Autre année noire pour les jeunes bélugas

Six jeunes nés au cours de l’été sont décédés.
Photo: GREMM Six jeunes nés au cours de l’été sont décédés.

Tout indique que la mortalité élevée de nouveau-nés bélugas du Saint-Laurent s’inscrit dans la durée, selon ce qui se dégage des données transmises au Devoir. Une situation qui menace encore davantage la survie de cette population menacée.

Le bilan provisoire de 2014 indique que 11 bélugas ont jusqu’ici été retrouvés morts cette année, dont 6 jeunes nés au cours de l’été. « La série noire se poursuit encore cette année », affirme sans hésiter Robert Michaud, président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM).

Cette série de mauvaises nouvelles annuelles a débuté en 2008. Il faut savoir qu’entre le début des années 1980 et 2007, de 0 à 3 carcasses de veaux étaient retrouvées chaque année. Ce chiffre a bondi à 10 en 2008. Les chercheurs ont aussi recueilli 10 jeunes bélugas morts en 2010. En 2012, la situation a pris une tournure encore plus préoccupante, avec 17 décès constatés. L’an dernier, on dénombrait 7 jeunes morts.

De 10 000 à 880

Si ces chiffres peuvent sembler peu élevés, ils n’en demeurent pas moins significatifs dans le contexte d’une population de plus en plus menacée. Les bélugas ne sont plus que 880, alors qu’ils étaient près de 10 000 il y a un siècle. « Nous avons pris une sérieuse hypothèque sur le rétablissement du béluga », estime d’ailleurs M. Michaud.

Le problème est que les causes de cette hausse marquée de mortalité demeurent inexpliquées. L’accumulation de certains agents contaminants pourrait avoir des effets sur la capacité des femelles à mettre bas. Une diminution des stocks de harengs, dont les bélugas se nourrissent, serait aussi à prendre en considération.

Mais surtout, les années de forte mortalité de jeunes (2010 et 2012) coïncident avec des étés de grande fréquentation de l’estuaire par les plaisanciers. « Leur présence pourrait bien déranger les animaux et entraîner des complications lors de l’accouchement », explique M. Michaud.

Avec le projet de port pétrolier à Cacouna, plus de 175 pétroliers pourraient circuler chaque année en plein coeur de la pouponnière des bélugas.

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 3 novembre 2014 05 h 06

    La couleuvre et le béluga

    Une couleuvre s'avance vers une plage sauvage en nageant.
    Elle passe à côté d'un béluga qui la regarde sans grande émotion. Elle se glisse alors sur le sable pour sortir de l'eau et les deux entament une conversation éphémère, mais aussi étonnante qu'instructive.
    La voici par écrit.
    La couleuvre (mouillée et se redressant un peu, pour regarder vers cette eau qu'elle vient tout juste de quitter) :
    -Tiens, que fais-tu ici, toi ?
    Et d'abord, qui es-tu au juste ? Une baleine blanche ?
    Personne ne m'a jamais parlé de toi ! Laid et tout chauve, tu ressembles à un petit vieux. Tu n'as certainement pas beaucoup d'amis...
    En plus, pour te prélasser ainsi dans toute cette eau, tu ne dois pas avoir grand chose à faire de ton existence ?
    -Le béluga (un brin fier et surpris):
    Moi, je suis le béluga. Des amis, j'en ai plus que tu ne pourrais en compter !
    Et de quoi te mêles-tu donc ? Quelles sont tes compétences pour juger du goût ou du dégoût du jour ?
    Après tout, ce que je fais ici ne regarde personne d'autre que moi !
    Je ne t'ai jamais vu dans mes parages et tout d'un coup, sans prévenir, tu arrives et me demandes ce que je fais chez moi ?
    Tu n'as peur de rien !
    Sais-tu que si mon espèce ne savait pas de la tienne un goût si exécrable, de mes dents, je t'aurais déjà croqué ?
    -La couleuvre (voulant se montrer sûre d'elle) :
    En effet, je n'ai peur de rien. Rien qu'à me voir, et malgré ma beauté, tous s'enfuient au loin sans ne rien oser demander.
    Surtout qu'en cet endroit même, je suis l'individu qui y a les droits sur tout… Sans parler de ceux-là qu'on m'a d'abord donné pour venir m'aventurer jusqu'ici.
    Que cela soit de bon goût ou de mauvais goût n'y changera rien, une nouvelle ruée vers l'or, noire, est commencée. Et dès demain, j'installe en ce lieu les affaires de mon patron. Exactement où tu te trouves maintenant...
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    Pour la suite du conte, il ne reste à un éditeur qu'à se montrer...

  • Michel St-Pierre - Inscrit 3 novembre 2014 08 h 32

    Fin du conte prévisible...

    La couleuvre demanda à son patron crocodile de faire valoir ses prérogatives et ce dernier mangea voracement le béluga.

    • Yves Côté - Abonné 3 novembre 2014 10 h 42

      Pas tout à fait, mais bon, cette fin reste possible...
      Le patron de mon béluga est un requin. Ce qui, je l'admets, ne change rien à la voracité pratique de ce premier.
      Merci de votre contribution, Monsieur St-Pierre !

  • Louise Gagnon - Inscrite 3 novembre 2014 22 h 35

    Le bruit des moto marines : il faut le vivre pour le croire.

    La pétarade ludique des amateurs de motomarines fait un bruit d'enfer sous l'eau, rien à comparer avec ce que l'on peut endurer la tête hors de l'eau.
    Aller dans la cale d'un voilier et essayer de dormir dans la chambre prévue à cet effet. Impossible et terrifiant. Le coeur accélère ses battements, vous sort de la poitrine et vous pensez que vous allez devenir fou. Vous sortez votre tête du hublo et constater que les deux responsables ne sont que deux petits points noirs qui s'activent à l'horizon. Malgré la distance, et à fleur d'eau, vous les entendez à peine. Tout se passe sous l'eau et vous pensez alors aux quelques poissons qui y vivent encore et à toutes les autres créatures qui essaient d'y survivre. Facile de comprendre qu'elles peuvent en mourir.
    Les deux zigonneux s'amusent sans voir ni savoir ni comprendre ce qu'ils font.

  • Michel St-Pierre - Inscrit 4 novembre 2014 06 h 44

    Et les humains arrivèrent...

    L'Humanité sera la perte générale de la faune et de la flore sur la Terre ainsi que celle des éléments qui la constituent : air, eau et sol. Sans omettre, au bout du compte, de la sienne propre.

    Peut-on parler, ici, d'un lent suicide collectif obligé et consenti ?