L’opposition au transport de pétrole s’amplifie

D’imposants pétroliers empruntent déjà la voie maritime du Saint-Laurent, fragile et risquée pour la navigation.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir D’imposants pétroliers empruntent déjà la voie maritime du Saint-Laurent, fragile et risquée pour la navigation.

Le « pétrole sale » de l’Ouest canadien n’est pas le bienvenu sur le majestueux Saint-Laurent.

Le mouvement d’opposition au transport maritime du brut des sables bitumineux est loin de faiblir. Plus de 2500 personnes venues de tout le Québec ont manifesté dimanche à Sorel-Tracy, à l’invitation de la Ligue richeloise contre la tyrannie pétrolière.

Élus, écologistes et citoyens de tous les âges envoient un message sans équivoque. L’écosystème du fleuve Saint-Laurent est trop précieux pour être transformé en vulgaire autoroute pour l’exportation des sables bitumineux.

Le metteur en scène Dominic Champagne, un natif de Sorel, a exhorté le gouvernement à se doter « d’un plan de sortie du pétrole » au lieu d’encourager l’exploitation des sables bitumineux. « On a le devoir de refuser de ce qui se passe, et d’exiger de s’en aller vers le monde dans lequel on veut vivre », a-t-il dit sous les applaudissements de la foule.

M. Champagne est inquiet des conséquences d’un déversement pétrolier dans un écosystème aussi fragile et riche que le Saint-Laurent. Il s’est montré critique des lacunes dans la sécurité du transport maritime.

Il y a une dizaine de jours, un navire qui devait faire le plein de pétrole des sables bitumineux au port de Sorel-Tracy a été stoppé aux Escoumins parce qu’il ne respectait pas la réglementation canadienne. La pompe à incendie d’urgence du bateau était hors d’usage.

« Nous allons les fixer, nous autres, les “standards” du monde dans lequel on veut vivre. On veut vivre à côté d’un fleuve propre », a dit M. Champagne.

Le Conseil des Canadiens partage les inquiétudes du metteur en scène. La semaine dernière, l’organisme a porté plainte à l’UNESCO, une agence des Nations unies qui a attribué au lac Saint-Pierre le statut de réserve mondiale de la biosphère. Le Conseil demande à l’UNESCO de faire pression sur Suncor pour que la compagnie pétrolière interrompe le transport maritime du brut.

Suncor transporte par rail le brut des sables bitumineux jusqu’à Sorel-Tracy. Le pétrole est entreposé dans les réservoirs de Kildair.

D’imposants pétroliers de 240 mètres de longueur sur 42 mètres de largeur feront le plein, à un rythme de deux à trois fois par mois. Ils emprunteront la voie maritime du Saint-Laurent, fragile et risquée pour la navigation, avant de mettre le cap sur le plein Atlantique.

Forte mobilisation

C’est la troisième manifestation d’envergure après celle de Cacouna et de Bécancour. Les participants de dimanche ont fait mentir le porte-parole de TransCanada, Philippe Canon. Lors de la manifestation contre le port pétrolier de Cacouna, le 11 octobre dernier, il avait qualifié les 2500 manifestants présents « d’opposants professionnels » venus notamment de Montréal.

Le Devoir a pu voir dimanche quelque 2500 personnes venues de Sorel-Tracy, de Trois-Rivières, de Gatineau, des communautés autochtones de Kahnawake et d’Odanak… et même un couple des îles de la Madeleine.

Raymond Gauthier et Annie Landry ont fait le voyage de l’île du Havre Aubert jusqu’à Sorel-Tracy pour défendre « leur » fleuve. « Ça fait 40 ans que les pétrolières et les gazières nous promettent la richesse. L’air pur et l’eau pure que nous avons, c’est notre richesse », dit-elle.

Derrière eux se profilent des navires qui ressemblent à des mastodontes dans cette partie du fleuve presque aussi étroite qu’à Québec. Leur gendre, John Foley, est inquiet. « Laisser d’aussi gros pétroliers passer sur le fleuve, c’est chercher le trouble. Le Saint-Laurent, c’est plein d’épaves, et ce n’est pas pour rien. La navigation y est difficile », observe-t-il.

L’écologiste Laure Waridel est emballée par cette mobilisation, qui est à la fois locale et nationale. Selon la cofondatrice d’Équiterre, il y a des enjeux tout aussi importants que la protection de l’écosystème du Saint-Laurent dans cette bataille pour mettre les pétroliers en cale sèche.

La Colombie-Britannique et les États-Unis ont déjà barré la voie au pétrole des sables bitumineux. Pour les compagnies pétrolières, la seule façon d’exporter leurs produits vers les marchés étrangers est d’emprunter la voie maritime du Saint-Laurent.

