Mines à ciel ouvert: des impacts négligés

Ugo Lapointe, porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine
Photo: Lawrence Côté-Collins Ugo Lapointe, porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine

Alors que d’imposantes mines à ciel ouvert doivent voir le jour au Québec à brève échéance, les normes environnementales et les mesures de protection de la santé humaine censées encadrer ce type de projet sont toujours déficientes. Tels sont les constats qui se dégagent du premier colloque québécois sur les mines à ciel ouvert, tenu en Abitibi en fin de semaine à l’initiative de la Coalition Québec meilleure mine.

Pour la Dre Isabelle Gingras, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, il serait d’ailleurs temps de revoir en profondeur l’encadrement des projets miniers. « Les normes actuelles ne sont pas adaptées à la réalité des effets sur la santé des mines à ciel ouvert. Nous avons besoin de nouvelles normes pour les poussières, le bruit et les impacts psychosociaux générés par l’exploitation minière. »

Elle rappelle que les trois projets de mines à ciel ouvert étudiés par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement depuis 2009 — Canadian Malartic, Mine Arnaud et Royal Nickel — vont de pair avec des dépassements des normes environnementales actuelles. Dans le cas de la mine d’or Canadian Malartic, l’entreprise a d’ailleurs reçu, selon les calculs de la Coalition Québec meilleure mine, un total de 137 avis de « non-conformité » du ministère de l’Environnement depuis sa mise en exploitation.

Or, les impacts générés par ces projets miniers majeurs n’ont rien d’anodin, selon Isabelle Gingras. Ils peuvent en fait avoir des conséquences importantes, notamment pour les citoyens vivant à proximité. Les poussières résultant de l’exploitation « ont de nombreux effets sur la santé humaine, par exemple chez les gens vulnérables ». Elles peuvent entraîner « une hausse des hospitalisations, mais aussi des décès prématurés ».

Quant au bruit provoqué par l’extraction, il peut entraîner une hausse du stress. Certains citoyens peuvent même développer de sérieux problèmes d’anxiété. Enfin, Mme Gingras estime que les impacts psychosociaux sont sous-estimés, même s’ils sont bien réels. Elle cite en exemple le cas du projet de Mine Arnaud, à Sept-Îles, qui divise la population de la ville depuis plus de trois ans même s’il n’a pas encore reçu le feu vert de Québec. « Ces déchirements entre les gens en faveur et contre un projet minier laissent des séquelles à long terme dans une communauté. »

Le spécialiste des ressources naturelles Normand Mousseau estime lui aussi que certaines normes encadrant l’industrie sont déficientes, notamment celles concernant les plans de restauration des sites. Dans le cas des mines à ciel ouvert, les entreprises n’ont ainsi pas l’obligation de remblayer la fosse creusée lors de l’exploitation. Or, elle peut être pour le moins imposante. Dans le cas du projet Royal Nickel, près d’Amos, la fosse de la plus grosse mine à ciel ouvert du Canada atteindra une longueur de cinq kilomètres.

Qui plus est, M. Mousseau rappelle qu’il est actuellement impossible de surveiller adéquatement les faits et gestes de l’industrie minière, faute de moyens au ministère de l’Environnement pour mener les inspections. « Le gouvernement n’a pas les moyens de vérifier qui respecte les normes. Donc, on ne le sait pas. C’est le vérificateur général qui le dit. C’est malheureusement la situation. »

Dans ce contexte, le porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine, Ugo Lapointe, estime que plusieurs questions mériteraient d’être étudiées. « Y a-t-il une limite à la taille des mines à ciel ouvert ? Faut-il des zones tampons autour des mines en milieux habités et sensibles ? Des dépassements de normes et de lois sont-ils acceptables ? Quelles garanties donner aux citoyens ? Quand doit-on dire “non” à certains projets ? On ne peut pas faire comme si ces questions n’existent pas, parce que les conflits vont continuer d’exister. »

Nathalie Tremblay, directrice, Environnement et développement durable de l’Association minière du Québec, se veut toutefois rassurante. « L’industrie a évolué, et les pratiques ont été adaptées pour être basées sur le développement durable. Pour nous, il est clair que l’acceptabilité sociale est importante, puisque c’est notre licence pour opérer. Mais les citoyens doivent aussi avoir une attitude d’ouverture. Il faut qu’ils s’informent sur les projets, qu’ils évitent la méfiance et qu’ils ne s’opposent pas d’emblée aux projets. »

Quels bénéfices ?

