Un accord européen jugé insuffisant

L’accord européen sur le climat donnant aux membres de l’Union des objectifs précis pour 2030 a été salué vendredi à Bonn, où la communauté internationale discute du futur accord mondial, mais le niveau d’ambition de cette feuille de route a été jugé insuffisant pour rester sous le seuil de 2°C.

Si Christina Figueres, la responsable climat à l’ONU, a «applaudi (...) un élan précieux vers l’accord mondial de Paris en 2015», de nombreux pays et toutes les ONG ont réservé un accueil plus mesuré et parfois très critique au pacte européen scellé dans la nuit de jeudi à vendredi.

«Les objectifs européens sont trop faibles et ont 10 ans de retard», a par exemple tweeté Claudia Salerno, la chef de la délégation du Venezuela à Bonn. «Le Giec dit que les émissions des pays développés doivent être réduites de 40% d’ici 2020», a-t-elle souligné.

«Ce que nous demandons aux pays développés, c’est une réduction de 40 à 45 % de leurs émissions d’ici 2020», a également réagi Seyni Nafo, porte-parole du groupe Afrique, qui dit toutefois «apprécier d’avoir un engagement clair et dès maintenant». «Je ne suis pas sûr que les États-Unis, le Canada, le Japon en feront autant (...) alors c’est déjà un effort même s’il reste insuffisant», a ajouté le négociateur malien.

Engagement

Bruxelles, les dirigeants européens se sont engagés, à l’issue de tractations très serrées entamées depuis des mois, à réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre de l’Union d’ici 2030 (par rapport à 1990) et ont décidé de porter la part des énergies renouvelables à 27 % de la consommation et à faire 27 % d’économies d’énergie par rapport à 1990.

«Nous saluons les annonces de l’Union européenne, mais nous savons qu’ils peuvent et doivent faire davantage», a déclaré à l’AFP Ronald Jumeau au nom des petits États insulaires (groupe Aosis). «Nous espérons une proposition plus ambitieuse de l’UE à Paris», a ajouté M. Jumeau, ambassadeur des Seychelles.

L’Union européenne, qui représente désormais moins de 10 % des émissions actuelles de gaz à effet de serre, est la première à mettre sur la table sa contribution à l’effort mondial pour réduire les émissions.

Au cours du premier semestre 2015, et si possible d’ici mars prochain, tous les pays doivent afficher leur propre contribution pour limiter à 2°C le réchauffement. La Terre a déjà gagné 0,8°C depuis le début de la révolution industrielle.

Pas une réponse à l’urgence d’agir

Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec), les émissions globales doivent être réduites de 40 à 70 % d’ici 2050 pour espérer garder le cap des 2°C.

«Clairement, cette décision ne répond pas à l’urgence d’agir sur le changement climatique», a estimé le réseau Climate action network Europe (120 ONG).

Les ONG défendaient un objectif de 55 % de réduction des GES en 2030 pour l’Europe, de 45 % d’énergie renouvelable et d’au moins 40 % d’économies d’énergie.

Meena Raman de Third World Network, qui regroupe des ONG du Sud, a déploré que «l’objectif inefficace pour 2020 [20% de réduction des GES pour l’UE], qui ne promet aucune réduction pour les six prochaines années, est encore aggravé par un objectif 2030 qui est très loin de ce qu’on attend».

En dépit de ces critiques acerbes, les ONG relevaient aussi que la position européenne n’était pas complètement gravée dans le marbre.

«Cette décision est la première d’un long processus», souligne le Climate action network pour qui «une proposition améliorée sera cruciale pour la capacité de l’UE à négocier un accord ambitieux, avec des engagements forts de tous les grands émetteurs».

Pour Alden Meyer, expert du «think tank» américain Union of concerned scientists et observateur des discussions à Bonn, «l’accord peut être revu l’année prochaine, c’est très bien». «Ils pourraient faire plus sur l’efficacité et les renouvelables», a déclaré à l’AFP ce spécialiste du climat mais «ils ont ouvert le bal» et «ce sera difficile pour les États-Unis ou le Japon de ne pas faire aussi bien».