Il faut en finir avec les GES d’ici 2100

Un citadin récupérait du plastique la semaine dernière dans une décharge située près de la centrale thermique très polluante de Bitola, en Macédoine.
Photo: Robert Atanasovski Agence France-Presse Un citadin récupérait du plastique la semaine dernière dans une décharge située près de la centrale thermique très polluante de Bitola, en Macédoine.

L’humanité doit éliminer complètement ses émissions de gaz à effet de serre d’ici la fin du siècle, prévient le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans le rapport synthèse qui doit servir de base scientifique aux négociations climatiques mondiales. Et ce virage draconien peut se faire sans menacer la croissance économique.

Le document produit par plus de 900 scientifiques et publié dimanche laisse peu de place au doute en ce qui a trait à la réalité des bouleversements climatiques provoqués par notre dépendance aux énergies fossiles. La température moyenne connaît une hausse significative, le niveau des océans augmente et ceux-ci s’acidifient, les événements climatiques extrêmes sont plus nombreux, la banquise de l’Arctique fond et les rendements agricoles reculent.

Ces bouleversements sans précédent sont directement liés aux émissions croissantes de gaz à effet de serre (GES) résultant de l’activité humaine. En fait, les concentrations de GES dans l’atmosphère ont atteint les niveaux les plus élevés « depuis 800 000 ans ». Et si la tendance se maintient, le rythme des émissions aura des impacts « graves, étendus et irréversibles », souligne le GIEC.

En plus de la pléthore d’impacts environnementaux, la sécurité alimentaire de millions d’êtres humains sera alors menacée, les ressources d’eau potable risquent d’être réduites, des populations entières seront forcées de migrer et les conflits pour l’accès aux ressources se multiplieront.

Mais cette tendance lourde n’est pas une fatalité, selon le président du GIEC, Rajendra Pachauri. « Nous avons les moyens de limiter les changements climatiques, a-t-il affirmé dimanche. Tout ce qu’il faut, c’est la volonté de changer, qui sera motivée par le savoir et la compréhension de la science des changements climatiques. »

Virage radical

Éviter le pire impliquerait cependant d’opérer rapidement un virage sans précédent dans l’histoire de l’économie mondiale. Selon les scientifiques, il faudrait réduire les émissions mondiales de 40 à 70 % d’ici 2050 (par rapport à 2010) et les faire complètement disparaître en 2100. À titre de comparaison, les émissions de GES du Canada doivent au contraire poursuivre leur croissance marquée, en raison de l’exploitation pétrolière.

Cette nécessaire refonte en profondeur de notre modèle énergétique exigerait des investissements de plusieurs centaines de milliards de dollars par an d’ici 2030, notamment pour des mesures d’efficacité énergétique et la production décarbonée d’électricité. Le GIEC mise aussi sur le développement de la technologie de la capture et du stockage du carbone, une technique qui est pour le moment expérimentale.

Lutter contre les changements climatiques ne nuirait pas pour autant à la croissance de l’économie mondiale, estiment les experts. Des efforts « ambitieux » de réduction de gaz à effet de serre feraient baisser de 0,06 point le taux mondial de croissance, estimé entre 1,6 et 3 % par an au cours du XXIe siècle. En contrepartie, soutient le GIEC, « plus nous attendons pour agir, plus ce sera coûteux ».

Pour le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, agir pour éviter des bouleversements catastrophiques du climat pourrait même « contribuer à la prospérité économique ». Alors que les gouvernements canadiens et québécois se font les ardents défenseurs de l’exploitation d’énergies fossiles, Ban Ki-moon a souligné dimanche la nécessité de s’en détourner. « Je tente de convaincre les entreprises […] telles que les fonds de pension et les compagnies d’assurance » de « réduire leur investissement dans le charbon, dans l’économie basée sur les énergies fossiles et de se tourner vers les énergies renouvelables ».