Pour Normand Mousseau, l’impact économique réel de l’industrie pour l’économie québécoise reste par ailleurs à démontrer. Il rappelle ainsi que le gouvernement du Québec, partisan avoué du développement du Nord, n’a jamais réalisé d’analyse globale des coûts et des bénéfices des minières. Un constat d’ailleurs réitéré par le vérificateur général dans un rapport publié en 2013.

« Oui, reconnaît-il, l’industrie minière est essentielle et elle crée des emplois, mais il faut se questionner sur les impacts réels. Bref, sur l’enrichissement qui découle de l’exploitation. » M. Mousseau souligne que, même lors du boom minier des dernières années, le secteur a continué de représenter à peine 2 % du PIB du Québec. « C’est relativement faible. »

En contrepartie, il souligne que l’État québécois doit assumer une facture non négligeable en raison des erreurs du passé. Les contribuables sont en effet responsables de la restauration de près de 700 sites miniers abandonnés. La facture à assumer pour venir à bout de cet héritage toxique est estimée pour le moment à 1,2 milliard de dollars.

Et même lorsque l’industrie adopte de bonnes pratiques environnementales, l’exploitation entraîne son lot d’impacts environnementaux, ajoute M. Mousseau, notamment en terme de pollution de l’air, de résidus miniers, d’impacts sur le territoire et de perturbations dans les communautés.

11 commentaires
  • Michel Vallée - Inscrit 20 octobre 2014 01 h 07

    « Alors que d’imposantes mines à ciel ouvert doivent voir le jour au Québec à brève échéance...»

    ... Alors que le prix des minéraux est à la baisse...

    J’imagine sans peine que le manque à gagner dû aux aléas du marché sera compensé par de l’argent public.

  • Denis Miron - Inscrit 20 octobre 2014 07 h 25

    On est bin ouvert à vos commentaires si vous payer l'massacre-sac-sacre...

    Inconcevable que l’on ne tienne pas compte du remblaiement du trou laissé en plan par les mines exploitées à ciel ouvert. S’il fallait en déduire les coûts, la profitabilité de ces mines serait-elle remise en question.? Pour l’instant, cette facture est refilé aux contribuables, et je ne crois pas qu’elle soit comptabilisée dans le le coût de 1.3 milliard$ concernant la restauration des sites abandonnés, car c'est bien de cela dont il s'agit.… Ce n’est jamais agréable d’avoir à faire face à un trou, qu’il soit à l’entrée de la ville ou même dans son budget. Un trou, c’est un trou, et peu importe de quel ordre il est…Les trous de… n’ont jamais eu très bonne réputation, y compris ceux qui se justifient par le fait qu’ils sont élus démocratiquement par la tyrannie de la majorité et qui, une fois élu se détourne de leur programme pour mettre en branle un agenda caché quand ce n’est pas une partie de leur salaire qui est caché.
    Concernant l’acceptabilité sociale, il ne faut surtout pas oublier que durant les audiences du BAPE à Malartic, la minière avait déjà commencée à déménager les maisons du quartier ou le trou allait être.(Voir Trou story de Richard Desjardins) Comme exercice démocratique, force est d’avouer qu’on a déjà vu mieux. Ça fait Mine de Rien comme des hypocrites et ensuite, pour ajouter l’insulte à l’injure, on reproche aux citoyens d’être cyniques. Quelle débauche de sens des affaires à faire ch…arrier. On croirait entendre du Plume revisité par la représentante de l'Association Minière du Québec
    On est bin ouvert à vos commentaires si vous payer l’massacre-sac-sacre...

  • Nicole Moreau - Inscrite 20 octobre 2014 08 h 53

    encore une fois, on a des règlements, mais pas de ressources pour s'assurer de leur application, si je comprends bien

    si bien que le Québec semble se fier au "sens des responsabilités" des minières, même si on a des exemples de mines qui reçoivent une foule de constats de dépassement des normes - on parle de 137 pour une en Abitibi.

    les impacts sur la santé des populations ne sont pas, à mes yeux, un élément négligeable et loin de là, mais on ne semble pas s'en préoccuper outre mesure alors que le PLQ réactive le Plan Nord, c'est inquiétant

  • André Michaud - Inscrit 20 octobre 2014 09 h 46

    Pas facile le secteur minier

    Le secteur minier n'est pas un secteur facile . Il faut souvent investir des milliards avant de retirer un profit..... et seulement si le marché est en demande !