« En ce moment, l’expansion des sables bitumineux de l’Alberta dépend du Québec. Elle dépend de notre volonté à nous de laisser passer ce pétrole. La seule voie qui reste pour l’expansion, c’est la voie de l’est », observe-t-elle.

Le pétrole des sables bitumineux étant le plus polluant, le combat de Sorel-Tracy est aussi le combat pour la planète, estime Mme Waridel. « On a au Québec un combat immense qui ne concerne pas juste les bélugas et nos petits milieux. L’impact des sables bitumineux sur le réchauffement climatique est très important », explique-t-elle.

Des élus dans le noir

Le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, a accompagné les manifestants jusqu’aux installations de Kildair.

Il a déploré le manque de transparence de Québec, d’Ottawa et des pétrolières, qui ont mis la Ville « devant un fait accompli ». « On est pris avec ça. On nous a mis ça en pleine gueule, et personne n’a été consulté, a-t-il dit. Ce projet-là n’est pas compatible avec nos projets de développement. »

L’ancienne ministre péquiste des Ressources naturelles, Martine Ouellet, et le chef du Bloc Québécois, Mario Beaulieu, ont tous les deux dénoncé un projet dépourvu de retombées économiques pour le Québec.

« C’est un projet qui ne fait pas de sens, a affirmé Mme Ouellet. Je suis loin d’être convaincue. Je ne vois aucun intérêt économique pour le Québec. »

Le premier ministre Philippe Couillard a dit que le Québec devait apporter sa contribution pour l’économie du Canada, et accepter l’exportation du pétrole des sables bitumineux sur le fleuve Saint-Laurent.

« Je n’ai jamais vu un gouvernement au Québec, tous partis confondus, descendre aussi bas dans son appui au fédéral », a déploré Mme Ouellet.

68 commentaires
  • Francois Parent - Inscrit 27 octobre 2014 05 h 37

    Avidité financière

    Nous avons une industrie de la pêche au Québec qui rapporte des milliards et nous sommes en train de l'hypothéquer pour le pétrole. Nous sommes de loin être à l'abri d'un déversement de pétrole dans le fleuve qui aurait des effets catastrophiques sur notre économie et nous appauvrisserait. J'entends déjà les discours des politiicens et pétrolières minimiser les faits et tenter d'étouffer l'affaire. Ne nous laissons pas berner par l'avidité de nos politiciens et pétrolières et qui n'ont aucune valeur environnementale.

    • André Bastien - Abonné 27 octobre 2014 21 h 14

      En fait, il existe une alternative au pétrole, ce sont les transports électriques. Les technologies existent, il y a maintenant plusieurs modèles d'automobiles tout électriques et hybrides rechargeables qui pourraient réduire notre dépendance au pétrole.

      Nous avons des surplus d'électricité en quantitié gigantesque pour au moins des dizaines d'années: misons sur cette richesse pour donner l'exemple.

      Alors disons-le haut et fort: non au pétrole et oui au transport électrique.

      Ce qu'il nous faut, et rapidement, c'est une loi "zéro émission" semblable à celle de la Californie et de 10 autres états américains qui obligent les constructeurs à vendre un minimum d'automobiles électriques: les constructeurs ont prouvé dans ces états qu'ils sont tout à fait capables de le faire.

      Et l'autre action que le gouvernement peut très facilement faire, c'est de multiplier l'installation de bornes de recharge rapides le long de toutes les autoroutes du Québec. Ces bornes rapides peuvent recharger une automobile en 1/2 heure. La technologie existe, nous en avons déjà 5 au Québec. En installer une centaine ne coûterait que 6 millions$. En comparaison, refaire le viaduc à l'intersection des autoroutes 20 et 30, coûtera à lui seul 80 millions$. Et ces 6 millions de bornes seraient compensés par l'achat d'électricité pour ces automobiles.

      Encore une fois non au pétrole, oui aux électriques. Mais soyons logiques: investissons sérieusement dans les alternatives.

  • André Leblanc - Inscrit 27 octobre 2014 05 h 41

    C'esi pas drole

    Etre constamment persécutés.
    50 000 litres de diesel dans le un port aux iles de la Madeleine. Petite portion des 40 000 000 de litres par an utilisés pour alimenter la station thermique.............Silence Taux de chomage de cette région économique 15.7% deuxieme apres le Nunavut. C'est beau avoir du temps de libre.

    Ce projet-là n’est pas compatible avec nos projets de développement. »...................planification de greves , sans doute.

    Que suggere ces gens en remplacement, demain matin, ou pour leur retour a la maison???????

    A quand la manifstation pour le refus des $$$$ de l'Alberta.