Pétrole contre climat

Professeure à l’université McGill et titulaire de la chaire de recherche du Canada sur l’atténuation des changements climatiques, Catherine Potvin a d’ailleurs déploré dimanche le virage vers le pétrole du gouvernement du Québec. « En 2009, j’avais rencontré le premier ministre Jean Charest et je sentais que le Québec voulait se démarquer du Canada, qui est loin de faire ce qu’il devrait en matière de lutte contre les changements climatiques. Mais maintenant, avec l’engouement du gouvernement pour le pétrole au Québec, ça pose des questions. On ne peut pas affirmer qu’on fait des efforts pour le climat tout en réorientant notre économie vers les combustibles fossiles. »

Pour Mme Potvin, les constats du GIEC sont clairs et ne laissent pas de place à la contestation de la part des climato-sceptiques. « Le GIEC est très crédible. Ce qui est publié dans le rapport du GIEC, ce ne sont pas les opinions d’une sorte d’extrême gauche catastrophiste. Ce qui est publié, ce sont les éléments d’une grande évidence scientifique. »

« La science a parlé, a justement déclaré dimanche Ban Ki-moon. Il n’y a aucune ambiguïté dans leur message. Les leaders doivent agir. Le temps n’est pas de notre côté. » Reste à voir si les négociations en vue de l’adoption d’un plan mondial de lutte contre les changements climatiques déboucheront sur un accord suffisamment ambitieux. Ce nouvel accord, qui entrerait en vigueur en 2020, doit être signé à Paris à la fin de 2015.

Les tractations s’annoncent pour le moins ardues. Des pays comme les États-Unis et le Canada veulent imposer des efforts de réduction de GES à tous les pays, une allusion directe à des pays comme la Chine et l’Inde. C’est d’ailleurs là un noeud majeur dans les négociations. Ces deux importants émetteurs de GES, fortement dépendants du charbon, tiennent au contraire mordicus au principe voulant que les pays développés aient une « responsabilité historique », donc plus grande, dans les bouleversements du climat.

23 commentaires
  • Marc Durand - Abonné 3 novembre 2014 06 h 51

    L'Office National de l'Énergie

    l'ONE rejette le volet Gaz à Effet de Serre (GES) de ses études. Le projet de pipeline Trans Canada dont l'ONE fera l'analyse en mode accéléré (15 mois) n'incluera pas le volet GES et l'Office n'acceptera pas d'entendre les mémoires centrés sur cet aspect. Le Canada a choisi de piloter le développement des sables bitumineux en excluant les émissions de GES qui sont reliées à la production et au transport des hydrocarbures. On compte les GES qu'émettent vos voitures, mais pas les émissions aux puits de production, pax celles aux installations d'extraction et de transport de ce pétrole. L'ONE se conforme béatement à la commande du gouvernement HARPER de piloter ces dossiers avec un bandeau sur les yeux.

    Le Québec s'engage dans cette même voie relativement aux GES liés à la production de pétrole: la loi en vigueur permetra de brûler à la torchère tout le gaz associé au pétrole à Anticosti ... et ajoute même la précision que c'est aussi sans avoir à payer des redevances sur ce gaz. Dans les directives publiées en août cette année (http://rochemere.blogspot.ca/2014/08/deja-des-lign on ne fait qu'une obligation déclaration volontaire des rejets dans l'atmosphère qui dépassent 10 000 tonnes ("le requérant qui émet dans l’atmosphère une quantité de gaz à effet de serre (GES) égale ou supérieure à 10 000 tonnes métriques en équivalent CO2 doit déclarer ses émissions").

  • Yvan Croteau - Inscrit 3 novembre 2014 07 h 22

    Impossible sans une réduction de la consommation

    Les GES c'est ce qui fait vivre un très très grands nombres de scientifiques et de professionnels de l'environnement. Comme pour bons nombre d'autres sorties scientifiques, il n'y a pas d'analyse globale sur les solutions proposées. On a omis de dire que pour réduire les émissions, il faudra réduire d'autant notre consommation (essentiellement celle des pays riches). Et si parallèlement on ne remet pas en question le modèle économique dominant nous entrerons dans une logique économique et écologique militarisé. Avant de crever les 80% de la population mondiale ne restera pas les bras croisés face à des solutions provoquées par les riches et pour les riches. La solution doit être globale et inclusive sinon c'est un leure.

    • Jean Richard - Abonné 3 novembre 2014 09 h 51

      « La solution doit être globale et inclusive sinon c'est un leure. »

      Vous avez bien raison de le souligner et surtout de parler des « solutions de riches pour les riches ».

      Il y a quelques années, on avait retenu l'expression « réchauffement global » pour qualifier le phénomène. Puis, on a préféré parler de changements climatiques, qui ouvre la porte à bien des interprétations, mais surtout qui exclut du discours l'aspect planétaire du problème.

      Les pays riches vont décider pour les pays pauvres et ce ne sera probablement pas à l'avantage des seconds.