    Sans les mines et tous les produits fabriqués à partir de produits miniers , la vie moderne serait impossible; fini tout produit de métal, tout produit électronique , les moyens de transport ( même le vélo) etc..

    Donc les mines sont essentielles, sans elles rien est possible et on retourne avant l'âge de fer.

    Et comme le disait le ministre péquiste M.Marceau les états surendettés n'ont pas les moyens d'investir 12 milliards dans une mine de fer dont on est jamais certain si et quand elle rapportera des profits. Dont il faut laisser travailler les minières.

    Je comprend les problèmes de pollution , mais si on impose plus encore aux minières elles iront carrément ailleurs. Il ne faut pas oublier qu'ici les mines sont très très loin au nord ce qui augmente déjà les coûts d'exploitation.

    Ne rêvons pas en couleur, des mines non polluantes c'est comme des citoyens qui
    ne polluent pas, mission impossible...

    Cependant sont bienvenus tous ceux qui ont des idées pour moins polluer sans avoir à payer un cout astronomique à cet effet...et sans menacer la rentabilité nécessaire à toute entreprise. Voila LE grand défi! Moins polluer tout en étant rentable..

    • Michel Vallée - Inscrit 20 octobre 2014 17 h 39

      @André Michaud

      «(...) Les mines sont essentielles, sans elles (...) on retourne avant l'âge de fer»

      Ce qui nous ramène à l’âge du cuivre, ce qui somme toute n’est pas si mal, si l’on considère que ce métal vaut nettement plus cher que le fer…

  • Leclerc Éric - Inscrit 20 octobre 2014 10 h 48

    "Alors que d'imposantes mines à ciel ouvert doivent voir le jour au Québec"

    Les mines de Thetford Mines sont toutes fermées, l'économie qui devait se diversifier pour transformer l'image de l'ancienne ville minière se fait à pas de tortue, peu de promoteurs de pme montrent de l'intérêt à s'installer chez-nous à cause d'une part, du manque de scolarisation des anciens travailleurs, de la mentalité "syndicale" très présente pendant plus de 100 ans dans la municipalité, du lot important de terrains contaminés qui freine l'ardeur des promoteurs, des jeunes diplômés qui ont quitté parce qu'ont s'est moqué d'eux et de leurs idées, et de la situation géographique de la région de Thetford face aux grands centres urbains où tout s'y passe.

    Le puissant lobby anti-amiante a tout détruit. Les courtiers immobiliers se résignent à vendre les maisons en bas de l'évaluation, la population de Thetford est parmi l'une des plus vieillissantes du Québec, les entreprises de l'économie du savoir y sont très peu présentes, peu de loisirs, les citoyens qui y demeurent encore consomment allègrement vers Québec, Victoriaville, Sherbrooke, etc.

    Si des projets de relance des mines d'amiante chrysotile ou des sous-produits que les résidus miniers contiennent doivent voir le jour, c'est plus que le temps!

    Et en passant, si vous passez par Thetford, ne soyez pas surpris si des policiers municipaux vous "collent" une infraction salée; le maire et les promoteurs dédiés au développement économique dorment tellement au gaz, que les policiers ont reçu comme consigne d'être sans pitié, pour automobilistes qui dépassent légèrement les limites de vitesse, et tout ça rapporte un joli magot de 800,000 $ par an dans les coffres du Service de la trésorerie, parce que l'administration municipale préfère parler d'une ville qui offre "une qualité de vie exceptionnelle" plutôt que d'une région qui meurt à petit feu, avec très peu d'emplois disponibles.

    En bref, Thetford est au beau milieu de nulle part et peu accueillante!

    • Hélène Paulette - Abonnée 20 octobre 2014 15 h 01

      Et qu'attendez-vous pour es rouvrir vos mines monsieur Leclerc? Ah! oui ça prend l'argent du gouvernement pare qu'elles sont pas rentables...

    • Frédéric Doré - Inscrit 21 octobre 2014 19 h 46

      en effet MMe paulette plusieurs mines ont des difficultées de rentabilité, surtout ces temps-ci, pourtant l'ancient gouvernement voulait leur en demander d'avantage!

      rentable ou non, les mines sont un secteur vitale et la société telle qu'elle est dépends de l'exploitation miniere. les mines inactives c'est tout le monde qui en souffre, de la mine à l'usine de piece métallique a la compagnie de cafétière qui dépendent toutes des minéraux pour faire leurs produits