    J'espere que toutes ces manifestations sont ''Carbonne compensées''

    • Jacques Pruneau - Inscrit 27 octobre 2014 08 h 51

      http://www.lactualite.com/actualites/politique/pou

      Je me permets de vous suggérer plusieurs intéressants articles sur le sujet de la péréquation. On ne peut ixi juste étaler son manque de connaissances comme argument, ce n'est pas une petite affaire ordinaire.

      Nous parlons ici du fleuve St-Laurent et non du bain de pieds de Couillard! Il a été le seul à permettre que cette saloperie passe sur le fleuve, peu importe que ça puisse en une seule fois le détruire à jamais. C'est un tapis devant le fédéral, comme Bourassa avant lui et comme les libéraux en général.

      Beau d'avoir du temps de libre? Mais qui n'a pas 24 heures dans une journée? Il y a des gens qui s'impliquent et font connaître leurs positions et il y en a d'autres qui restent irrémédiablement silencieux et attendent que d'autres fassent quelque chose à leur place.

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 27 octobre 2014 09 h 16

      Soyons sérieux...

      Le pétrole qui est rafiné à Lévis et à Montréal et que nous consommons au Québec n'est-il pas, en bonne partie, importé par bateaux, depuis des lunes, qui remontent le St-Laurent ? Le bilan de tout ce trafic selon les saisons, sans oublier le diesel pour l'électricité des Isles mentionné plus haut et la fuite à Sept-Isles, etc., n'est pas connu par le grand public. Si on prend pour acquis qu'une fuite de pétrole "C'est sale - point à la ligne" pourquoi commencer à s'énerver pour ce qui se passe à Sorel avant d'avoir un portrait d'ensemble ?

    • André Leblanc - Inscrit 27 octobre 2014 09 h 59

      M. Pruneau, je m'implique avec mes investissements.

    • André Leblanc - Inscrit 27 octobre 2014 10 h 41

      La péréquation est basé sur le PIB. Si nous produisons rien nous recevons plus.
      Pas trop fatigant

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 27 octobre 2014 10 h 44

      Les arguments de messieurs Leblanc et Tremblay reposent essentiellement sur la notion qu'on s'empoisonne déjà, alors tous ceux qui luttent pour qu'on ne s'empoisonne pas plus sont des hypocrites.

      Oui les Îles-de-la-madeleine sont électrifiées par une centrale au diésel. COMMENT cela justifie-t'il de doubler le transport de brut sur le fleuve pour l'exportation du pétrole des sables bitumineux? Comment cela justifie-t'il de soumettre le Lac-Saint-Pierre, réserve UNESCO de biodiversité mondiale, à encore plus d'érosion de ses berges par l'effet des vagues de bateaux encore plus gros? Comment cela justifie-t'il d'encourager l'augmentation de la production du pétrole le plus polluant au monde?

      Et leur argumentaire repose encore une fois sur l'externalisation des coûts les plus graves de l'industrie pétrolière: les changements climatiques qui sont déjà amorcés et qui mettent en danger de façon très réelle et concrète la qualité de vie de la prochaine génération.

      Chaque diminution de notre consommation de combustibles fossiles est un pas dans la bonne direction. Ce qui est hypocrite c'est d'argumenter que chacun de ces pas ne doit pas être pris parce-qu'à lui seul il ne suffit pas.

      Les autruches, au final, sont ceux et celles qui refusent de reconnaître le coût et le danger exorbitants que représente notre dépendance au pétrole.

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 27 octobre 2014 11 h 36

      @M. Leblond - vous parlez d'autruches, alors que je voudrais connaître le bilan de la situation actuelle avant de paniquer sur votre hypothèse "de doubler le transport de brut sur le fleuve" ? Par la suite (d'avoir ce bilan actuel) nous pourrions mieux comprendre le rôle des pipelines pour diminuer graduellement le trafic du pétrole sur le fleuve, exiger de Hydro-Québec d'alimenter les Isles avec des cables sous-marins et d'intervenir avec des programmes pour baisser ce que vous appelez "notre dépendance au pétrole", pcq ce beau rêve exigera de prendre les bonnes décisions, au cours des prochaines décennies... au mieux !

    • André Leblanc - Inscrit 27 octobre 2014 13 h 58

      M. Leblond quand c'est nous c'est correct quand c'est les autres c'est terrible.
      OK
      Soyez heureux.

    • Danielle Caron - Inscrite 28 octobre 2014 14 h 54

      "Ce qui est hypocrite c'est d'argumenter que chacun de ces pas ne doit pas être pris parce-qu'à lui seul il ne suffit pas.