      Mais il n'y a pas qu'à l'échelle planétaire que la lutte aux changements climatiques soit devenue une affaire de riches : le problème existe aussi au niveau régional. Prenons le cas du Québec. D'une part, parmi les rares mesures qui ont été présentées pour réduire la consommation de pétrole, il y a ces mesures bidons qui consiste à subventionner les riches pour qu'ils se donnent bonne conscience, et d'autre part, les forces politiques qui ont comme discours que la préservation de l'environnement passe par une meilleure répartition de la richesse sont encore et toujours condamnées à la marginalité. Quand ton porte-monnaie est à sec après avoir payé le loyer de ton taudis mal isolé et à demi rempli ton frigo en passant par les banques alimentaires, tu te demandes bien comment tu pourrais participer au pseudo-effort de diminution de la consommation de pétrole. Les généreuses subventions pour les programmes bidons, c'est pour ceux qui ont les moyens de se les payer. La vertu, c'est pour les riches, pas pour les pauvres.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 3 novembre 2014 12 h 51

      M. Croteau,

      Ce sont les pauvres qui sont les premiers à subir le plein impact du réchauffement de la planète. Cette notion que la lutte contre les GES soit un luxe dont la réalisation se fera aux dépens des pauvres est un mythe mis de l'avant par ceux voulant maintenir le statu quo.

      Le fait est que:

      - Là où le niveau de vie, les moyens technologiques et les infrastructures sont moindres, les conséquences des changements climatiques sont d'autant plus catastrophique. Ceux qui payeront le plus gros prix pour les changements climatiques avec le moins de capacité d'adaptation sont les pays en voie de développement.

      - Si l'on inclue les coûts normalement externalisés de la production et de la combustion de charbon et de pétrole, ceux-ci sont beaucoup plus chers que les énergies renouvelables disponibles avec les technologies existantes.

      - Les rapports du GIEC ont pour objectif d'offrir une vue d'ensemble de l'état des connaissances sur le climat et des conclusions qu'on peut en tirer. Pas de déterminer les politiques à adopter. Ainsi, la conclusion est que pour éviter des changements qui auront un impact grave sur l'économie planétaire et dont pâtiront d'abord les pauvres, nous devons réduire les émissions de GES.

      - Vrai, les pays riches ont une responsabilité: ils sont responsables de la majorité des émissions historiques et ont les moyens financiers et technologiques d'initier la transition vers une économie «décarbonisée»

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 3 novembre 2014 12 h 54

      Monsieur Richard,

      Vous répétez un mythe pourtant sans aucun fondement: à savoir que, dans vos mots, «Il y a quelques années, on avait retenu l'expression « réchauffement global » pour qualifier le phénomène. Puis, on a préféré parler de changements climatiques»

      En fait, les deux termes ont vu le jour et ont été utilisés à peu près en même temps, puisqu'ils se complètent: le réchauffement global a pour conséquence les changements climatiques, dont la nature exacte changera selon le lieu et l'époque.

      Ensuite, si les pays riches décident de ne rien faire parce-que c'est à l'avantage économique de certains à court terme (la politique de Harper), vous avez raison que les pays pauvres «en mangeront toute une» par notre faute.

    • Jean Richard - Abonné 3 novembre 2014 22 h 20

      Monsieur Leblond, la consigne avait été donnée aux employés d'Environnement Canada : il ne fallait plus parler de réchauffement planétaire (ou global), mais de changements climatiques. Le premier disait-on portait à confusion. Pourtant, les deux peuvent donner lieu à mille interprétations...

      Les autres ministères fédéraux ont suivi : il fallait désormais parler de changements climatiques.

      http://www.tpsgc-pwgsc.gc.ca/biens-property/gd-env

  • Gilbert Turp - Abonné 3 novembre 2014 07 h 41

    Faudrait-il que l'ONU décrète qu'un crime contre l'environnement est un crime contre l'humanité ?

    Tous les indicateurs scientifiques nous indiquent que le pétrole est, bien plus que le terrorisme, la plus grande menace qui nous guette.

    • Mario Paquette - Inscrit 3 novembre 2014 13 h 53

      Oui, effectivement vous avez raison, un cout économique aussi avec les problemes a venir (innondations, pertubations atmosphériques, disparution de la biodiversité, etc... ) surprenant au Québec depuis deux ans on parle que de Pétrole (besoin essentiel au développement économique du Québec !!!!!!!!!!!!). Enbridge pipeline 9B,Trans-Canada Cacouna, Sorel et les méga- pétroliers, le Golf du Saint-Laurent et Old Harry. Wow!!!!!!!!! la tête me tourne, je vois des étoiles de pétrole.

