne se laisseront pas convaincre par les campagnes médiatiques mensongères de ces compagnies, semblables à celles de TransCanada. C'est franchement dégoûtant!

    • Claire Latraverse - Abonnée 4 novembre 2014 08 h 08

      Comment les stopper? Il est clair que ces pétrolières misent sur la fatigue et le découragement de la population qui, selon elles, finira par baisser les bras. Mais il faut coûte que coûte les stopper. Peut-on se rendre compte que le Québec sera littéralement envahi par tous les transports possibles de pétrole? Que ce soit par train, par oléoduc, par superpétroliers? S'il faut ajouter à cela les forages par fracturation dans les basses terres du Saint-Laurent, l'alarme doit immédiatement être sonnée sinon je n'ose pas imaginer ce qui nous guette.
      Claire Latraverse, Montréal

    • Gaétan Fortin - Inscrit 4 novembre 2014 14 h 57

      @Claire Latraverse

      Vous ne roulez sans doute pas en automobile - qui, jusqu'à nouvel ordre,
      bouffe du pétrole.

      Aujourd'hui algérien, vénézuélien, ou encore d'extrême-Orient.
      Est-ce plus écologique que celui que l'on pourrait extraire de notre
      sol - ou mème des sables albertains.

      Faut savoir !

    • Nicolas Blackburn - Inscrit 5 novembre 2014 09 h 40

      @Gaétan Fortin

      Cet argument n'est plus valide. La voiture électrique existe déjà. Si nous investissions autant d'argent dans l'électrification des moyens de transports que nous en investissons/investirons dans l'exploitation des combustibles fossiles nous en ressortirions gagnant sur tous les plans: technologique, écologique, financier et social.

      1- Technologique: la mise en place d'une telle transformation demande de développer un savoir-faire et une science à l'avant-garde
      2- Écologique: il y aura réduction massive de la production de gaz à effet de serre et diminution considérable des risques d'accidents écologiques
      3- Financier: la technologie et le savoir-faire développés seront une marchandise exportable de plus en plus en demande
      4- Social: il sera nécessaire pour relever ce défi de rendre accessible la connaissance nécessaire à la mise en place de cette transformation et, si bien orchestrée, elle générera une activité économique bénéfique au plus grand nombre

    • Michel Raymond - Inscrit 5 novembre 2014 11 h 41

      @Gaétan Fortin

      La grosse différence quand vous parlez de pétrole c'est que celui de l'Alberta ne sera récupérable que dans des proportions de 5% à 15% dans les meilleurs conditions s'il y a déversement dans le fleuve ou nos rivières le reste y restant au fond ou entre deux eaux. Qu'avec toute les quantités de pétrole qui passeront bientôt par le Québec que ce soit par trains, pétroliers ou oléoducs et la`on parle de quasiment 10 fois ce qu'il passe actuellement on augmente d'autant les risques d'accident qui causeront à coup sur des désastres environnementaux.

      Cela ne vient pas en passant de l'avis d'environnementalistes mais d'une entreprise tout ce qu'il y a de privé qui a été chargée par les pétrolières de l'ouest pour faire cette recherche.

    • André Leblanc - Inscrit 5 novembre 2014 20 h 56

      M. Blackburn, Tres souhaitable, reste juste a le faire.
      Je suis aussi investisseur dans le lithium.