      Les autruches, au final, sont ceux et celles qui refusent de reconnaître le coût et le danger exorbitants que représente notre dépendance au pétrole."

      Voilà. Tout est dit.

  • Denis Marseille - Inscrit 27 octobre 2014 05 h 49

    Un titre qui s'amplifie...

    Lorsque j'ai vu le titre, je m'attendais de lire qu'une foule assez nombreuse s'était déplacée...

    2500 personnes, c'est à peine le dixième des personnes qui se déplacent pour aller voir les monster trucks au stade olympique et en plus ils payent pour voir ça.

    • Marc O. Rainville - Abonné 27 octobre 2014 08 h 02

      Petit truck va loin...

    • Lucie Blanchette - Inscrit 29 octobre 2014 22 h 14

      Ça vous déçoit, M. Marseille? Si vous y étiez allé, ça aurait fait un de plus. Et rien ne vous aurait empêché d'y amener votre famille et vos amis...

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 27 octobre 2014 06 h 08

    C'est pas dure à comprendre me semble!!

    Notre Majestueux fleuve est plus qu'objet d'art.Alors!!Pas touche;comment va-t-il
    falloir vous le faire comprendre une fois pour toute?Je suggèrerais d'organiser en cati-
    mini un tournoi de golf exclusivement pour les membres des C.A de Suncor et de Kil-
    dair.Ce tournoi,où l'actuel P.M. du Québec et sa suite seraient bien évidemment les
    incontournables invités au banquet d'après-18-trous,ainsi que Mam Marois pourquoi
    pas?...ce tournoi,dis-je,serait financé par une collecte de fonds sur internet afin
    d'acheter de Suncor,à même les réservoirs de Kildair,l'équivalant d'une cinquantaine
    de camions-citernes lourds de pétrole sale des sables bitumineux.Leurs contenus
    seraient tout bonnement déversés accidentellement sur les propriétés privées des
    membres des deux C.A alors que ceux-ci se flattaient les flancs à mettre la petite
    balle blanche dans les 18 petits trous d'un verdoyant et Majestueux parcours où tout
    n'est qu'ordre,beauté et volupté

    • André Leblanc - Inscrit 27 octobre 2014 10 h 00

      Icintation a la violence et a la pollution?

  • Laura P. Lefebvre - Inscrite 27 octobre 2014 06 h 35

    Que disent les Libéraux et les Caquistes du Québec?

    Je trouve désolant qu'il semble que ce soit que le Parti Québécois qui prenne à coeur
    une menace aussi terrible et cela devrait être au délà de partisannerie politique. Il est vrai que pour les quelques dollars espérés, les chefs de ces deux partis, Messieurs M. Couillard et Legault sont prêts à sacrifier le Québec en un dépotoir 'irréversible' si une catastrophe survenait.

    Ils font preuve de bien peu de responsabilité morale et ce n'est sûrement pas en leur 'honneur' .

    Tous les Québécois doivent se faire un devoir de manifester leur opposition au transport de pétrole des sables bitumineux. La tragédie de Lac Mégantic suffit. Faut-il que le Québec se sacrifie davantage? Ce n'est, selon des experts, qu'une question de temps...

    • Marie-Claude Delisle - Inscrit 27 octobre 2014 08 h 22

      Québec solidaire, le Bloc, le parti vert étaient beaucoup plus présents que le PQ dont seule l'équipe de Martine Ouellet était à la manif de Cacouna et celle de Sorel ! J'aime bien Mme Ouellet car je la crois sincère face aux enjeux sur l'environnement et aux solutions vertes, mais je crois qu'elle est dans un parti vraiment moribond, même s'il compte plus de sièges à l'Assemblée nationale. D'autres élections et oups ! disparu le PQ. C'est ça que ça sent quand on se promène dans la rue...

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 27 octobre 2014 10 h 51

      Que disait le PQ alors qu'il avait le pouvoir, vous souvenez-vous?

      Marois se disait enthousiaste pour ce qui est du projet d'oléoduc Énergie-est et avait entamé des pourparlers avec le Nouveau-Brunswick.

      Le PQ avait signé une entente pour faire débuter l'exploration pour le pétrole de schiste d'Anticosti (requérrant la fracturation hydraulique).

      Yves-François Blanchet, ministre de l'environnement de Marois, se décrivait comme un partenaire des compagnies pétrolières.

      Marois a donné le feu vert au projet de cimenterie de Port-Daniel, qui brûlera les déchets ultratoxiques du raffinage du bitume de l'Alberta!!! (le coke de pétrole).

      Et tous leurs partisans dans les commentaires des pages du Devoir célébraient tout cela. Et maintenant qu'ils sont dans l'opposition ils sont subitement redevenus sensibles à l'environnement?