      Comme si l'électricité est moins important.

      Après y arrive quoi lorsque qu' un mega-pétrolier coule dans le golf Saint-Laurent ou un pipeline ce sectionne en milieu marin.

      Pauvre de nous la on va faire dur !!!!!!!!!!!!!!

      Protégeons nos richesses (Le Golf Saint-Laurent) essentiels a la vie pour nous et les générations a venir . Voir le Programme découverte
      sur les évaluations d'un déversement de pétrole dans le golf du Saint-Laurent et les impacts sur le milieu marin (la Gaspésie, le Saguenay, Les Iles-de-la-Madelaines.):


      Protégeons notre patrimoine commun Le Saint-Laurent, a vous de prononcer citoyen du Québec visiter la page :

      Visiter le site de la Coalition :
      http://www.coalitionsaintlaurent.ca/
      http://action2.davidsuzuki.org/fr/golfe

      Écouter le reportage de découverte du dimanche 26 octobre 2014
      http://ici.tou.tv/decouverte

      http://ici.radio-canada.ca/emissions/decouverte/20

  • Nicole Bernier - Inscrite 3 novembre 2014 07 h 52

    Encore une fois faisons payer les pays les plus pauvres, ceux qui ont enrichi les empires occidentaux... volons leur cerveau, contrôlons leurs politiciens... et l'exploitation des autres peuples se poursuit...

    Quand, je lis un passage comme celui-ci, je ne peux me retenir de tant d'injustice entre les peuples:
    "Des pays comme les États-Unis et le Canada veulent imposer des efforts de réduction de GES à tous les pays, une allusion directe à des pays comme la Chine et l’Inde. C’est d’ailleurs là un noeud majeur dans les négociations. Ces deux importants émetteurs de GES, fortement dépendants du charbon, tiennent au contraire mordicus au principe voulant que les pays développés aient une « responsabilité historique », donc plus grande, dans les bouleversements du climat."

    • Christian Fleitz - Inscrit 3 novembre 2014 11 h 56

      Oui, mais.... Reconnaître les injustices passées, c'est moral, c'est intelligent et ce n'est que justice. En revanche, le feu est pris dans la maison, il ne s'agit pas de savoir la couleur du seau utilisé pour transporter l'eau, ni qui le porte. Un problème n'empêche pas l'autre, alors, oui, les pays pauvres doivent faire l'objet de compensations pour rétablir une équité entre nations, comme d'ailleurs les populations pauvres des pays riches, mais la riposte aux dangers courus par l'environnement n'en est pas moins urgent et indispensable. elle réclame une réponse immédiate. C'est un défi pour notre sauvegarde.

    • Nicole Bernier - Inscrite 3 novembre 2014 13 h 18

      Avant de vouloir contrôler la maison de l'autre, commencçons par contrôler notre maison... C'est inadmissible qu'Harper aille faire la morale aux pays pauvres

  • Jean Richard - Abonné 3 novembre 2014 07 h 57

    La volonté et la compréhension

    « Nous avons les moyens de limiter les changements climatiques, a-t-il affirmé dimanche. Tout ce qu’il faut, c’est la volonté de changer, qui sera motivée par le savoir et la compréhension de la science des changements climatiques. »

    On touche ici à ce qui fait défaut : la volonté de changer, le savoir et la compréhension.

    Rendez-vous l'an prochain aux prochaines élections fédérales : les gens vont-ils, comme ils l'ont fait la dernière fois, donner le pouvoir à des dirigeants qui ont ouvertement opté pour le renforcement d'une économie de pétrole ? Ou encore, d'autres partis, pour se faire élire, vont-ils balayer sous la table la question du pétrole et de l'environnement ?

    Rendez-vous aux prochaines élections au Québec (encore bien loin) : les Québécois vont-ils encore se contenter de choisir entre un parti qui veut du pétrole et un autre qui veut aussi du pétrole, reléguant à la marginalité tout parti qui voudrait faire de cet enjeu important le fer de lance d'une campagne électorale ?

    Et rendez-vous chaque jour quand les médias nous déversent en mode continu des tonnes d'information, y compris sur les changements climatiques et sur l'environnement. Verrons-nous le discours s'ajuster un peu mieux à la réalité scientifique, en sortant du catastrophisme entre autres ? L'ennui avec l'information à caractère environnemental, c'est qu'on finisse par créer une certaine lassitude chez les gens – ou c'est peut-être déjà fait.